Cover Le Chant des Machines : Cabaret Voltaire

Le Chant des Machines : Cabaret Voltaire

Richard H Kirk, Stephen Mallinder et Chris Watson viennent de Sheffield. Tous les trois sont des passionnés de sons et des fans assidus de Brian Eno. Rapidement, et sans trop savoir ce qu'ils font, ils forment un trio industriel psychédélique qui mélange musique concrète, bandes magnétiques, boites à rythmes primitives sur un fond de basse, de guitare, d'orgues et de voix traitées avec moults effets de distorsions. Ils égrainent quelques albums et se produisent régulièrement en concert, ouvrant régulièrement les concerts de Joy Division ou de The Fall. Après "2x45" et le départ de Chris Watson en 1982, Cabaret Voltaire devient un duo 100% électronique alternatif qui garde une certaine dimension industrielle tout en explorant une phase plus "pop", quelque part entre Kraftwerk et la scène new wave futuriste. A partir de la fin des années 1980, le son du projet mute cette fois vers la house et la techno. Mallinder quitte le groupe en 1995, marquant à priori la fin du projet.

Kirk s'embarque dés lors dans une longue carrière solo avant de réactiver Cabaret Voltaire en tant que seul membre vers 2014. Il peut alors profiter de la renommée de son ancien groupe pour apparaître lors de concerts épars tout au long des années 2010. Il y propose des morceaux instrumentaux, dans la lignée directe des premiers albums tout en y incorporant des influences plus techno. Après un dernier album sorti en 2020 ("Shadow Of Fear", signé sous le nom Cabaret Voltaire), Kirk décède malheureusement en 2021. Entre temps, Mallinder s'est remis à faire de la musique au sein du projet Wrangler qui rejoue parfois quelques morceaux bien connus de Cabaret Voltaire lors de leurs performances live. En 2025, afin de "fêter" les 50 ans de l'existence du groupe et de rendre hommage au travail de Richard Kirk, Mallinder décide à son tour de réactiver Cabaret Voltaire en faisant cette fois appel à Chris Watson. Les deux hommes s'embarquent alors dans une longue tournée d'adieux.

In fine, Cabaret Voltaire s'inspire d'abord et avant tout de leur lieu d'origine : la cité métallurgique de Sheffield. Là, dans leur studio Western Works, les trois membres créent la bande-son de leur environnement direct : usines, société en crise, paranoïa ambiante, menaces de guerre nucléaire et terrorisme. Dans toutes leurs incarnations et leurs phases musicales, leur influence sera énorme. Avec leurs comparses londoniens de Throbbing Gristle, ils inventent quasiment la musique industrielle. Sans Cabaret Voltaire, pas de Nine Inch Nails, de Depeche Mode, de Front 242, de Gesaffelstein ou de Dopplereffekt. C'est dire l'importance qu'ils tiennent dans l'histoire de la musique électronique. Pourtant, le groupe reste mondialement et certainement injustement méconnu...

Histoire de leur rendre hommage, et de faire un peu plus la lumière sur leur assez large discographie, j'ai eu l'envie de proposer un top personnel de leurs albums principaux.

Liste de

17 albums

créée il y a plus de 11 ans · modifiée il y a 43 minutes
The Crackdown
7.3
1.

The Crackdown (1983)

Sortie : 1983 (France). Industrial, Abstract, Electronic

Album de Cabaret Voltaire

Blank_Frank a mis 9/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.

Annotation :

En 1983, soit un an après le départ de Chris Watson, le groupe qui repose désormais sur un duo décide de se métamorphoser une première fois. Lâchés par leur premier label Rough Trade, Virgin leur propose alors un contrat en échange de quoi ils se doivent de proposer quelques singles un peu plus "commerciaux" (ce qui est un bien grand mot quand on connaît la musique du groupe). Ils acceptent, et mettent sur pied un nouvel album. Partant de leur son habituel assez brut, abrasif, expérimental et industriel, Cabaret Voltaire insuffle quelques influences pop dans leur musique en acquérant du matériel nouveau, et principalement des synthétiseurs, des séquenceurs et de meilleures boites à rythmes. C'est la suite logique après "Red Mecca" et "2x45" : les Cabaret entrent cette fois de plein pied dans la scène électronique et s'adjoignent les services de Dave Ball (claviériste et arrangeur de Soft Cell) pour mieux accompagner cette transition. Ce sera alors le début d'une nouvelle période pour le groupe.

