Labo de ressources poétiques
Petite liste ayant pour vocation de garder trace de mes relectures spécifiques en poésie (et ainsi de cartographier ma biblio) et de ce que chaque recueil à pu m'inspirer comme technique sympa à utiliser, ou à défaut comme contre-modèle.
13 livres
créée il y a 4 mois · modifiée il y a 17 joursUn chant dans l'épaisseur du temps
Suivi de Méditations sur les ruines
Sortie : 5 novembre 1996 (France). Poésie
livre de Nuno Judice
S_Gauthier a mis 6/10.
Annotation :
+ = certaine utilisation de la P3 en autoportrait qui crée un décentrement boiteux et intéressant. Bonne neutralisation des figures mythologiques par leur fusion dans un décorum ultra contemporain. La conception du poème comme un objet du monde réel qui se déplace en dynamique, plus que comme sa tentative de fixation en texte.
- = un cryptisme qui tourne parfois à vide. Garder des éléments bien saillants à chaque fois même au sein des images les plus inattendues.
Poèmes comme ça
Sortie : septembre 2000 (France). Poésie
livre de André Dhôtel
S_Gauthier a mis 7/10.
Annotation :
+ = l'esthétique fondamentale de Dhôtel c'est une sorte d'incrédulité intime. Il a passé sa carrière littéraire à chercher la possibilité de créer un eden tangible, qui devait être paradoxalement et tout à la fois impossible à joindre et atteint.
Ce n'est pas tant une question de peinture de la nature en soi que de tentative de créer de manière génésiaque un monde clos et sécurisant, qui a quelque chose de la pureté inhumaine mais aussi de la douceur naïve de l'enfance.
J'aime et je veux garder cette ambition ex nihilo, la tristesse ou le soupçon de trouver la porte parfois close me parle moins.
Le Danseur de cour
Sortie : 1985 (France). Poésie
livre de Lokenath Bhattacharya
S_Gauthier a mis 9/10.
Annotation :
C'est très exactement la forme à laquelle je voudrais parvenir en prose poétique.
Excellent petit livre de prose imagée qui va globalement représenter la quête mystique de l'union au monde à travers l'image de foules rassemblées dans l'attente du signe difficile à déchiffrer d'un officiant, ouvertement religieux ou non, mais toujours mystique dans son déploiement d'un geste, parfois trivial (le gymnaste, le joueur), mais lourd de sens caché dans la manière dont les forces religieuses de la transcendance opèrent.
Fascinant. Comme tout ce qui inclut une métaphore spatiale, je suis ultra client, je vais continuer à étudier Lokenath Bhattacharya.
Les Marches du vide
Sortie : 1987 (France). Poésie
livre de Lokenath Bhattacharya
S_Gauthier a mis 6/10.
Annotation :
Symétriques au Danseur de cour quelque part, ces Marches ont une unité d'action métaphorisée ici par une sorte d'éternel mouvement dans le noir à travers des décors féodaux et spatiaux qui se dévastent.
Je n'ai pas été transporté comme par le précédent, trop d'érotique ici dans la pensée du creux qui se vide et plus de flou énonciatif pas très cadré.
Expérience intéressante quand même, le Danseur comme artefact du plein statique et les Marches comme mouvement dans la vide, parfois cosmique dans tous les sens du terme.
Apoèmes
Sortie : 3 novembre 1995 (France). Poésie
livre de Henri Pichette
S_Gauthier a mis 7/10.
Annotation :
L'expression de Pichette est régulièrement obscure, dans la lignée de ce que proposent pas mal de surréalistes à la même époque.
Le gros apport de ce livre, c'est la manière dont il réactive la forme de l'épopée. Ses "apoèmes" sont de véritables pavés serrés en prose, à l'exception d'une ou deux pièces en vers libres au début, qui évoquent la France des années 30 et de la guerre (son immédiat avant, son pendant, son après, le tout confondu dans un maelstrom de chronologie explosée, pulvérisée dirait Blaisou) dans une expression lyrique et épique en déluge.
Il ressort du tout, malgré son cryptisme régulier, un désir anarchique violent pour la liberté, déjà critique du colonialisme en des termes assez contemporains, et une exaltation guerrière de l'enfance débridée qui marche très bien.
