Cover Mubi : commentaires (2026 - présent)

Mubi : commentaires (2026 - présent)

Je poursuis ici mon carnet de visionnage, démarré il y a quatre ans au moment de la création de cette nouvelle liste. Toutes mes séances seront datées et annotées. J'invite - toujours - quiconque le désir à venir échanger sur mes séances en commentaires ou en messages privés.
Bonne lecture.

Pour ma liste de 2022 - 2025, c'est ici:
https://link.infini.fr/mb2225

Liste de 19 films créée il y a 10 mois · modifiée il y a environ 13 heures
La Bête dans la jungle
5.6

La Bête dans la jungle (2022)

1 h 44 min. Sortie : 16 août 2023. Drame

Film de Patric Chiha

Le débardeur ivre a mis 5/10.

Annotation :

(04/01/2026)
Passer à côté de sa vie. Laisser le temps s'écouler depuis l'obscurité, et regarder les autres se mouvoir sur le dancefloor...Parler de la peur de vivre par le prisme de ceux qui ne dansent pas en soirée est aussi une intéressante analogie de la cinéphilie compulsive. Je ne pouvais donc pas espérer meilleur séance initiale pour démarrer cette nouvelle liste.

Adaptation de la longue nouvelle éponyme d'Henry James, anticipant d'une année l'adaptation sf apparemment faiblarde qu'en fit Bertrand Bonello, La Bête dans la jungle marche (comme exposée plus haut) surtout par son intention thématique, sans nul doute héritiere de l'âme de son matériau de base. La boite de nuit y est ici une limbe dont on ne réchappe pas, un purgatoire pour les absents à eux même. Son déploiement technique ne pese cependant pas bien lourd, pétri de décisions convenues. Redite assez peu inspirée des traumatismes nostalgiques de la géneration Sida et des espoirs douchés du socialisme eighties, on retrouve sans surprise l'utilisation d'un grain de pelicule pour ancrer chronologiquement le (non) récit, un verbiage théatrale sans emphase et un fond sonore qui (bien qu'adhérant parfaitement avec l'idée de léthargie ambiante) finira par lasser le spectateur le plus courageux. Le jeu d'Anais DeMoustier, dont l'apparence et la locution évoquent un cinéma Français littéralement hors du temps, cadre parfaitement avec l'atmosphère là où le choix de caster l'acteur israelien Tom Mercier (excellent dans "Le Règne Animal" de Cailley) est peu compréhensible.Quant à Béatrice Dalle elle n'est malheureusement là que pour jouer son rôle de totem extradiegetique du Paris bringueur des années 80/90.
Un film finalement très beau dans ce qu'il dit, mais qui échappe à l'expérience cinématographique d'éternité qu'il essaie de convoquer de toutes ses forces.

Julie (en 12 chapitres)
7.3

Julie (en 12 chapitres) (2021)

Verdens verste menneske

2 h 08 min. Sortie : 13 octobre 2021 (France). Comédie dramatique, Romance

Film de Joachim Trier

Le débardeur ivre a mis 8/10.

Annotation :

(09/01/2026)
Une séance étendue sur plusieurs jours, vécue comme une fièvre qui a sans nul doute dû influencer la grande note que j'ai finalement accordé au film. Cependant, je pense que la réputation que possede le long-métrage qui nous intéresse ici n'est plus à faire, et qu'un huit de plus ou un de moins ne changera pas trop sa moyenne...
En fait, regarder ce Julie en 12 chapitres (ou "The Worst person in the world") c'est se remémorer "Oslo, 31 Aout" (remake du "Feu Follet" de Malle) et son emerveillement mélancolique ; les films font parties d'une trilogie relative à la ville du Tigre. La capitale Norvégienne est donc toujours là, lumineuse et aérée - deux adjectifs qui qui définissent par ailleurs remarqueblement bien le jeu de Renate Reinsve, actrice solaire par excellence. Encore et toujours Oslo donc, et encore et toujours cet état de transition entre phases de la vie adulte, de mouvement plus ou moins empêchés. Ici, à la différence du pessimisme existentiel final du personnage principal d' "Oslo, 31 Aout" retombant dans la spirale de ses vices dans la maison familiale (démonstration d'un adulte qui n'en deviendra jamais un, enfermé dans un passé que les autres ont oubliés), Julie passe d'un état à un autre, d'une passion à une autre, d'un amour à un autre et se construit de ces expériences devant nos yeux. Meme si la fin reserve aussi son lot de mélancolie et de solitude paradoxale, le film pulse par sa photographie et sa mise en scène un besoin d'exister littéralement inverse au précedent volet de la trilogie et c'est cette équilibre qui renforce l'acuité humaine des ces deux long métrages qui semblent donc se répondre à la perfection.

