Liste de 26 livres créée il y a plus de 5 ans · modifiée il y a plus de 4 ans
L'Ignorance
7.4

L'Ignorance (2003)

Sortie : 2003 (France). Roman

livre de Milan Kundera

Ta Ha a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Suite à une dizaine d'abandons pour blessure, le voilà enfin, le premier livre de l'année 2021 lu jusqu'à son terme — arrivés fin janvier l'on y croyait plus ! Merci à la méthode DSK qui n'est plus à prouver : lorsque le goût de la lecture semble te faire défaut, reviens-en à tes tendres classiques qui ne déçoivent jamais (dans mon cas, Duras, Sagan et Kundera... vous l'avez ? pas de jugement s'il-vous-plaît). En l'occurrence, un peu déçue malgré tout, Milan vieillit — pas assez pout tomber du Covid et ne jamais connaître le prix Nobel tant mérité mais quand même... Ravie néanmoins de cette remise en selle tant attendue.

Le Consentement
7.7

Le Consentement (2020)

Sortie : 2 janvier 2020. Récit

livre de Vanessa Springora

Ta Ha a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

J'imagine toute la force qu'il a fallu pour (sup-)porter cette histoire, vivre avec, l'écrire, la publier, en débattre. Pour démythifier cette figure médiatique et "intellectuelle" de l'initiateur bienveillant et protecteur, du génie littéraire irrésistible, du dandy iconoclaste et subversif. Pour ainsi lever le voile (peu opaque en vérité) sur les stratagèmes bien pathétiques et répugnants d'un manipulateur hors-pair, dont les relations sexuelles avec des mineur-es ne constituaient non pas "seulement" l'étrange plaisir mais surtout l'infâme source — alors intarissable et presque incontestée — de sujets de fiction, de gloire et de revenus... Qu'importe que la forme ne suive pas toujours, car ce que le récit — d'ailleurs bien moins simpliste et moralisateur que ne le prétendent ses quelques détracteurs — révèle des mécanismes d'emprise à l'œuvre dans ce type de relations (et des souffrances qui en découlent inéluctablement pour les jeunes personnes qui en sont les victimes) est aussi glaçant que passionnant et, à l'heure des débats qui se font enfin jour actuellement, nécessaire.

Le Parfum des fleurs la nuit
6.7

Le Parfum des fleurs la nuit

Sortie : 20 janvier 2021 (France). Roman

livre de Leïla Slimani

Ta Ha a mis 6/10.

Annotation :

Avec tout le respect et l'admiration que je témoigne à la personne de Leïla Slimani, réfléchie, vive et fine dans ses discours, subsiste cependant une petite distance entre son écriture et moi — que j'attribue à première vue à son côté "hors-sol" et à un penchant un peu trop prononcé pour l'universalisme. C'est le cas là encore pour son dernier livre, récit d'une nuit passée à la Punta della Dogana, le plus intime peut-être, bien écrit, bien mené, traversé de quelques beaux passages, mais jamais — et c'est malheureux — très prégnant.

Les Envoûtés
6.9

Les Envoûtés (1939)

Opetani

Sortie : 1996 (France). Roman

livre de Witold Gombrowicz

Ta Ha a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Dans l'atmosphère déployée comme dans les échanges entre les personnages, la plus grande partie du livre propose un mélange assez jouissif des deux livres exceptionnels que sont Les Hauts du Hurlevent d'Emily Brontë et Le Château de Kafka — noirceur, folie, relations amour-haine et, au milieu de tout cela, une pointe d'humour absurde. Très plaisant à lire tant que l'équilibre est maintenu entre fantastique et réalisme, et tant que la narration se consacre tout autant à l'histoire d'amour entre Maya (personnage singulièrement bien écrit) et Walczak qu'aux phénomènes mystérieux qui animent le château. Hélas, cet équilibre se rompt pour moi dès l'introduction un brin providentielle du personnage de Hincz et le retour de Maya au château, qui font basculer le récit dans une résolution précipitée des événements, privée de son mordant initial, comme si Gombrowicz ne cherchait plus qu'à boucler son roman à tout prix.