Ce nouvel album, co-produit par Flood (futur maitre d’œuvre sonore de Depeche Mode, U2 et Nine Inch Nails), se nomme "The Crackdown" (le resserrement). Selon moi, c'est avec ce disque que Richard Kirk et Stephen Mallinder s'imposent définitivement dans l'histoire de la musique électronique en signant ce qui reste à mon avis leur meilleur album. Homogène, sombre mais aussi presque dansant par moments ("Animation", "Why Kill Time", "Talking Time" ou le morceau titre), le groupe se permet de tenter de nouvelles choses, sans être pleinement un véritable groupe pop. La production est hypnotique, gorgée des habituels samples de voix désincarnées qui parsèment la musique du groupe depuis leurs débuts, en mettant l'exergue sur les grooves tranchants des séquenceurs et des boites à rythmes. L'intro du disque sur "24/24" en est certainement le meilleur exemple tellement le morceau diffère radicalement de ce que le groupe proposait jusqu'alors. Pour la première fois, Cabaret Voltaire peut véritablement et clairement se revendiquer de l'héritage électronique de leurs idoles : Kraftwerk.

Donc, si l'on ne devait garder qu'un seul disque de Cabaret Voltaire, "The Crackdown" serait certainement tout indiqué.

2×45
7.4
2.

2×45 (1982)

Sortie : mai 1982 (France). Industrial, Electronic, Electro

Album de Cabaret Voltaire

Blank_Frank a mis 9/10.

Annotation :

C'est en plein dans les sessions d'enregistrement de leur quatrième album que Chris Watson annonce son départ à ses deux collègues. Ils ont le temps d'en boucler une moitié en trio, l'autre moitié est laissée aux bons soins de Kirk et Mallinder seuls. Avec ce projet d'album, ils arrivent à l'aboutissement de l'idée de proposer une musique à la croisée entre post punk, dub et musique industrielle. Tout comme sur "Red Mecca", ils font appel à un véritable batteur pour construire des grooves qui seront de plus en plus funky et lorgnent vers le krautrock de Can.

Le résultat, c'est "2x45", soit à mon sens le disque le plus facile à écouter de la période du trio industriel. Le titre de l'album fait référence a son format original, puisque qu'il était publié à l'origine sur deux maxis 45T. On sent dans les titres comme l'arabisant "Yashar", le funky "Breathe Deep" ou l'hypnotisant "Get Out Of My Face" une volonté d'aller de l'avant et d'ajouter au son abrasif quelque chose de plus dansant. Avec le départ de Chris Watson, Kirk et Mallinder mettent en boîte encore quelques autres titres dans la même veine ("Diskono" ou "Gut Level" sortis en single la même année) et partent en tournée au Japon avec un batteur. Ce fait d'arme signera de fait la fin de leur période "industrielle" puisqu'à leur retour, ils signeront chez Virgin et partiront explorer des textures beaucoup plus électroniques.

John Robie, célèbre producteur new-yorkais (de Madonna, entre autres), l'a bien compris et effectue plusieurs remixes orientés dance/soul de "Yashar" qui auront un énorme succès sur les pistes du Paradise Garage et de l'Haçienda et permettent aux Cab's de doucement se faire connaître aux États-Unis.

Red Mecca
7.2
3.

