Mubi : commentaires (2026 - présent)
Je poursuis ici mon carnet de visionnage, démarré il y a quatre ans au moment de la création de cette nouvelle liste. Toutes mes séances seront datées et annotées. J'invite - toujours - quiconque le désir à venir échanger sur mes séances en commentaires ou en messages privés.
Bonne lecture.
Pour ma liste de 2022 - 2025, c'est ici: https://link.infini.fr/mb2225
La Bête dans la jungle (2022)
1 h 44 min. Sortie : 16 août 2023. Drame
Film de Patric Chiha
Le débardeur ivre a mis 5/10.
Annotation :
(04/01/2026)
Passer à côté de sa vie. Laisser le temps s'écouler depuis l'obscurité, et regarder les autres se mouvoir sur le dancefloor...Parler de la peur de vivre par le prisme de ceux qui ne dansent pas en soirée est aussi une intéressante analogie de la cinéphilie compulsive. Je ne pouvais donc pas espérer meilleur séance initiale pour démarrer cette nouvelle liste.
Adaptation de la longue nouvelle éponyme d'Henry James, anticipant d'une année l'adaptation sf apparemment faiblarde qu'en fit Bertrand Bonello, La Bête dans la jungle marche (comme exposée plus haut) surtout par son intention thématique, sans nul doute héritiere de l'âme de son matériau de base. La boite de nuit y est ici une limbe dont on ne réchappe pas, un purgatoire pour les absents à eux même. Son déploiement technique ne pese cependant pas bien lourd, pétri de décisions convenues. Redite assez peu inspirée des traumatismes nostalgiques de la géneration Sida et des espoirs douchés du socialisme eighties, on retrouve sans surprise l'utilisation d'un grain de pelicule pour ancrer chronologiquement le (non) récit, un verbiage théatrale sans emphase et un fond sonore qui (bien qu'adhérant parfaitement avec l'idée de léthargie ambiante) finira par lasser le spectateur le plus courageux. Le jeu d'Anais DeMoustier, dont l'apparence et la locution évoquent un cinéma Français littéralement hors du temps, cadre parfaitement avec l'atmosphère là où le choix de caster l'acteur israelien Tom Mercier (excellent dans "Le Règne Animal" de Cailley) est peu compréhensible.Quant à Béatrice Dalle elle n'est malheureusement là que pour jouer son rôle de totem extradiegetique du Paris bringueur des années 80/90.
Un film finalement très beau dans ce qu'il dit, mais qui échappe à l'expérience cinématographique d'éternité qu'il essaie de convoquer de toutes ses forces.
Julie (en 12 chapitres) (2021)
Verdens verste menneske
2 h 08 min. Sortie : 13 octobre 2021 (France). Comédie dramatique, Romance
Film de Joachim Trier
Le débardeur ivre a mis 8/10.
Annotation :
(09/01/2026)
Une séance étendue sur plusieurs jours, vécue comme une fièvre qui a sans nul doute dû influencer la grande note que j'ai finalement accordé au film. Cependant, je pense que la réputation que possede le long-métrage qui nous intéresse ici n'est plus à faire, et qu'un huit de plus ou un de moins ne changera pas trop sa moyenne...
En fait, regarder ce Julie en 12 chapitres (ou "The Worst person in the world") c'est se remémorer "Oslo, 31 Aout" (remake du "Feu Follet" de Malle) et son emerveillement mélancolique ; les films font parties d'une trilogie relative à la ville du Tigre. La capitale Norvégienne est donc toujours là, lumineuse et aérée - deux adjectifs qui qui définissent par ailleurs remarqueblement bien le jeu de Renate Reinsve, actrice solaire par excellence. Encore et toujours Oslo donc, et encore et toujours cet état de transition entre phases de la vie adulte, de mouvement plus ou moins empêchés. Ici, à la différence du pessimisme existentiel final du personnage principal d' "Oslo, 31 Aout" retombant dans la spirale de ses vices dans la maison familiale (démonstration d'un adulte qui n'en deviendra jamais un, enfermé dans un passé que les autres ont oubliés), Julie passe d'un état à un autre, d'une passion à une autre, d'un amour à un autre et se construit de ces expériences devant nos yeux. Meme si la fin reserve aussi son lot de mélancolie et de solitude paradoxale, le film pulse par sa photographie et sa mise en scène un besoin d'exister littéralement inverse au précedent volet de la trilogie et c'est cette équilibre qui renforce l'acuité humaine des ces deux long métrages qui semblent donc se répondre à la perfection.
Touki Bouki (1973)
1 h 35 min. Sortie : 19 mars 1986 (France). Comédie dramatique
Film de Djibril Diop Mambety
Le débardeur ivre a mis 3/10.