La Chute
7.6

La Chute (1956)

Sortie : 1956 (France). Roman

livre de Albert Camus

Ta Ha a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Euh Camus a inventé la VR en fait ? Plus sérieusement, cette longue confession de Jean-Baptiste Clamence, belle et chargée, où liberté et solitude ne sauraient aller l'une sans l'autre, et à laquelle ne manquent ni humour, ni cynisme, ni quelques (touchants) défauts, est une nouvelle preuve s'il en fallait du talent de l'écrivain à dépeindre l'homme — volontairement en minuscule car, chez Camus, homme et Homme se confondent — dans toute sa misérable superbe, et sa superbe misère. « Plus de jeu, plus de théâtre, j'étais sans doute dans la vérité. Mais la vérité, cher ami, est assommante. »

Yoga
6.6

Yoga (2020)

Sortie : 10 septembre 2020 (France). Roman

livre de Emmanuel Carrère

Ta Ha a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Je comprends que beaucoup soient hermétiques au style d'Emmanuel Carrère, lui reprochant son usage immodéré de la première personne, ses récits absolument subjectifs — disons-le, autocentrés. Y étant pour ma part sensible, j'entrevoie ceux-ci comme de bouleversants constats de notre si restreinte faculté à envisager le monde et autrui, piégés dans le seul prisme de notre expérience, incapables de nous « mettre dans la peau » de ceux que l'on aime et qui souffrent, réduits à « imaginer ». Par-delà cet aspect, le désir d'être meilleur de Carrère me touche, et son honnêteté : tant d'honnêteté qu'il assume enfin, dans ce « Yoga », ses omissions, ses affabulations et ses mensonges — volontaires ou non. Aussi, malgré quelques moments inégaux et un sujet de départ pour lequel je n'aurais pas cru me passionner, ai-je à nouveau « dévoré » avec émotion cette dernière production de l'écrivain.

Le Rabaissement
6.1

Le Rabaissement (2009)

The Humbling

Sortie : 29 septembre 2011 (France). Roman

livre de Philip Roth

Ta Ha a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Après un premier chapitre frileux — presque chiant — consacré à la fin de carrière du vieil acteur à succès Simon Axler, arrivent deux parties plus féroces et prenantes dépeignant, d'une part, la rencontre du comédien avec la bouleversante Sybil Van Buren et, de l'autre, ses amours baroques avec la trop jeune Pegeen. L'on se prend alors à nouveau d'affection pour ce protagoniste colérique, salace, narcissique et décadent, comme pour Portnoy ou Coleman Silk avant lui — avec un peu moins d'attachement cependant, la faute au format court certainement. Il n'empêche, le talent de Roth agit toujours et, en quelques pages, en dépit de toute morale et de toute conviction, ce vieil homme dégueulasse m'a fait rire, sourire, il m'a émue, séduite, ébranlée, je l'ai aimé. Note pour l'éditeur : "La Clim" ferait une bien meilleure traduction pour le titre.

Un pedigree
6.5

Un pedigree (2006)

Sortie : mai 2006. Roman, Récit

livre de Patrick Modiano

Ta Ha a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Encore et toujours cette écriture "modianesque", « pas doué[e] pour les métaphores » (sic), faite de noms, d'adresses, de dates, de documents et de longues errances dans les rues de Paris. Cette fois, pourtant, plus personnelle : « Je vais continuer d'égrener ces années, sans nostalgie mais d'une voix précipitée. Ce n'est pas ma faute si les mots se bousculent. Il faut faire vite, ou alors je n'en aurai plus le courage. »
Une longue fuite en avant pour s'extraire d'une enfance étrange — et accéder à la "vraie" vie — implacable, jamais pathétique, comme pour ne pas sombrer : « Parfois, comme un chien sans pedigree et qui a été un peu trop livré à lui-même, j'éprouve la tentation puérile d'écrire noir sur blanc et en détail ce qu'elle m'a fait subir, à cause de sa dureté et de son inconséquence. Je me tais. Et je lui pardonne. Tout cela est désormais si lointain... ».

La Peau
8.1

La Peau (1949)

La Pelle

Sortie : 1949 (France). Roman

livre de Curzio Malaparte

Ta Ha a mis 5/10.