Red Mecca (1981)

Sortie : 1981 (France). Electronic, Industrial

Album de Cabaret Voltaire

Blank_Frank a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

En 1981, Cabaret Voltaire dispose dans son catalogue d'un duo d'album et d'une poignée de singles ayant exposé leur vision première de leur propre musique. Le trio Watson-Kirk-Mallinder continue dés lors de creuser ce même sillon, en essayant cette fois d'y inclure beaucoup plus d'influences post punk et dub. Pour la toute première fois de leur carrière, ils s'adjoignent les services d'un véritable batteur, qui permet au projet de livrer des plages beaucoup plus organiques.

S'éloignant de fait du format de leurs morceaux industriels lents et introspectif, Cabaret Voltaire signe en fait avec "Red Mecca" la bande-son des émeutes sociales ayant eu lieu dans le nord de l'Angleterre tout au long de l'année, marquant leur envie d'exposer leur point de vue assez critique concernant la politique de Margaret Thatcher. Couplée à leur envie de rendre hommage à l'ambiance poisseuse du film "La Soif du Mal" d'Orson Welles ("A Touch Of Evil" reprends même des parties de la B.O du film), le propos des paroles (toujours traitées avec fuzz et une abondance de ring modulators) est plus tranchant que jamais.

"Red Mecca" est donc un album de musique industrielle qui tends parfois de plus en plus à respecter des structures de morceaux "pop". La production, influencée par la musique dub que le groupe écoutait alors en fumant de larges quantités de cannabis, donne au disque un son très conceptuel assez redoutable pour le néophyte, quelque part entre l'électro de Kraftwerk, le post punk de Joy Division, la musique industrielle de leurs premiers albums, le rock psychédélique, le reggae dub à la King Tubby et quelques touches de free jazz. C'est un album hypnotique, riche, qui reste à mon avis l'œuvre la plus marquante du projet dans sa première incarnation.

Drinking Gasoline (EP)
8
4.

Drinking Gasoline (EP) (1985)

Sortie : avril 1985 (France). Electronic, Industrial, Experimental

EP de Cabaret Voltaire

Blank_Frank a mis 9/10 et a écrit une critique.

Annotation :

Depuis "The Crackdown", le duo Kirk-Mallinder évolue toujours dans cette même lignée électro-funk, qu'ils nomment eux-mêmes comme du "sinister hip-hop". Après la sortie de "Micro-Phonies" en 1984, Cabaret Voltaire décide avec l'aide de leur ami vidéaste Peter Care de signer une sorte de long-métrage nommé "Gasoline In Your Eyes" intégralement composé de "cut-up" d'images qu'ils ont eux-mêmes capturées aux quatre coins du monde lors de leurs précédentes tournées et voyages divers. Ils accompagnent le film d'une bande son qui rassemble quelques classiques et une demi-douzaine de nouveaux titres dont quatre sont sortis sur l'EP "Drinking Gasoline".

Les titres sont atmosphériques, plutôt froids (mais pas dans le mauvais sens du terme) et assez longs (8 minutes en moyenne). Ils renouent avec le côté abrasif des trois premiers albums, tout en gardant le groove électronique de la seconde période entamée deux ans plus tôt. Il est vrai qu'on ne peut pas vraiment passer à côté de l'évidence d'un "Kino" ou d'un "Big Funk", petits "tubes" en leur temps dans la scène underground. Les deux autres titres ("Ghost Talk" et "Sleepwalking") sont plus sombres, plus alambiqués mais peut-être aussi plus intéressants. Le disque, sans être considéré tant que ça par la presse, marche suffisamment bien pour que Virgin autorise le groupe à partir en tournée en Amérique du Nord, ce qui leur donnera plein d'inspiration pour composer un nouvel album plus tard en cette même année 1985...

Micro‐Phonies
7.2
5.

Micro‐Phonies (1984)

Sortie : 1984 (France). Electronic, Industrial, Electro

Album de Cabaret Voltaire

Blank_Frank a mis 8/10 et a écrit une critique.

