Les livres - 2026
15 livres
créée il y a 3 mois · modifiée il y a 3 joursFra Angelico (1990)
Dissemblance et figuration
Sortie : janvier 1999 (France). Essai, Peinture & sculpture
livre de Georges Didi-Huberman
Behuliphruen a mis 9/10.
L'Anglais décrit dans le château fermé
Sortie : 1979 (France). Roman
livre de André Pieyre de Mandiargues
Behuliphruen a mis 5/10.
Annotation :
Trouvé par hasard dans une boîte à livres, alléché par la couverture de L'imaginaire, intrigué par le titre, rassuré par la minceur de l'ouvrage. Finalement pas très convaincu : une sorte de clin d'oeil sadien (ceci dit, je n'ai jamais lu Sade), au style impeccable, finement ironique. Eu du mal d'y voir autre chose qu'une pochade au pays des tortures raffinées (et franchement abominables), avec son lot d'inventions réjouissantes (le repas, par exemple). Bon, je ne m'y connais pas dans ce registre, et ce n'est pas une littérature qui me passionne, je n'en saisis pas forcément tous les enjeux et cela doit prendre une autre saveur (si je puis dire) si l'on connaît déjà Sade.
L'histoire suivante
Sortie : juin 2000 (France). Roman
livre de Cees Nooteboom
Behuliphruen a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Le jour des morts
Sortie : mai 2006 (France). Roman
livre de Cees Nooteboom
Behuliphruen a mis 9/10.
Annotation :
Joie de découvrir une voix nouvelle
Sous les arbres, une prairie (2026)
La petite épée du coeur
Sortie : février 2026 (France). Roman
livre de Anne Serre
Behuliphruen a mis 7/10.
Louis Capet suite et fin
Sortie : 14 janvier 2005 (France). Roman
livre de Jean-Luc Benoziglio
Behuliphruen a mis 7/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Précises et facétieuses, sûres et délicates à la fois, les phrases de Benoziglio ressemblent à des échasses, grâce auxquelles il parvient à évoluer avec habileté dans ce monde dangereux de l'uchronie... Et à se tirer des pièges propre au genre - surtout quand le héros est aussi peu romanesque que possible : ce balourd de Louis XVI, éternel spectateur de son propre destin, qui ne rêve que d'une chose : qu'on arrête de le déranger. D'où le décalage permanent entre cette figure opaque et inerte, et la fourmillante communauté villageoise du canton de Vaud qui voit atterrir sur son sol cette espèce de météorite de droit divin, déchue de son rang mais toujours étrangement inaccessible... On sent un styliste parvenu en pleine possession de ses moyens ; le livre est tenu, tendu, fin, espiègle toujours. Envie d'aller fouiller dans la bibliographie de cet Helvète pince-sans-rire.
La Connaissance de la douleur (1941)
La cognizione del dolore
Sortie : 1941 (Italie). Roman
livre de Carlo Emilio Gadda
Behuliphruen a mis 9/10.
Les bains de Kiraly
Sortie : août 2008 (France). Roman
livre de Jean Mattern
Behuliphruen a mis 6/10.
Annotation :
Récit personnel, à la première personne, d’une quête d'identité. Jean Mattern entrelace avec pudeur les différents motifs, en un jeu d'écho doux et sensible : la mort de la sœur et la naissance d'un fils, l'ami très cher et la femme aimée, les origines hongroises et la fuite dans l'apprentissage d'un nouvelle langue. J'ai trouvé assez belle l'idée selon laquelle l'apprentissage d'une langue (l'anglais, ici) ne relève pas tant du désir de communiquer que de se ménager un espace à soi, érigeant un mur avec sa famille et son passé. C'est ce thème-là qui l'emporte, et qui fait de ce récit bref une variation sur le thème de l'incommunicabilité. Le charme du livre tient aussi au léger décalage que Jean Mattern opère avec sa propre destinée, transposant les motifs de sa vie dans ce jeu de masques, fragile entre-deux entre fiction et autofiction, que les autres livres de l'auteur (celui-ci est son premier) semblent prolonger.
La fortune des Médicis (2019)
Le siècle d'or de Florence
Sortie : 19 septembre 2019 (France). Histoire
livre de Jean-Yves Boriaud
Behuliphruen a mis 6/10.
Annotation :
Une bonne synthèse, sans rien de novateur et qui s'appuie exclusivement sur de la littérature secondaire, mais qui a l'avantage de l'efficacité et de la clarté. L'intérêt principal est de remonter à la source du pouvoir des Médicis : contexte des rivalités entre guelfes et gibelins dans les cités d'Italie du Nord depuis le début du XIIe siècle ; contexte spécifiquement florentin des rivalités entre magnats, popolo grasso et popolo minuto, entre Arts majeurs et Arts mineurs ; stratégie de développement de la banque Médicis, qui s'appuie sur un réseau international de filiales relativement autonomes, sur la diversification dans l'industrie lainière et sur le service de la Papauté ; enfin stratégie politique et culturelle de Cosme l'Ancien, figure centrale du livre - qui aurait dû avoir les honneurs de l'illustration de couverture.
L'Oeil du Quattrocento (1972)
L'usage de la peinture dans l'Italie de la Renaissance
Sortie : 1985 (France). Culture & société
livre de Michael Baxandall
Behuliphruen a mis 7/10.