Annotation :
(08/02/2026)
L'irréverence usuelle du cinéma post-colonial et experimental ; une interrogation à la fois sur l'état concret, matériel du Sénegal treize ans après son independance et sur les esperances de sa jeunesse. Un "Bonnie & Clyde" à califourchon entre truculence et cauchemar, aéré et brut à la fois qui crée certes des instants à l'iconicité indiscutable mais qui demeure bien trop fou et aléatoire pour être - à mon sens - bien compréhensible.
Numéro Zéro (1971)
1 h 50 min. Sortie : 22 janvier 2003. Portrait
Documentaire de Jean Eustache
Le débardeur ivre a mis 9/10.
Annotation :
(26/03/2026)
Il s'agit sans doute du plus précieux cadeau qu'un cinéaste peut faire à un de ses proches. Quelques verres de whisky, quelques cigarettes, quelques bobines, deux caméras et du temps pour raconter sa vie. La graver, pour l'éternité.
Formellement, Eustache crée un dispositif qui se veut le moins ostensible possible. Deux plans fixes sur sa grand-mère, dont un avec une amorce sur sa propre personne, auditeur laconique qui s'effacerait totalement si il n'y faisait pas quelques modestes interventions sans pour autant influencer le flux de cette maieutique autobiographique. Eustache n'est qu'une silhouette chevelue pourvoyeuse d'alcool et de tabac à la disposition d'une femme, sa grand-mère Odette donc, qui fut, factuellement, au service des autres tout au long de son existence et la poésie clinique de cette démarche est émouvante. Le montage s'y oublie dans un désir - très ostensible lui - de tout garder, jusque dans les claps et les coups de téléphones de la télévision hollandaise en forme d'autopromo pour "Le pere Noel a les yeux bleus" (peut-être une mise en scène inavouée...).
Très clairement, nous sommes en face d'un objet cinématographique épuré au possible, dans la veine de ce qui se faisait et de ce que faisait Jean Eustache en France en ce début des années 70, et il se dégage de cette simplicité une pudeur magnifique qui rend la parole d'Odette Robert plus magnétisante encore. Plaisir d'une voix accentuée, plaisir d'une communication plaisante et plaisir d'un instant happé au vol comme une heure cinquante de gagnée sur une vie trop dense et qui est allée trop vite. Une pause en forme de méditation : les joies de la prime enfance, la soudainéité des deuils, les infidélités maritales, la dévotion à la famille et le constat amusée sur les épreuves de l'existence d'une femme presque-aveugle qui aura éprouvée le vingtieme siecle. Une façon de dire que rien n'est jamais insignifiant, que personne ne l'est, et que toute vie est une geste incomparable en soit. Superbe.
La Ciénaga (2001)
1 h 43 min. Sortie : 9 janvier 2002 (France). Comédie dramatique
Film de Lucrecia Martel
Le débardeur ivre a mis 10/10.
Annotation :
(28/03/2026)
Ca fleure bon l'été, et en même temps, ça ne donne pas envie d'y retourner !
Moiteur atmosphérique, moiteur des corps, moiteur de l'image et décrepitude généralisé sont au rendez vous dans ce nouveau film sur la scission générationelle et la dérive d'une cohésion familiale. On est, spectateur, submergé, voir enlisé à la façon du buffle que les enfants rabattent cruellement dans les sables mouvants de la jungle par toute cette déprime visuelle. Tout est liquide, tout est moisissure et de l'image semble exhaler outre l'odeur de la sueur, celle de l'eau croupie. La promiscuité quasi-incestueuse de ces proches qui passent les mois les plus tropicaux de l'année embriqués les uns aux autres au lit ou sur des chaises longues dit sans aucun doute quelque chose de la famille bourgeoise en Argentine, embourbée dans la xénophobie à l'égard des populations autochtones qui les servent et apportent un semblant de cohérence à leurs foyers désenchantés. Et au milieu, des enfants qui vont répeter ce cycle de langueur (amorcé par le raclement d'une chaise longue sur le sol et qui se termine de cette même maniere, mais avec des protagonistes d'un âge different) sans l'interroger. Amer mais fascinant constat de la part de Lucrecia Martel.
Portraits fantômes (2023)
Retratos Fantasmas
1 h 33 min. Sortie : 1 novembre 2023 (France). Historique, Cinéma, Société
Documentaire de Kleber Mendonça Filho
Le débardeur ivre a mis 8/10.