Annotation :

Après "The Crackdown", l'étape suivante était de produire un disque de musique électronique "pop". Inspirés par les disques d'italo disco, d'électro funk et de musique électronique que Kirk et Mallinder écoutaient dans les clubs, les "Cab's" se sont attelés à faire ressortir dans leur musique quelque chose s'approchant parfois de la synth-pop, mais sans jamais entrer à plein pieds dans ce genre. En effet, la production garde un "cordon de sureté" rapprochant toujours la musique vers l'EBM ou en tout cas vers une sorte de "disco industriel", comme le disaient les critiques à l'époque.

Sur les neuf titres, on retrouve des ambiances à la croisée entre post-punk ("The Operative" et "Blue Heat", quelque part entre Joy Division et Sisters Of Mercy avec plus de trompettes), musique électronique, funk ("James Brown", hommage au king of soul) et dub ("Digital Rasta", qui fait la jonction entre Kraftwerk et King Tubby). Les morceaux sont toujours autant parsemés de samples et de voix désincarnées qui font la marque de fabrique du groupe.

C'est également avec ce disque que le duo a connu son plus grand succès commercial, en particulier avec le titre "Sensoria", sa poignée de remixes et son clip absolument génial signé Peter Care (qui s'occupera ensuite d'aller changer pour toujours l'image de Depeche Mode; cf les clips de "Shake The Disease" ou "Stripped"). Le disque était tellement populaire dans les circuits underground anglophones que John Hughes a fait placer un poster de la pochette de "Micro-Phonies" dans la chambre de Ferris Bueller, dans son film éponyme...

The Covenant, the Sword and the Arm of the Lord
7.3
6.

The Covenant, the Sword and the Arm of the Lord (1985)

Sortie : 1985 (France). Industrial, Experimental, Electronic

Album de Cabaret Voltaire

Blank_Frank a mis 8/10 et a écrit une critique.

Annotation :

En 1985, le duo Cabaret Voltaire, plus productif que jamais après la sortie de "Drinking Gasoline" et du long-métrage "Gasoline In Your Eyes", sort un nouvel album, troisième de leur période "électronique" : "The Covenant, The Sword and the Arm Of The Lord". Un peu forcés par Virgin de le sortir, Kirk et Mallinder se mettent au travail dés leur retour de tournée, leur laissant peu de temps pour composer dix nouveaux titres.

Gardant l'aspect électro des trois derniers disques en date, c'est un album qui renoue massivement avec le côté abrasif de leur période plus industrielle et de leurs débuts : synthés trashs et basse sale, cut-up de samples en tout genres (amusez vous à repérer les extraits de voix de Charles Manson disséminés un peu partout sur le disque), voix de Mallinder passée dans des ring modulators et des effets de disto...

"The Covenant" est un album qui fait la jonction parfaite entre un "The Voice Of America" et ses ambiances industrielles psychédéliques malsaines et la musique électronique plus directe et groovy de "The Crackdown". En soi, c'est un disque assez "absolu" : on adhère, ou on déteste. Perso, je suis un peu entre les deux, forcé de reconnaitre qu'entre deux titres "fillers" se trouve une véritable perle, comme "I Want You", "Hells Home", "Motion Rotation" ou "The Web".

Mix-Up
7.2
7.

Mix-Up (1979)

Sortie : 1979 (France). Electronic, Industrial, Experimental

Album de Cabaret Voltaire

Blank_Frank a mis 7/10.

Annotation :

"Mix-Up", c'est le premier album de Cabaret Voltaire en tant que tel. En laissant de côté les cassettes pirates et les nombreux EPs égrainés ici et là, c'est un véritable premier disque plutôt solide, reposant sur des structures "rock" finalement assez "basiques". Le trio s'amuse à jouer sur de véritables instruments (guitare, basse et orgues sur fond de boite à rythmes et de magnétophones) et à les passer sous toutes sortes d'effets de fuzz et de filtres, quitte à en tirer un son parfois inécoutable tant le résultat est rêche. Le moment fort du disque, c'est la reprise "indus" du "No Escape" des Seeds. On regrette également l'omission du single "Nag, Nag, Nag", titre le plus connu du projet avec "Sensoria".