Touki Bouki
7.1

Touki Bouki (1973)

1 h 35 min. Sortie : 19 mars 1986 (France). Comédie dramatique

Film de Djibril Diop Mambety

Le débardeur ivre a mis 3/10.

Annotation :

(08/02/2026)
L'irréverence usuelle du cinéma post-colonial et experimental ; une interrogation à la fois sur l'état concret, matériel du Sénegal treize ans après son independance et sur les esperances de sa jeunesse. Un "Bonnie & Clyde" à califourchon entre truculence et cauchemar, aéré et brut à la fois qui crée certes des instants à l'iconicité indiscutable mais qui demeure bien trop fou et aléatoire pour être - à mon sens - bien compréhensible.

Numéro Zéro
7.6

Numéro Zéro (1971)

1 h 50 min. Sortie : 22 janvier 2003. Portrait

Documentaire de Jean Eustache

Le débardeur ivre a mis 9/10.

Annotation :

(26/03/2026)
Il s'agit sans doute du plus précieux cadeau qu'un cinéaste peut faire à un de ses proches. Quelques verres de whisky, quelques cigarettes, quelques bobines, deux caméras et du temps pour raconter sa vie. La graver, pour l'éternité.

Formellement, Eustache crée un dispositif qui se veut le moins ostensible possible. Deux plans fixes sur sa grand-mère, dont un avec une amorce sur sa propre personne, auditeur laconique qui s'effacerait totalement si il n'y faisait pas quelques modestes interventions sans pour autant influencer le flux de cette maieutique autobiographique. Eustache n'est qu'une silhouette chevelue pourvoyeuse d'alcool et de tabac à la disposition d'une femme, sa grand-mère Odette donc, qui fut, factuellement, au service des autres tout au long de son existence et la poésie clinique de cette démarche est émouvante. Le montage s'y oublie dans un désir - très ostensible lui - de tout garder, jusque dans les claps et les coups de téléphones de la télévision hollandaise en forme d'autopromo pour "Le pere Noel a les yeux bleus" (peut-être une mise en scène inavouée...).
Très clairement, nous sommes en face d'un objet cinématographique épuré au possible, dans la veine de ce qui se faisait et de ce que faisait Jean Eustache en France en ce début des années 70, et il se dégage de cette simplicité une pudeur magnifique qui rend la parole d'Odette Robert plus magnétisante encore. Plaisir d'une voix accentuée, plaisir d'une communication plaisante et plaisir d'un instant happé au vol comme une heure cinquante de gagnée sur une vie trop dense et qui est allée trop vite. Une pause en forme de méditation : les joies de la prime enfance, la soudainéité des deuils, les infidélités maritales, la dévotion à la famille et le constat amusée sur les épreuves de l'existence d'une femme presque-aveugle qui aura éprouvée le vingtieme siecle. Une façon de dire que rien n'est jamais insignifiant, que personne ne l'est, et que toute vie est une geste incomparable en soit. Superbe.

La Ciénaga
6.7

La Ciénaga (2001)

1 h 43 min. Sortie : 9 janvier 2002 (France). Comédie dramatique

Film de Lucrecia Martel

Le débardeur ivre a mis 10/10.