Annotation :
(04/04/2026)
Le cinéma de Mendonça Filho est un cinéma de l'ancrage et ce documentaire en précise tout bonement sa nature. On y apprend un peu plus sur les circonstances de création ou tout du moins sur le cheminement introspectif qui a mené à "L'Agent Secret", le grand succès critique et public du réalisateur sorti l'année derniere, en particulier la si grande humanité de sa reconstitution de la ville de Recife (jusqu'à l'interpretation bluffante du personnage de Monsieur Alexandre, joué par Carlos Francisco, qui est tout bonement la ré-incarnation d'un véritable projectionniste du cinéma Arte Palacio). Tout y apparait sous un éclairage édifiant, des environements aux spectres de la junte militaire et de la présence nazi, entrelacée dans cette atmosphere de cinéma de quartier.
Ce qui est assez remarquable avec ce documentaire, c'est l'intelligente tendresse de son montage. Il démarre par la maison familiale de Mendonça Filho et se conclut par les cinémas de son enfance, en passant par la ville de Recife elle même, et cet ensemble est filmé avec une intensité analogue. Le réalisateur met donc sur un pied d'égalité formelle l'histoire intime de son foyer et celle de sa citée natale, cousant serrée la trame par des extraits de ses films ou des images d'archives personnelles. Une façon pour cet auteur de s'inscrire comme "la" voix de Recife, guidé par les fantomes du passé.
Hit the Road (2021)
Jaddeh Khaki
1 h 33 min. Sortie : 27 avril 2022 (France). Comédie dramatique
Film de Panah Panahi
Le débardeur ivre a mis 8/10.
Annotation :
(05/04/2026)
Panah Panahi a été à bonne école, et cela se voit. J'ai même envie de dire que cela, la faute à une filmographie encore débutante, se compare malheureusement avec celle de son géniteur, et interroge.
Concernant Jafar Panahi, le père, je devrais sans doute faire mes devoirs car je n'ai jusqu'à présent vu de lui que son "Sang et Or". Si je me souviens d'un film percutant et nihiliste dans sa structure et son propos (la descente en enfer d'un livreur de pizza véteran de la guerre Iran-Irak, au contact de la modernité étrangement néo-liberale de son pays au début du siècle), je n'avais pas forcément trouvé remarquable sa mise en scène dans le sens où celle-ci s'inscrivait dans une sobriété typiquement nouvelle-vaguienne ; son fils Panah en revanche, avec son Hit the Road, passe ici completement le pas. Il se détache totalement d'une forme d'économie visuelle en nous gratifiant plan après plan d'une mise en scène joueuse, interractive dans sa façon de cadrer et de faire surgir ses personnages. Une façon de mener sa barque qui, mine de rie, gratifiera toujours plus le spectateur, et insufflera une énergie folle à son road trip. Cette énergie doit beaucoup au jeu stupéfiant du tout jeune Rayan Sarlak, tourbillon hyperactif à la curiosité communicative, qui rentre en complémentarité avec celui plus lent - dû à une jambe platrée - de son père à l'écran, Hasan Majuni, mais aussi avec la rigoureuse beauté maternelle de Pantea Panahiha et la taciturnité du grand frère Farid, joué par Amin Simiar, qui rapellera à beaucoup celle de Paul Dano. Et à la façon de ce "Little Miss Sunshine" dont il semble beaucoup s'inspirer en terme de road trip familial aux tonalités comiques et tristes, jusque dans le ciselement de ses dialogues, on est dans cette voiture comme dans le filmage global de l'oeuvre au coeur d'un équilibre gourmand qui s'intéresse autant à la finalité de son discours sur le theme du départ d'un fils hors du nid, qu'à ses moyens de transmissions visuels. Une comédie dramatique qui n'oublie pas non plus son sous-texte politique sur la société Iranienne, mais qui se défait avec astuce d'une "austérité" de la dénonciation qui est peut-être celle de Jafar Panahi, le père, ou tout du moins de la génération de ce dernier.
A la façon donc d'un Gavras fils, plus enclin à privilegier le ludisme visuel, Panah Panahi prend peut-être le chemin d'un cinéma moins spontané, peut-être moins social mais rigoureusement plus génereux.
Dans la peau de John Malkovich (1999)
Being John Malkovich
1 h 52 min. Sortie : 8 décembre 1999 (France). Comédie, Drame, Fantastique
Film de Spike Jonze
Le débardeur ivre a mis 7/10.
Annotation :
(13/04/2026)
A la façon du personnage de John Cusack dans ce film, vampirisant de l'intérieur l'envellope charnelle de John Malkovich, le scénario de Kaufman fait exactement de même avec la réalisation (pourtant très fraiche et inventive) de Spike Jonze. De fait, il parait impossible à la folie Kaufmannienne d'être contenue par la réalisation d'un tiers ; il n'y a qu'à voir "Eternal Sunshine of a Spotless Mind" où là encore, malgré toute l'inventivité de Gondry, c'est avant tout le scénario rocambolesque du New-Yorkais qui mène la cadence.