Je ne suis pas trop convaincu par la démarche que Pichette décrit comme étant l'apoésie (et qui consiste en gros simplement à refuser toute ordonnance ou toute appartenance à un mouvement identifié), surtout pour un bouquin publié à la sortie immédiate de la 2GM où les formes libres abondent, mais lecture intéressante. Il faut savoir la laisser respirer parce que ça peut être pâteux comme du Maldoror par instant, Lautréamont consistant à mon avis en une inspiration nette de ces apoèmes.
Sur le fleuve amour (1922)
Sortie : 1922 (France). Roman
livre de Joseph Delteil
S_Gauthier a mis 6/10 et a écrit une critique.
Annotation :
Je me permets de faire figurer le livre dans les ressources poétiques, c'est de la prose qui ne sert qu'à vendre de la métaphore.
J'ai une fascination pour ces bouquins dont Aragon est le maître qui s'en foutent de narrer parce qu'ils ont trois pages de description d'uniformes à mettre avec des épithètes précieuses.
Le bouquin est problématique à pas mal d'aspects, même en considérant son époque, mais j'adore cette orfèvrerie verbale des objets alors j'en garderai bon souvenir quand même.
Bruges-la-morte (1892)
Sortie : 1892 (France). Roman
livre de Georges Rodenbach
Annotation :
Ce livre et les quatre suivants, jusqu'à Cliff, font partie de la vision de la poésie que j'essaie de transmettre à mes élèves, et que je feuillette une fois par an dans cette perspective.
La meilleure entreprise de contamination par le symbolisme de la forme narrative ? Peut-être.
Je me suis rendu compte assez longtemps après que mon cerveau avait été complètement marabouté par l'approche de la blondeur qu'a Rodenbach, j'ai beaucoup pastiché inconsciemment les cheveux "d'un or semblable, couleur d'ambre et de cocon, d'un jaune fluide et textuel".
Feuillets d'Hypnos (1946)
Sortie : 1946 (France). Poésie
livre de René Char
S_Gauthier a mis 10/10.
Annotation :
Avec Hypnos, je n'arrive pas à me sortir de la fascination adolescente pour le stoïcisme, tout critique que je puisse être face à la démarche.
C'est qu'à la sécheresse du rêve de contrôle sur son action Char a ajouté les associations métaphoriques les plus folles. On peut se demander jusqu'où il est raisonnable d'apprécier une œuvre qui fait tendre si fortement vers le combat à mort grâce à l'esthétique.
Misérable miracle (1972)
La Mescaline
Sortie : 1972 (France). Poésie
livre de Henri Michaux
Annotation :
Un apprentissage poétique clivant, puisqu'il part du principe qu'il faut se permettre, contre l'agrément de son lecteur éventuel, qui peut d'ailleurs très bien ne pas exister.
Autobiographie (1993)
Sortie : février 2009 (France). Poésie, Autobiographie & mémoires
livre de William Cliff
S_Gauthier a mis 8/10 et a écrit une critique.
Annotation :
Une vie, la vie. Critique dispo par ailleurs sur laquelle il faudrait que je repasse mais geste poétique important lorsqu'il décrète que le plus banal d'entre tous a le droit de voler une forme millénaire et de la briser.
L'Enfant de la haute mer (1930)
Sortie : 1930 (France). Recueil de contes
livre de Jules Supervielle
S_Gauthier a mis 8/10.
Annotation :
Parfois le génie poétique, même dans un conte en apparence simple, va résider dans la torsion astucieuse d'un motif (récupérer à l'aune de la vie moderne l'enfer gris grec) ou à une intelligence structurelle particulière (la vie d'une noyée dans une population sous-marine qui se tue en remontant vers la surface).
Recueil de prose qui travaille l'image du gris et celle du miroir avec une sensibilité et une malice stupéfiantes.
Seuls demeurent (1945)
Sortie : 1945 (France). Poésie
livre de René Char
S_Gauthier a mis 7/10.
Annotation :
SD marche pas tant comme un livre en solo que comme une charnière dans l'entreprise Fureur et Mystère une fois que l'on a la possibilité de suivre tout le cheminement avec l'avant monde pré guerre, Hypnos, ce qui survit au conflit.
MAIS grosse importance de la section "Partage formel", peut-être l'art poétique le plus remarquable et inspirant de la modernité.
















