MALLE Louis - Critiques & Annotations
Vie privée (1962)
1 h 43 min. Sortie : 31 janvier 1962. Drame
Film de Louis Malle
SimBoth a mis 8/10.
Annotation :
Évidemment, le film fait un écho métafictionnel à la propre carrière de Brigitte Bardot, la plus grande star mondiale de son époque. Une star harcelée par les paparazzis, adorée et détestée en même temps, symbole de la féminité et de la liberté des mœurs, faisant la une de toute la presse people, notamment par rapport à aux relations qu'elle entretient avec les hommes. Sans le vouloir, elle crée des émeutes étouffantes et chaotiques à chacune de ses apparitions publiques, crucifiée par une foule qui l'annihile.
Le film retransmet parfaitement, dans une série de scènes sous forme de chroniques, l'aliénation de ce mode de vie harassant et le poids de la célébrité. Le réel prend le pas sur la fiction dans un vertigineux parallèle constant, complexifiant sans cesse son sujet en cherchant la vérité dans les multiples facettes énigmatiques de la star. Sa quête de l'amour, sa profonde solitude et son envie d'individualisme s'entrechoquent, questionnant à quel moment l'actrice est elle-même ou une autre.
Ainsi, ce mélange d'authenticité et d'errance existentielle s'éloigne du style documentaire pour embrasser la fiction documentée et le portrait intimiste. Le portrait d'une femme qui perd son innocence au profit d'un monde qui veut en faire un mythe. Filmée d'abord avec des lumières qui donnent des airs de contes de fées aux couleurs séduisantes, "Vie privée" évolue esthétiquement en mettant plus en avant des lieux confinés où B.B. doit rester enfermée. Cela appuie la folie et la dépression qui la diminuent, même lorsqu'elle retrouve espoir dans les bras du personnage de Mastroianni, avant de devoir s'isoler à nouveau et de chuter inévitablement.
Le Feu follet (1963)
1 h 44 min. Sortie : 15 octobre 1963. Drame
Film de Louis Malle
SimBoth a mis 7/10.
Annotation :
Via des sujets douloureux comme la dépression, l’angoisse existentielle et l’autodestruction, Louis Malle filme le portrait d’Alain Leroy (avec un Maurice Ronet grandiose), un homme suicidaire qui erre dans Paris avant de passer à l’acte. "Le Feu follet" est une longue déambulation mentale, baignée dans un noir et blanc ôtant tout exotisme aux rues de la capitale. En grand maître de l’ambiance et de l’errance, Malle procure un ton naturaliste qui caractérise Paris comme un espace de déprime et dont la mise en scène du film est travaillée par une caméra portée en suspension et des travellings suivant les pas rapides d’Alain. Les regards, les touchers, le désir, les remords, les pensées ou encore l’humiliation s’emparent de l’homme et le laissent dans un grand désarroi face à sa vie. De plus, la voix off du personnage rythme cette traversée philosophique et fuyante jusqu’au suicide final et au regard-caméra mortuaire qui glace le sang du spectateur.
Le Voleur (1967)
2 h. Sortie : 22 février 1967. Policier, Drame
Film de Louis Malle
SimBoth a mis 7/10.
Annotation :
Derrière son acabit de film en costume luxueux et très bien soigné, "Le Voleur" propose une vision anti-romantique et désenchantée d’un voleur devenu un criminel par écœurement d’une classe sociale dont il est originaire. Louis Malle pique vivement la bourgeoisie en montrant une Belle Époque régie par le pouvoir de l’argent, soumise à des valeurs archaïques et animée par un profond cynisme. Pourtant, l’atmosphère du film se maintient par une légèreté délicate et surtout un classicisme qui s’éloigne de la modernité de son époque. L’auteur utilise ce style charmant pour voiler l’amertume et la noirceur de cette société sans scrupule et hypocrite. Le personnage de Belmondo, qui l’interprète avec une gravité loin de sa décontraction habituelle, est un alter ego du cinéaste, un homme anarchiste voulant transgresser l’ordre établi, d’abord par vengeance, puis par principe de vie. Son obstination à voler est un geste de désespoir et de pulsion qui se rapproche de la négation désabusée et solitaire du suicidaire du Feu follet. C’est au final un individualiste détaché et un gentleman-séducteur désillusionné, faisant surgir toute l’ironie et l’usurpation d’un monde pourri.
Le Souffle au cœur (1971)
1 h 58 min. Sortie : 28 avril 1971. Comédie dramatique
Film de Louis Malle
SimBoth a mis 7/10.
Annotation :
L'auteur considérait ce film comme un premier film, car il avait des allures autobiographiques et parce qu'il se nourrit de personnages, de situations et de dialogues de son enfance. Cette conception de premier film est semblable aussi à un premier roman et à la retranscription d'un roman familial, notamment dans l'aspect très proustien de l'hôtel avec sa dimension « bourgeoisie de la Belle Époque » et par rapport au cheminement des émois sentimentaux du garçon.