A l'origine, ce disque devait sortir chez Factory Records (la maison mère de Joy Division, les grands copains des Cab's). Par manque de temps et d'argent puisque le label de Tony Wilson met toutes ses ressources humaines et financières dans la production du "Unknown Pleasures" du quartet de Ian Curtis, c'est finalement Rough Trade, l'éternel "rival" de Factory, qui approche Cabaret Voltaire avec un contrat et cette offre de produire leur premier album. Ce premier album marque le début d'excellentes relations entre le groupe et la presse, en particulier une certain intelligentsia européenne qui permet à Cabaret Voltaire de faire sa première tournée hors Grande Bretagne cette même année.

The Conversation
5.9
8.

The Conversation (1994)

Sortie : 1994 (France). Techno, Ambient, Downtempo

Album de Cabaret Voltaire

Blank_Frank a mis 7/10.

Annotation :

En 1994, voila déjà deux ans que Cabaret Voltaire ne donne plus de concerts et que Mallinder ne donne plus de voix sur les enregistrements. Richard Kirk publie régulièrement des disques en solo depuis 1986, sans toutefois négliger son duo avec Stephen Mallinder. Ils signent avec "The Conversation" leur album le plus long, le plus profond et le plus hypnotique, a mi chemin entre la techno moite de Detroit ("The Message" et "Night Rider"), l'ambient de Brian Eno (cf. le titre "Project80" long de 53 minutes) ou l'IDM d'Autechre ("I Think"). C'est globalement un excellent album, mais il faut avoir la patience de l'écouter d'une seule traite. Les versions lives que le groupe jouait en 1992 sont peut-être plus digestes.

Cet opus sera également le dernier signé en duo. En effet, cette même année, Stephen Mallinder décide de quitter le projet pour partir enseigner en Australie. Il ne reviendra pas en Angleterre avant la fin des années 2000, où il recommencera discrètement à faire de la musique, et notamment avec son (excellent) groupe, Wrangler. Kirk poursuivra ses explorations sonores technoïdes en solo sous un nombre incroyables de pseudos (RHK, Sandoz, Electronic Eye, pour ne citer qu'eux). Le projet Cabaret Voltaire ne sera réactivé qu'en 2014, et en tant qu'alias solo de Richard Kirk seul.

Shadow of Fear
7.2
9.

Shadow of Fear (2020)

Sortie : 20 novembre 2020 (France). Ambient, Techno, Industrial

Album de Cabaret Voltaire

Blank_Frank a mis 8/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.

Annotation :

Composé et enregistré par Richard Kirk seul, "Shadow Of Fear" marque le retour officiel de Cabaret Voltaire au XXIème siècle. Avec cet album, composé tout au long des années 2010 pour les "lives", il signe sans vraiment le vouloir la bande son des années 2020 : paranoïa, remontée des fascismes, pandémies, isolationnisme et retour au tout sécuritaire. A la croisée entre le Cabaret Voltaire "classique" et les projets solos électroniques de Kirk des années 2000/2010, on retrouve tout ce qui fait la force d'un bon album des Cabaret, à l'exception bien sûr de la voix et de la basse de Stephen Mallinder. Une excellente surprise, et certainement l'un des meilleurs albums de Kirk en solo.

A noter que son auteur est décédé très peu de temps après la sortie de l'album, expliquant donc également pourquoi Kirk, malade, a certainement décidé de sortir un dernier album sous le nom Cabaret Voltaire plutôt que sous son propre nom.

The Voice of America
7.2
10.

The Voice of America (1980)

Sortie : 1980 (France). Electronic, Industrial

Album de Cabaret Voltaire

Blank_Frank a mis 7/10.