Annotation :

Rarement suis-je sortie d’une lecture aussi ébranlée, mais également aussi mal à l’aise. Je retiens, bien sûr, l’intelligence de l’auteur dans son analyse des rapports de force, de violence, d’humiliation — et parfois d’amitié — qui s’établissent, lors d’une guerre et après, entre vainqueurs et vaincus, entre belligérants et alliés, entre sauveurs et sauvés. Marquante également, cette façon toute particulière, entre sarcasme et indulgence, de décrire ce que l’Europe doit à l’Amérique et ce que l’Amérique doit à l’Europe, dans les conflits de la Seconde Guerre Mondiale, mais aussi et surtout dans la construction de leurs identités propres, soeurs ennemies aux contours façonnés dans la rivalité et la distinction comme dans la gémellité, et qui ne sauraient exister l’une sans l’autre. La puissance et l’humanité qui sourdent de l’écriture de Malaparte, cet amour pour le vivant, cette lutte impérative et viscérale contre la souffrance, la honte, l’indignité et la mort, permettent quelques fulgurances bouleversantes de beauté (les effusions du Vésuve), de tendresse (les lignes dédiées à son chien Febo) et de tragique (les crucifiés, la mort du soldat américain, les blessures du peuple napolitain). Hélas, et de là vient mon malaise, cette intelligence et cette humanité trouvent rapidement leurs limites dès qu’il s’agit de traiter d’individus non blancs, puisqu’ici la déshumanisation systématique (pour ne pas dire l’abêtissement crasse) des soldats afro-américains et marocains tourne à l’obsession, tous dépeints en figures ignobles (violeurs, sadiques, abrutis) et coupables de tous les maux — gêne semblable à cet égard s’agissant du traitement des homosexuels, bien que ceux-ci aient la chance (nous en sommes là) d’être doués de parole et d’avoir droit, en de rares instants, à la compassion de l’auteur. Même "recontextualisée" — le roman est paru en 1949 — la lecture en devient ainsi très difficile, voire par moments insoutenable, pour le lecteur de 2021. En un mot : roman fortement marquant, mais sentiment partagé — et, malheureusement, partiellement dégoûté.

Le dernier ami
7.3

Le dernier ami

Sortie : mars 2004 (France). Roman

livre de Tahar Ben Jelloun

Ta Ha a mis 3/10.

Annotation :

Imagine un vieux mec te raconte une histoire pas très intéressante sur sa vie en fin de déjeuner alors que t'as juste envie de partir vivre ton après-midi tranquille... Et au moment où il finit de te raconter ses petites anecdotes et que tu te crois tiré-e d'affaire, son vieux pote prend la relève pour te raconter exactement les mêmes trucs qui ne t'avaient déjà pas intéressé-e la première fois, mais de son point de vue — genre vraiment le podcast "Passages" mais en mode "ok boomer" où tu dois supporter des remarques style "j'aime toutes les femmes ! les femmes sont si belles". T'imagines ?

La Nausée
7.1

La Nausée (1938)

Sortie : 1938 (France). Roman, Philosophie

livre de Jean-Paul Sartre

Ta Ha a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Sartre, Camus... pourquoi choisir ? Profitons de ces deux monstres.

La Pensée straight
8

La Pensée straight (1992)

The Straight Mind

Sortie : 2001 (France). Essai, LGBTQ+

livre de Monique Wittig

Ta Ha a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Après mille lectures, documentaires, débats et podcasts, l'on croit avoir plus ou moins encapsulé ce que signifie être féministe et les différents courants de lutte à travers lesquels cet engagement peut se matérialiser... et puis l'on tombe sur Wittig et son The Straight Mind (traduire La Pensée Straight, bien que « mind » revête à mon sens une dimension plus large que la pensée, de l'ordre de l'esprit — le traducteur se dédouanant de son travail dans une préface de 3000 pages, restons-en là). Dans ce recueil de textes se déroule une pensée aussi radicale que cohérente, namely nous avons si bien intégré le fait de vivre dans une société (lol) hétérosexuelle et patriarcale que nous n'en voyons plus les contours, et moins encore l'oppression qu'elle organise pour réduire les femmes en esclavage (esclaves puisqu'elles fournissent gratuitement et de manière forcée un travail émotionnel, affectif et sexuel au service du bien-être des hommes et de leur santé, esclaves de la reproduction, esclaves d'un langage qui n'est pas le leur). Comment se sortir de ce contrat social tacite et avilissant ? Tout d'abord en en prenant conscience comme auparavant des classes, ensuite en reconnaissant l'hétérosexualité comme un construit (« une construction culturelle qui justifie le système entier de la domination sociale fondé sur la fonction de la reproduction obligatoire pour les femmes et sur l'appropriation de cette reproduction »), enfin en s'émancipant des catégories de sexe dont les arguments biologique, métaphysique ou même marxiste ne sont, selon Wittig, que prétextes à justifier et maintenir cette oppression d'une moitié de l'humanité sur l'autre. Mettant le doigt sur quelques impensés des sciences sociales, de l'étude du langage et de la lutte des classes, Wittig propose ainsi un ouvrage aussi philosophique que politique et militant, et — puisque ce qui se conçoit bien s'énonce semble-t-il clairement — dont l'écriture limpide permet rapidement la compréhension, malgré la complexité et l'ampleur des enjeux.