Le film fut un phénomène de société et un objet de débat de l'époque, car il traite de l'inceste sans gravité, avec humour, légèreté, pudeur et sans conséquence traumatisante pour l'adolescent au centre du film. Mais finalement, ce moment incestueux n'est retranscrit qu'à la fin, avec une tendresse et une tranquillité indifférentes. L'inceste est avant tout une étape métaphorique pour un adolescent (c'est l'étape avant qu'il ne passe une vraie nuit avec une jeune fille de son âge), et "Le Souffle au cœur" évoque cette adolescence de façon joyeuse en étant au plus près des corps et des sentiments. C'est pourquoi Malle peint sans fil conducteur les rites d'initiation d'un garçon venant du milieu bourgeois, un milieu que le réalisateur critique gentiment.
Tout en suggestion et discrétion, les anecdotes sont truculentes et égayantes, à l'image de l'insouciance qui plane sur le récit et qui passe notamment à travers les seconds rôles, comme le démontre la complicité avec les frères aînés turbulents qui s'occupent de son éducation ou la mère profondément cajoleuse et affectueuse. Tandis que l'esthétique, avec sa forme radieuse et le contrepoint entre la musique moderne jazz et la sévérité du monde bourgeois traditionnel et provincial, donne toute la grâce naturelle de cette chronique de l'éveil adolescent.
Lacombe Lucien (1974)
2 h 18 min. Sortie : 30 janvier 1974. Drame, Romance, Guerre
Film de Louis Malle
SimBoth a mis 8/10 et a écrit une critique.
Black Moon (1975)
1 h 40 min. Sortie : 24 septembre 1975. Fantastique
Film de Louis Malle
SimBoth a mis 7/10.
Annotation :
Sorte d’Alice au pays des merveilles contemporain, le long-métrage prend comme contexte une guerre civile imaginaire et raconte le récit d'une jeune fille qui, après une fuite en voiture, se retrouve dans un lieu fantastique plongé dans la nature. Aventure rêvée mais étrange, "Black Moon" contient un bestiaire issu de contes avec tout son folklore déconcertant. La narration confuse et irrationnelle avance spontanément et maintient ce cap du songe anxiogène qui oppose Lilly à ses propres fantasmes et à sa propre sexualité. L’esthétique hypnotique, à la photographie sépia-ocre, accompagne la maison provinciale et cette imagerie fantasmagorique. La verdure bucolique aussi procure ce flottement narratif où l’extraordinaire paraît presque évident. Loin d’être un conte évasif, c’est plutôt de l’étrange étrangeté que travaille Louis Malle. C'est pourquoi ce dernier offre un film inquiétant et tente d’exposer les inquiétudes d’une époque et de la psyché humaine à travers l’irrationalité du fantastique.
La Petite (1978)
Pretty Baby
1 h 50 min. Sortie : 24 mai 1978 (France). Drame
Film de Louis Malle
SimBoth a mis 7/10 et a écrit une critique.
Atlantic City (1980)
1 h 45 min. Sortie : 3 septembre 1980. Drame, Policier, Romance
Film de Louis Malle
SimBoth a mis 8/10.
Annotation :
Au cœur d’Atlantic City, station balnéaire has been en proie au chômage, Malle réalise le portrait d’une relation ambivalente entre un vieil ex-gangster mythomane et pathétique à la recherche d’une forme de gloire et une jeune croupière à la recherche du bonheur. La ville que filme le cinéaste français donne des airs d'une esthétique proche de celle du Nouvel Hollywood, avec un réalisme trivial où se côtoient des losers, des maquereaux, des dealers et des minables aux rêves brisés. Les codes du film de gangster et policier s’activent dans la progression du récit tout en faisant la part belle à une romance avec un désir pudique et en même temps sensuellement profond. Lou, ce vieux loubard nostalgique, définit cet ancien monde qui s’oppose au nouveau monde composé par Sally, à l’instar de cette ville en (dé)construction, visible dans des tons marron et grisâtres, des bâtiments et des rues maussades et des casinos, principales attractions de cette cité en déclin. Lou réalise son rêve de vieux mafieux en tuant deux malfrats, comme pour prouver qu’il peut être un ange protecteur, tandis que Sally fuit vers de nouveaux horizons.
Au revoir les enfants (1987)
1 h 43 min. Sortie : 7 octobre 1987. Biopic, Drame, Guerre
Film de Louis Malle
SimBoth a mis 9/10.
Annotation :
À partir d’un souvenir traumatisant, l'auteur signe une œuvre d’une grande pudeur sur l’Occupation, où deux enfants, dont l'un juif, se prennent d'amitié au sein d'un collège catholique. Sa sincérité autobiographique procure une authenticité et une justesse qui tiennent presque du documentaire, avec ce ton classique, naturaliste et une esthétique nonchalante qui offre un échantillon hivernal et nébuleux au film. Mais la densité dramaturgique influence une narration qui se suit avec une puissance émotionnelle forte. L’intensité des regards, la subtilité des échos historiques et la reconstitution précise du film ouvrent une fracture mémorielle sur l'une des plus tristes périodes de l’humanité. La terreur de la guerre a cette présence pesante, mais elle jongle avec des moments de répit et des petits bonheurs de l’enfance, tout en exposant aussi une image crue, parfois sadique, de cette dernière. Ainsi, "Au revoir les enfants" est un brillant film historique traitant aussi bien d’une chronique d’un collège, de l’anxiété d’un climat de guerre, d'une analyse des comportements paradoxaux de cette période et de la fin de l’innocence pour des enfants qui se confrontent à la réalité injuste des adultes.