Annotation :

Il m'a fallu beaucoup, beaucoup de temps pour apprécier "The Voice Of America", deuxième album véritable des Cabaret Voltaire. Sur le papier, ce disque n'est que la suite logique de "Mix-Up" : sur fond de boites à rythmes très vintage, le trio s'amuse à coller textures industrielles et ambiances moites en jouant (mal) de leurs instruments. Pourtant, ce disque est encore plus minimaliste et psychédélique que le premier.

C'est avec cet album qu'à mon sens les Cabaret Voltaire se rapprochent le plus de Brian Eno, en allant chercher davantage une certaine forme d'abstraction bruitiste plutôt que de tenter de livrer des morceaux aux structures conventionnelles. Les paroles (quand elles sont audibles) et surtout la multitude de samples viennent pour la première fois dans l'histoire du groupe démonter le mythe du Rêve Américain. Richard Kirk n'a jamais caché son désamour pour les Etats-Unis (malgré une tournée là bas cette même année, effectuée sans Joy Division qui devait les y accompagner avant le suicide de Ian Curtis). En résulte un disque intéressant, mais qui n'est finalement que le squelette de ce que le groupe arrivera à construire pour de bon sur le disque suivant, "Red Mecca". En demeure que "The Voice of America" reste aujourd'hui encore le disque le plus jusqu'au-boutiste de Cabaret Voltaire. A ne pas mettre entre toutes les mains...

Code
6.7
11.

Code (1987)

Sortie : 1987 (France). Electronic, Industrial, Electro

Album de Cabaret Voltaire

Blank_Frank a mis 6/10.

Annotation :

Après avoir honoré leur contrat chez Virgin en sortant "The Covenant", Cabaret Voltaire se retrouve pendant un temps sans label, le temps de donner quelques concerts en 1986, avant de finalement signer un nouveau contrat avec EMI, contre la promesse de produire un nouveau "I Want You", autrement dit un disque à succès...

Mais comment produire un disque à succès quand on est à peine connu du monde entier ? Kirk et Mallinder font cependant appel à François K (DJ et ingénieur du son de Kraftwerk) ainsi qu'Adrian Sherwood (producteur du label indus/dub On U Sound) pour enregistrer un nouvel album. Le résultat ? "C.O.D.E", un disque faisant la part belle aux titres électro-funk, teintés de relents plus synthpop qu'à l'accoutumée. L'identité de Cabaret Voltaire reste préservée par les thèmes abordés, chers aux deux musiciens : paranoïa, anti-américanisme et peur sociale. Les samples et les cut-up sont toujours autant présents, ce qui laisse le grand public dubitatif malgré la promotion plus visible que d'habitude pour le groupe.

En effet, EMI ne se prive pas et sort trois singles pour générer un maximum de revenus : des versions dub et proto-house de "Here To Go", "Don't Argue" et "Thank You America" qui ne font pas finalement grand bruit, en dehors des clubs spécialisés. Kirk, fatigué par les pressions de l'industrie musicale, refuse de partir en tournée pour défendre le disque, qui arrive néanmoins à toucher un certain public d'amateurs. C'est ce petit succès d'estime qui permet aux Cab's de rester au catalogue d'EMI pour un album de plus, qui prendra plus de deux ans à produire...

Body and Soul
6.3
12.

Body and Soul (1991)

Sortie : mars 1991 (France). Electronic, Electro, Tech House

Album de Cabaret Voltaire

Blank_Frank a mis 6/10.

Annotation :

Après le virage électro-pop/house de "Groovy, Laidback & Nasty" en 1990, Cabaret Voltaire se rends compte qu'ils aliènent une partie de leurs fans, voire eux-mêmes et décident de revenir à des affaires plus sombres. Si l'album précédent était la confirmation que Kirk et Mallinder avaient assimilés l'explosion de la scène acid-house (qui a déjà explosé autour de Manchester de l'Haçienda dès 1988), ce nouvel album approche une autre scène électronique anglaise qui commence à germer autour de Leeds et de Sheffield vers 1989/90. Il s'agit de la scène "bleep", avec des gens qui tournent autour des labels Warp et Outer Rhythm (LFO, Forgemasters et Nightmares On Wax) qui proposent une techno minimaliste mettant surtout en valeur les rythmes et les sub bass. En signant un album "bleep", Cabaret Voltaire permet de retrouver un certain son dansant, sans forcément renier leur côté plus expérimental.