Contre le travail
6.7

Contre le travail

Sortie : 3 février 2017 (France). Essai

livre de Giuseppe Rensi

Ta Ha a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

J'ai probablement trouvé cet ouvrage plus remarquable qu'il ne l'est réellement, en cela qu'il m'a confortée dans ma détestation du travail — de ce point de vue, le titre ne déçoit pas. Particulièrement intéressantes les critiques envers le travail tel que défendu par une large frange de la gauche marxiste et communiste : un travail prétendument valorisant, fédérateur, émancipateur. Malgré de nombreuses répétitions et des parties plus ou moins confuses (les philosophes hein...), ce livre permet d'amorcer des réflexions nécessaires sur le sens du travail et sur la manière dont celui-ci est organisé, comment il nous est imposé et pourquoi nous l'acceptons.

Sous le soleil de Satan
7.5

Sous le soleil de Satan (1926)

Sortie : 1926 (France). Roman

livre de Georges Bernanos

Ta Ha a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Après "Eléazar" de Tournier et "L'amour pur" d'Izquierdo, je me découvre un nouveau kink littéraire en l'objet des curés tiraillés entre vice et vertu — et quelle claque en l'occurrence que ce "Sous le soleil de Satan". De ce simple récit d'introspection, d'une lutte binaire du bien contre le mal, se dégagent une extrême sensualité et une terrifiante subversion : ici, le combat intérieur est tout aussi moral que physique, viscéral. Sans jamais recourir aux ficelles faciles de la chair et de la luxure (coucou Verhoeven), Bernanos invente de son écriture riche et brûlante une nouvelle forme de perversité, un péché suprême plus terrible encore que les sept capitaux, plus indicible aussi, sinistre et humain. Car si le sujet central du roman semble être le naufrage d'une société sans Dieu, les moins chrétiens — dont je fais partie — y puiseront surtout matière à penser des sujets plus universels : existentialisme, humanisme mais aussi, de manière plus inattendue, questions de classes et de sexes. Intense, sombre et marquant.

Le Regard féminin
6.6

Le Regard féminin (2020)

Une révolution à l'écran

Sortie : 6 février 2020 (France). Essai, Cinéma & télévision

livre de Iris Brey

Ta Ha a mis 3/10.

Annotation :

Je reconnais des points d'intérêts à cet essai (le chapitre sur la représentation du viol apporte notamment d'utiles pistes de réflexion), mais l'engouement général autour du livre me laisse perplexe. La notion de "regard féminin" ou "female gaze" mérite pourtant bien d'être creusée (en se gardant cependant de ne plus analyser toute œuvre que par cet unique biais)... aussi de meilleurs outils pratiques et théoriques, définis avec clarté et plus intelligiblement exposés, eussent-ils été salutaires.

De même que la clarté, la nuance n'est pas tout à fait au rendez-vous. Bien qu'Iris Brey annonce dès l'introduction un exposé subtil loin de tout manichéisme, l'autrice ne semble parler des films que pour les catégoriser dans deux bacs étanches. J'entrevois personnellement davantage le concept de regard "féminin"/"masculin" comme un spectre, certains films pouvant — à mon sens — adopter différents regards selon les scènes, que leurs réalisateur·rice·s en aient conscience ou non. Mais, dans ce livre, point de gradation : Kechiche ? "male gaze" ! Verhoeven ? "female gaze" ! Pierrot le fou ? "male gaze" ! Le Mépris ? "female gaze" !