Ma vie (1806)
Vita scritta da esso
Sortie : 25 mai 1989 (France). Essai
livre de Vittorio Alfieri
Behuliphruen a mis 8/10.
Annotation :
Quel personnage ! Homme rompu de paradoxes, ennemi passionné de toute forme de tyrannie, il devient l'adversaire encore plus farouche de la prétendue "liberté" que les Français importent en Italie par la force en 1796, puis à nouveau en 1800. Comment cette haine viscérale de l'arbitraire, qui en font pleinement un homme des Lumières, se retourne-t-elle en mouvement d'humeur contre-révolutionnaire ? Alfieri n’est pas idéologue : il ne faut pas y lire un retournement réactionnaire, mais l'expression sans détour d'un profond sentiment libertaire, l'exaltation d'un instinct farouche qui, plutôt qu'un froid raisonnement de moraliste, guide sa pensée et son action. Son "misogallisme" relève plutôt de l'obsession... Et ressemble aussi au soulèvement face à l'impérialisme culturel français : le plus frappant est la manière dont il s’attache à se "défranciser", se "déceltiser". Lui qui a été formé en français et en piémontais, il lui faut apprendre sa langue, à l'âge de vingt-cinq ans.
Ce travail d'appropriation de l'italien, qu'il ambitionne de doter d'un vers tragique, est passionnant. Ces longs chapitres consacrés à l’élaboration, en autodidacte, d'une œuvre dont je ne peux me faire la moindre idée - et pour cause, elle est quasiment introuvable en français... - anticipent sur ce que sera le Risorgimento. De nombreux traits de sa vie, d'ailleurs, préfigurent une sensibilité nouvelle : on pense parfois à Stendhal (même si Alfieri est le parfait anti-Beyle), tandis que dans sa traversée enthousiaste du golfe de Botnie pris par les glaces, se devine le frisson du sublime qu'il reviendra au premier romantisme d'exalter à son tour. La relation de ses voyages menés à bride abattue à travers l'Europe sont d'ailleurs les plus exaltants. Le récit du gaspillage de temps que fut sa jeunesse inattentive et dissipée ne manque pas, toutefois, de drôlerie - même si le personnage, au caractère rude et peu sociable, n'est au fond pas très sympathique...
La Rivière
Am Fluss
Sortie : 31 août 2017 (France). Roman
livre de Esther Kinsky
Behuliphruen a mis 7/10.
Annotation :
Bien qu'il figure dans cette liste, c'est surtout pendant les derniers mois de 2025 que le livre d'Esther Kinsky m'a accompagné. Et, assurément, son rythme égal, la sûreté de son allure, la gravité modeste de son écriture en firent un compagnon fidèle. Il faut parler de cette écriture "en noir et blanc", comme les photographies qui agrémentent le livre, comme une gravure en taille douce ; de cette voix sourde, sans éclat, très belle, assez majestueuse. Tout se joue, dans cette écriture du réel, attachée à des paysages arpentés avec ferveur et patience, dans une tension entre la transparence du regard et l'opacité d'une forme. Car le plus étonnant est de constater combien l'apparente précision de cette écriture ne donne pas accès à une plus grande limpidité du paysage : tout se passe au contraire comme si celui-ci tendait irrémédiablement à s'obscurcir. Nulle ligne claire descriptive, mais plutôt un tableau tout en nuances de gris, où l'attention extrême au détail finit par brouiller le regard. Dans ce brouillage, surgissent alors des formes inattendues, qui prennent l'apparence d'une épiphanie, d'un rêve, d'un souvenir, d'une apparition trop belle, trop singulière pour être vraie ; et Esther Kinsky, pour les restituer, fait imperceptiblement glisser son écriture du descriptif au fantasmatique, sur un terrain étonnant où, toujours en prise avec le réel, s'énonce une voix singulière, toujours en quête de lignes de fuite.
La cattiva
Sortie : 7 mars 2013 (France). Roman
livre de Lise Charles
Behuliphruen a mis 7/10.
Annotation :
Premier roman brillant, qui agace d'abord un peu la dent, comme une pomme acide, ou comme un dialogue de Rohmer - auquel on pense nécessairement, pour les premières scènes dignes d'un conte d'été en Émilie-Romagne. Mais la comparaison avec Rohmer s'arrête vite, aucune géométrie du désir ne venant compliquer la situation initiale, celle du face-à-face d'un couple à son crépuscule - on pense alors plutôt à Voyage en Italie, tandis que le récit se leste de références littéraires : Stendhal, Woolf, Bassani pour la bicyclette dans les ruelles de brique de Ferrare, etc. Alors le rythme s'accélère, puis le ton quitte la vivacité de la comédie spirituelle pour devenir franchement grave, voire sombre, à mesure que la forme elle-même mue, expérimente : la dernière partie est ainsi constituée de deux confessions en miroir, rédigées par les deux protagonistes, qui la font lire à leur vis-à-vis. Des abîmes se révèlent alors, entre les cruautés du jeu de l'amour et du désamour : de pantin un peu ridicule, Pierre devient poignant, tandis que l'amertume et le remords envahissent Marianne. Manière d'hommage rendu à la puissance dévastatrice et implacable de l'écriture, qui sonde profondément là où les mots vivement échangés ne faisaient que griffer la surface.


