En fait, le son des Cab's, devenu plus accessible dans les deux derniers albums, se retrouve dans "Body And Soul" enfermé dans une production minimaliste, moite et sourde, enveloppée dans une profusion de reverb, d'écho et d'infrabasses puissantes. Exit une nouvelle fois les samples à outrance. La voix de Mallinder, plus suave et susurrée que jamais, viens doucement "rapper" par dessus les grooves : ce dernier nous incite à prendre du plaisir en toutes choses et à nous exprimer au maximum. Avec "Body And Soul", ce sera la dernière fois qu'il nous sera permis de l'entendre "chanter" sur un album de Cabaret Voltaire (si l'on met de côté les EPs "Colours" et "Percussion Force" sortis la même année 1991).

Groovy, Laidback and Nasty
5.3
13.

Groovy, Laidback and Nasty (1990)

Sortie : 1990 (France). Electronic, Deep House, House

Album de Cabaret Voltaire

Blank_Frank a mis 6/10.

Annotation :

Dans les années entre la sortie de "C.O.D.E" et de "Groovy, Laidback & Nasty", le mouvement acid-house explose en Angleterre. Kirk et Mallinder, certainement forcés par EMI de sortir un album "bankable" pour surfer sur le succès du "Second Summer Of Love", décident pour la première fois de leur carrière de produire un disque de house. Sans tout à fait se renier car allergiques aux dictats de leur maison de disque, ils partent en 1989 produire le disque à Chicago, ville de naissance de la house, en compagnie de Marshall Jefferson, l'un des producteurs les plus connus du mouvement.

Le principal problème de cet album, c'est que pour la première fois, Cabaret Voltaire tente de se joindre à une mode. La sortie de "Groovy" arrive trop tard pour pouvoir surfer sur l'aspect "nouveauté" de l'acid-house british, qui commence déjà à généralement s'essouffler en Grande-Bretagne fin 1989 pour muter en 1990 vers le mouvement rave, plus dur dans les sonorités et l'état d'esprit. D'ailleurs, pour une raison étrange, même si le disque est terminé dès l'année 1989, le label décide d'attendre l'année suivante pour le sortir, soit pour mieux plomber le groupe et s'en séparer, soit par mauvais calcul.

"Groovy" reste certainement l'album le plus accessible des Cabaret, mais également celui qui a le plus mal vieilli, puisque qu'il incarne totalement ce côté commercial de l'acid house qui faisait pourtant horreur à Richard Kirk. On retrouve néanmoins Stephen Mallinder en grande forme, qui semble prendre un plaisir fou à chanter (pour de vrai) sur de très belles mélodies synthétiques, ce qui est pourtant l'opposé total de ce que le groupe pouvait proposer dix années plus tôt... En cela, il faut quand même saluer la prise de risques énorme du duo, qui livre finalement un disque assez sympathique si on met de côté certaines attentes.

Prenant conscience de cet échec quasi total, EMI décide de se séparer de Cabaret Voltaire. Le duo, pris au dépourvu, se retrouve sans soutien financier et se voit obligé d'abréger la longue tournée prévue : sur une trentaine de dates à la base, ils n'en feront qu'une demi douzaine.

Plasticity
5.5
14.

Plasticity (1992)

Sortie : octobre 1992 (France). Techno, IDM, Ambient

Album de Cabaret Voltaire

Blank_Frank a mis 6/10.

Annotation :

Dans la veine minimaliste instaurée sur "Body and Soul" et les deux EPs qui ont suivi ("Percussion Force" et "Colours"), Cabaret Voltaire quitte la scène bleep et s'oriente davantage vers un son techno/IDM entièrement instrumental.