La définition du "female gaze" donnée par Iris Brey contredisant à maintes reprises les catégorisations évoquées ci-avant, les lecteur·rice·s seront en droit de se demander si l'autrice ne chercherait pas à justifier ses goûts personnels par des alambics intellectuels — ainsi n'use-t-elle de (nombreuses) références que pour les tordre à son idée, ayant par exemple recours à Freud et à Lacan pour appuyer des propos féministes... choix audacieux.

Autre critique dans l'analyse : les films se voient ici exclusivement considérés par le prisme de leur réalisation (et plus particulièrement de leur réalisateur·rice). Or, un film est aussi une œuvre collective — et le cinéma un art tout comme une industrie. Un Wonder Woman n'est pas le simple fruit du regard peut-être novateur et féminin de la réalisatrice Patty Jenkins, comme Brey le suggère : c'est également une superproduction charriant un imaginaire sexiste, patriotique et capitaliste, et cela n'est pas négligeable.

Une année studieuse
6.9

Une année studieuse (2012)

Sortie : 4 janvier 2012. Roman

livre de Anne Wiazemsky

Ta Ha a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Qui eût cru que Jean-Luc Godard puisse être aussi toxique ? (Probablement tout le monde).

Après « Jeune fille » et avant « Un an après », je recolle les morceaux de l'histoire personnelle d'Anne Wiazemsky — de ses débuts au cinéma, de ses premiers pas dans l'âge adulte et de ses amours avec Godard — avec la lecture d'« Une année studieuse ». L'écriture y est à nouveau fluide, sensible, et (promis !) l'on n'y puise pas seulement de quoi satisfaire un méchant penchant pour les mondanités (bien que) : les sentiments y sont aussi doux et douloureux qu'ils peuvent l'être à cet âge si particulier, où tout — et rien — ne se joue. Ainsi cette citation en fin d'ouvrage : « Je croyais avoir fait un grand bond en avant alors que je n'avais fait que les premiers pas d'une longue marche. ».

Vie à vendre
6.7

Vie à vendre (1968)

Inochi Urimasu

Sortie : 2020 (France). Roman, Policier

livre de Yukio Mishima

Ta Ha a mis 6/10.

Annotation :

Cette folle idée de "vie à vendre" — que Mishima décline en différents chapitres, presque comme des nouvelles isolées empruntant aux multiples genres du roman (policier, érotique, fantastique) — n'est peut-être pas exploitée à son plein potentiel. Il m'a en tout cas manqué un fil directeur, une fin plus éclairante et, peut-être aussi, ce trouble singulier que l'écrivain instille d'ordinaire dans ses récits avec tant d'élégance et de talent.

Aurélien
8.2

Aurélien (1944)

Sortie : 1944 (France). Roman

livre de Louis Aragon

Ta Ha a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Excellent roman, qui se lit bon train et amuse autant qu'il émeut. L'écriture en est sobre mais très personnelle. Il serait mentir que de prétendre avoir cru de tout mon être à cet amour subit d'un Aurélien éteint pour la commune Bérénice. Je comprends la beauté de l'idée mais, à titre très personnel, je n'ai pas su l'embrasser. Je pense que cette oeuvre m'aurait fait grand effet si je l'avais découverte il y a quelques années — peut-être reviens-je aujourd'hui des récits de grandes passions tragiques. Toujours est-il que cette description d'un certain milieu, d'une certaine époque, dans un certain Paris — où plus rien n'est certain — se révèle absorbante. Et les personnages qui évoluent autour de cette histoire (en particulier Edmond, mais aussi Blanchette, Mary de Persenval, Rose Melrose, Paul Denis, Adrien Arnaud, Armandine...), plus mesquins et plus censément ridicules que les deux protagonistes, m'ont infiniment touchée.