On sait d'où ça part, mais on ne sait jamais où ça retombe avec une telle narration et cette maniere d'essorer les paradoxes jusqu'à la derniere goutte au point de les réinventer en cours de film annonce le reste d'une carriere intéressante ("Synedoche New York") et de sa proliferation (Dupieux est un Kaufman bis, quand on y pense).
Zama (2017)
1 h 54 min. Sortie : 11 juillet 2018 (France). Drame, Historique
Film de Lucrecia Martel
Le débardeur ivre a mis 5/10.
Annotation :
(14/04/2026)
Même stagnation, même décrépitude, même poisseur que dans "La Cienaga", et le tout - une fois de plus - traversé par les langoureuses guitares de Los Indios Tabajeras. Le discours sur l'héritage colonial et les rapports interethniques en Amérique du Sud y est ici d'autant plus évident que Martel fait avec Zama son film d'époque, et montre ainsi un Paraguay à nu face à l'histoire eclavagiste des colonies Espagnoles ; ce Don Diego de Zama, fonctionnaire piégé au fin fond de l'empire, s'inscrit dans une longue tradition littéraire puis cinématographique (amorcée sans doute chez Joseph Conrad) de dignitaire oublié par la puissance coloniale qui les emploie, découvrant aux bords d'un fleuve limoneux et tropical la vanité de l'entreprise de conquête dont ils sont à la fois les bourreaux et les victimes existentielles. Isolation et pietinement dans la chaleur, sous les piqures des guêpes pompile, les tortures absconses, et les petites perversités d'une mondanité au désespoir. Le mouvement, quand il s'enclenche enfin dans la derniere demie heure avec cette traque du fantomatique bandit Vicuna Porto, est en réalité une illusion sabotée de l'intérieur, une façon assez remarquable de mettre l'homme blanc face à sa vanité, de lui interdire toute expiation.
Si rien ne semble jamais explicite chez Martel, je regrette ici un manque d'exposition un peu plus net qui a quelque peu entravé mon appreciation du film.
Faya Dayi (2021)
2 h. Sortie : 10 août 2022 (France).
Documentaire de Jessica Beshir
Le débardeur ivre a mis 6/10.
Annotation :
(03/05/2026)
"Veux-tu vivre dans l'obscurité ?"
L'Ethiopie à laquelle nous convie Jessica Beshir est une contrée lethargique, assoupie, à l'inverse des effets justement recherché par les consommateurs de khat qui est (semble t-il) un stimulant. C'est une contradiction posée par les choix formels très radicaux de la réalisatrice : noir et blanc très contrasté, voix off vaporeuses "à la Malick", ralentis et musique ambient (en l'occurence celle de William Basinski ainsi que, apparemment, les artistes derriere le génial groupe How To Disappear Completely)...Autant de décisions qui sont autant de rejets de la démonstration documentaire la plus brute, et qui repousse Faya Dayi bien plus dans le poème visuel qu'autre chose d'un peu plus "matériel", et ce même si matérialité il y a que ce soit dans ce que révèle les dialogues (et/ou monologues) sur ce commerce du khat, l'état de l'Ethiopie et les aspirations d'une jeunesse tentée par l'immigration. Une flottaison documentaire donc, hybride entre l'etheration limbique et la scrutation de l'anthropologie visuelle.
Accident (1967)
1 h 45 min. Sortie : 22 juin 1967 (France). Drame
Film de Joseph Losey
Le débardeur ivre a mis 3/10.
Annotation :
(16/05/2026)
Je ne garde que l'aspect entetant du montage, mais le reste du travail Pinter/Losey sera à redecouvrir dans des conditions differentes.
Close (2022)
1 h 45 min. Sortie : 1 novembre 2022 (France). Drame
Film de Lukas Dhont
Le débardeur ivre a mis 7/10.
Annotation :
(02/06/2026)
Eteindre une image, pour signifier la progressive chute libre depuis le lumineux paradis de l'insouciance enfantine vers la paleur automnale voire crépusculaire de l'age adulte, c'est une astuce de mise en scène rodée, et somme toute logique ici vu le rapport très intense que semble entretenir Lukhas Dont avec la lumiere naturelle de sa mise en scène. Mais réussir à faire s'éteindre le jeu d'un acteur, et qui plus est un jeune acteur (à savoir Eden Dambrine), c'est une chose bien plus singuliere. Rarement l'impression de voir un individu grandir devant la caméra aura été aussi pregnante. Car qu'est-ce que grandir si ce n'est perdre une ineffable étincelle au fond du regard ? Réussir à reproduire correctement une si subtile intention de jeu est le témoignage d'une direction d'acteur fine et empathique, à porter au crédit du jeune réalisateur Belge.
Et Emilie Dequenne me manque, evidemment.