Si les titres sont plus longs et plus progressifs qu'à l'accoutumée, Mallinder ne chante désormais plus du tout, choix qui deviendra permanent pour les deux disques suivant. D'ailleurs, difficile de dire quelles sont les contributions de Stephen Mallinder ici. Sans sa voix, on pourrait croire sans trop de méprise écouter un album solo de Richard Kirk. En revanche, on retrouve les fameux cut-up de samples qui avaient été laissés de côté après "C.O.D.E".

"Plasticity" est également un disque qui devait à la base servir de bande-son à un nouveau long-métrage signé Peter Care, projet qui tombe à l'eau faute de financement (le groupe s'auto produit via son propre label, Plastex). C'est également l'album qui permet au groupe de partir dans une ultime tournée en duo, se limitant à quelques dates en Europe et en Angleterre (une captation du concert de Londres est disponible sur Youtube). On peut y constater que Mallinder donne de la voix sur les nouveaux morceaux, pourtant instrumentaux sur disque...

International Language
-
15.

International Language (1993)

Sortie : 1993 (France). Electronic, Ambient, Techno

Album de Cabaret Voltaire

Blank_Frank a mis 6/10.

Annotation :

Toujours dans leur orientation techno, et après les sympathiques "Body & Soul" et "Plasticity", Cabaret Voltaire livre "International Language" sur leur propre label, qui poursuit les choses là ou elles ont été laissées.

Au programme : tech-house, ambient et IDM. Sans les vocalises de Mallinder, les morceaux semblent s'éterniser. Avec le recul, cet album relativement dispensable pourrait presque faire figure d'album solo signé Richard Kirk; même la musique est globalement ennuyante à quelques exceptions prés. Le tir sera corrigé avec l'album suivant, "The Conversation".

Technology: Western Re-Works 1992
-
16.

Technology: Western Re-Works 1992 (1992)

Sortie : juin 1992 (France). Electronic, Downtempo, Electro

Album Remix de Cabaret Voltaire

Blank_Frank a mis 6/10.

Annotation :

Pour faire patienter les fans avant "Plasticity", et suite à la demande de Virgin d'organiser un best-of des albums sortis entre 1983 et 1985, Cabaret Voltaire décide, à la manière de Kraftwerk pour "The Mix", de créer des "remakes techno" de leurs classiques de cette époque. Les morceaux se retrouvent souvent dénaturés de leur groove originel, ce qui rends parfois le disque ennuyeux. Assez anachronique dans la discographie du groupe, mieux vaut l'éviter, sauf pour les fans les plus assidus.

But What Time Is It Really?
-
17.

But What Time Is It Really? (2026)

Sortie : 24 avril 2026 (France).

Album de Cabaret Voltaire

Blank_Frank a mis 9/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.

Annotation :

En guise d'addendum à cette liste, je souhaitais y faire apparaître cet album live. Avec le décès de Richard Kirk en 2021, on aurait pu s'attendre à ne plus jamais entendre parler de Cabaret Voltaire... Mais avec l'annonce de Stephen Mallinder de reformer le projet en 2025 en compagnie de Chris Watson pour accomplir une dernière tournée "hommage" envers Kirk, finalement, le projet livre un ultime disque.

"But What Time Is It Really" est une captation live de cette mouture de Cabaret Voltaire axée autour du duo Watson-Mallinder, accompagnés par Eric Random aux guitares et claviers et de Benge aux percussions électroniques. Le groupe prends un plaisir fou à remanier 15 titres de leur catalogue et à les jouer lors de cette dernière tournée. On y retrouve tous les principaux "tubes" du projet ("Nag Nag Nag", "Sensoria", "Just Fascination"...) mais aussi une pièce "nouvelle" signée par Watson en solo, "Tinsley Viaduct". C'est avec ce disque que Cabaret Voltaire s'éteint pour de bon, laissant le projet donner une ultime tournée de concerts en 2026 avec un dernier concert-évènement dans leur ville d'origine, Sheffield.

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