Comme nous existons
7.4

Comme nous existons

Sortie : août 2021 (France). Récit

livre de Kaoutar Harchi

Ta Ha a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Je ne suis pas très sûre de ma note dans la mesure où le style — en ce qu'il fouille un peu trop du côté d'une réinvention du langage à mi-chemin entre Duras et Ernaux dont j'ai tendance à me lasser — ne m'a pas entièrement conquise. Dans le propos, quelques sections à la première personne du pluriel m'ont aussi paru moins réussies, bien que j'en saisisse l'intention et la visée.

D'où cette note de cœur tire-t-elle alors sa justification ? Assurément de l'émotion que m'ont procuré une poignée de passages qui, loin de simplement me secouer, m'ont véritablement traversée, faisant remonter à l'orée des paupières sentiments et sensations de l'enfance dont je n'avais jamais aussi bien perçu ni la portée, ni les conséquences sur mon existence.

Bien que je ne sois pas tout à fait issue du même milieu que Kaoutar Harchi, nos expériences personnelles pourraient se rejoindre en bien des points (ainsi l'emploi du "nous" n'est-il pas inopportun). Et, "au vrai", il est violent de se découvrir si précisément dans un ouvrage : car cela signifie que tous les personnages auxquelles nous nous identifiions naguère, parce qu'il n'y avait qu'eux, n'étaient jamais vraiment nous. Tout lecteur ou toute lectrice y retrouvera-t-il autant son compte ? Probablement non — et l'expérience de cet ouvrage ne peut être qu'éminemment subjective — mais je conseille malgré tout à chacun·e cette lecture qui se fait l'écho sensible et réfléchi de parcours trop peu écrits.

Ours
5.2

Ours (1975)

Bear

Sortie : 18 mai 1999 (France).

livre de Marian Engel

Ta Ha a mis 3/10.

Annotation :

Il m'a été extrêmement pénible d'avancer dans l'intrigue tant la première partie manque de style et d'action. Si la forme ne change pas, aux trois quarts du roman surviendront finalement l'insolite, le déroutant... et le dégoûtant. Car l'action se présentera d'une façon si sordide que l'on en viendra (presque) à regretter les platitudes initiales. Que ce roman reste dans l'anonymat dans lequel il a toujours été — comme le laisse penser sa fiche Sens Critique — n'est pas une perte.

Maria avec et sans rien
6.8

Maria avec et sans rien (1970)

Play It As It Lays

Sortie : août 2007 (France). Roman

livre de Joan Didion

Ta Ha a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Il y a du Philip Roth et du Sagan dans ce récit de femme "on the verge". Il y a du cynisme, mais de la bienveillance envers les personnages. Il y a un souffle très moderne dans l'écriture (le roman pourrait aussi bien être sorti l'an dernier), une personnalité. Un désabusement et une désinvolture — tout pour me séduire, en somme. Si la traduction française du roman est à l'image de celle du titre (catastrophique), j'en recommande la lecture en version originale (très fluide).

L'Éducation sentimentale
7.4

L'Éducation sentimentale (1869)

Sortie : 1869 (France). Roman

livre de Gustave Flaubert

Ta Ha a mis 6/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Je ne crois pas avoir choisi le meilleur moment pour lire ce roman finalement assez exigeant, mais le visionnage d'Illusions Perdues au cinéma m'aura donné l'impulsion pour terminer cette lecture que je traînais bon an, mal an depuis quelques mois. Le destin de Frédéric Moreau est indubitablement passionnant, sorte de "rise and fall" incessant à l'amplitude limitée, où la grandeur n'atteint jamais de sommet, ni la décadence de gouffre – constamment moyen, piteux, médiocre. Par son immaturité, par son opportunisme, par son ambition jamais suivie d'efforts et par son impatience, Frédéric apparaît comme un jeune héros aussi ridicule qu'attachant, éternel adolescent déçu, tout à la fois agaçant et émouvant. Ce protagoniste eût-il mieux fini avec plus de courage, de travail et de constance ? La grande qualité du roman réside selon moi dans sa fin : alors que Frédéric retrouve son ami d'enfance et hypothétique pendant de destin, celui qui, à chaque fourche de l'existence, emprunta le chemin opposé à celui du héros, Flaubert ne tire aucune morale facile. En plaçant les deux personnages sur un pied d'égalité, plus détachés que déçus, vivant de souvenirs idéalisés, l'auteur suggère que la volonté d'un homme n'a que peu de prise sur un monde qui se meurt – sociology bitch, learn about it... Au-delà de la trajectoire personnelle de Frédéric, le roman rend précisément compte d'une époque – celle de la fin de la Monarchie de Juillet – à grands coups de name-dropping politique (toutes les stations de métro y passent : Edgar Quinet, Ledru-Rollin, Louis Blanc) et d'événements pour lesquels, je dois honteusement l'avouer, mon intérêt ne fût que partiel. Restent les beaux mots de Flaubert, habiles dans l'ironie comme dans la compassion, qui me font dire que, plus tard, mieux préparée et moins dilettante, je redonnerai sa chance à ce classique...

Le Petit Livre des couleurs
7.4

Le Petit Livre des couleurs (2005)

Sortie : 2005 (France). Entretien

livre de Michel Pastoureau et Dominique Simonnet

Ta Ha a mis 5/10.

Annotation :

Grosse blague que ce recueil d'anecdotes historiques de Papistoureau – que l'on retrouve pourtant dans toutes les librairies-boutiques de musées... On y apprend quelques petites choses rigolotes mais le format d'entretiens succincts, en plus de ne rien apporter à ce qui est dit, bride tout germe de réflexion ou de complexité. Point fort : la lecture est vite pliée. Et on s'étonne que les médievistes soient la risée des sciences sociales...

La Plus Secrète Mémoire des hommes
7.6

La Plus Secrète Mémoire des hommes (2021)

Sortie : 19 août 2021. Roman

livre de Mohamed Mbougar Sarr

Ta Ha a mis 6/10.

Annotation :

Après un très beau début, fort d’une écriture fouillée et réfléchie, aux formulations travaillées sans être trop lourdes – loin des esthètes de l’épure ou de l’oralité dont regorgent récemment les prix littéraires – le roman se perd dans une multiplication (mal maîtrisée) de narrateurs et d’intrigues secondaires, qui bride la puissance qu’il aurait pu atteindre. Particulièrement, les voix des personnages féminins manquent péniblement de crédibilité, les femmes ne se décrivant elles-mêmes que comme objets de désir, amoureux ou sexuel : sans entrer dans des considérations militantes, il me semble pouvoir attendre plus de subtilité, de profondeur et de modernité d’un écrivain contemporain. Passés ces aspects, la grande qualité du roman se niche dans sa capacité à exister dans un espace littéraire rare : celui du refus de l’exotisme, de la binarité ou de la compromission, celui du questionnement-même de l’action d’écrire et d’être publié en tant qu’écrivain non-Blanc (dans un monde littéraire dominé par les récits "blancs"), celui de la création de nouveaux récits complexes, celui de remises en question individuelles contextualisées dans une histoire commune. En cela, et malgré tous les défauts du roman, il est heureux que cette entreprise littéraire soit récompensée.

Trois femmes, suivi de Noces
7.4

Trois femmes, suivi de Noces

Drei Frauen

Sortie : 1924 (France). Recueil de nouvelles

livre de Robert Musil

Ta Ha a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Les deux premiers récits (regroupés avec "Tonka" sous le titre de "Trois femmes") brossent des tableaux plus ou moins anecdotiques — mais pas inintéressants — tandis que du troisième point un intérêt étrange, que l'on ne saurait décrire. Des deux histoires de "Noces", émane ensuite la profonde beauté de l'ouvrage : deux portraits de femmes, étonnamment intelligents et justes, esquissés à travers le prisme de leur couple, mais surtout — paradoxalement (ou non) — de la solitude de leurs pensées. Curieuse donc, à la suite de cette lecture, de découvrir un jour "L'homme sans qualités" (curiosité exacerbée par le revolver que mon coloc tient fermement enfoncé sur ma tempe pour me faire sauter le pas...).

Ida ou le délire
7.8

Ida ou le délire

suivi de Le résumé

Sortie : 1973 (France). Roman

livre de Hélène Bessette

Ta Ha a mis 6/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

(Pas lu dans cette édition donc je ne note que "Ida")
Très nouveau roman, pour le meilleur (sublime de certains passages) et pour le pire (trop de style tue, parfois, le style). Intéressant néanmoins car est introduite une notion de classe, me semble-t-il, plus rare chez Duras ou Sarraute.

Ta Ha

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