Annotation :

(28/03/2026)
Ca fleure bon l'été, et en même temps, ça ne donne pas envie d'y retourner !
Moiteur atmosphérique, moiteur des corps, moiteur de l'image et décrepitude généralisé sont au rendez vous dans ce nouveau film sur la scission générationelle et la dérive d'une cohésion familiale. On est, spectateur, submergé, voir enlisé à la façon du buffle que les enfants rabattent cruellement dans les sables mouvants de la jungle par toute cette déprime visuelle. Tout est liquide, tout est moisissure et de l'image semble exhaler outre l'odeur de la sueur, celle de l'eau croupie. La promiscuité quasi-incestueuse de ces proches qui passent les mois les plus tropicaux de l'année embriqués les uns aux autres au lit ou sur des chaises longues dit sans aucun doute quelque chose de la famille bourgeoise en Argentine, embourbée dans la xénophobie à l'égard des populations autochtones qui les servent et apportent un semblant de cohérence à leurs foyers désenchantés. Et au milieu, des enfants qui vont répeter ce cycle de langueur (amorcé par le raclement d'une chaise longue sur le sol et qui se termine de cette même maniere, mais avec des protagonistes d'un âge different) sans l'interroger. Amer mais fascinant constat de la part de Lucrecia Martel.

Portraits fantômes
7

Portraits fantômes (2023)

Retratos Fantasmas

1 h 33 min. Sortie : 1 novembre 2023 (France). Historique, Cinéma, Société

Documentaire de Kleber Mendonça Filho

Le débardeur ivre a mis 8/10.

Annotation :

(04/04/2026)
Le cinéma de Mendonça Filho est un cinéma de l'ancrage et ce documentaire en précise tout bonement sa nature. On y apprend un peu plus sur les circonstances de création ou tout du moins sur le cheminement introspectif qui a mené à "L'Agent Secret", le grand succès critique et public du réalisateur sorti l'année derniere, en particulier la si grande humanité de sa reconstitution de la ville de Recife (jusqu'à l'interpretation bluffante du personnage de Monsieur Alexandre, joué par Carlos Francisco, qui est tout bonement la ré-incarnation d'un véritable projectionniste du cinéma Arte Palacio). Tout y apparait sous un éclairage édifiant, des environements aux spectres de la junte militaire et de la présence nazi, entrelacée dans cette atmosphere de cinéma de quartier.
Ce qui est assez remarquable avec ce documentaire, c'est l'intelligente tendresse de son montage. Il démarre par la maison familiale de Mendonça Filho et se conclut par les cinémas de son enfance, en passant par la ville de Recife elle même, et cet ensemble est filmé avec une intensité analogue. Le réalisateur met donc sur un pied d'égalité formelle l'histoire intime de son foyer et celle de sa citée natale, cousant serrée la trame par des extraits de ses films ou des images d'archives personnelles. Une façon pour cet auteur de s'inscrire comme "la" voix de Recife, guidé par les fantomes du passé.

Hit the Road
7

Hit the Road (2021)

Jaddeh Khaki

1 h 33 min. Sortie : 27 avril 2022 (France). Comédie dramatique

Film de Panah Panahi

Le débardeur ivre a mis 8/10.

Annotation :

(05/04/2026)
Panah Panahi a été à bonne école, et cela se voit. J'ai même envie de dire que cela, la faute à une filmographie encore débutante, se compare malheureusement avec celle de son géniteur, et interroge.

Concernant Jafar Panahi, le père, je devrais sans doute faire mes devoirs car je n'ai jusqu'à présent vu de lui que son "Sang et Or". Si je me souviens d'un film percutant et nihiliste dans sa structure et son propos (la descente en enfer d'un livreur de pizza véteran de la guerre Iran-Irak, au contact de la modernité étrangement néo-liberale de son pays au début du siècle), je n'avais pas forcément trouvé remarquable sa mise en scène dans le sens où celle-ci s'inscrivait dans une sobriété typiquement nouvelle-vaguienne ; son fils Panah en revanche, avec son Hit the Road, passe ici completement le pas. Il se détache totalement d'une forme d'économie visuelle en nous gratifiant plan après plan d'une mise en scène joueuse, interractive dans sa façon de cadrer et de faire surgir ses personnages. Une façon de mener sa barque qui, mine de rie, gratifiera toujours plus le spectateur, et insufflera une énergie folle à son road trip. Cette énergie doit beaucoup au jeu stupéfiant du tout jeune Rayan Sarlak, tourbillon hyperactif à la curiosité communicative, qui rentre en complémentarité avec celui plus lent - dû à une jambe platrée - de son père à l'écran, Hasan Majuni, mais aussi avec la rigoureuse beauté maternelle de Pantea Panahiha et la taciturnité du grand frère Farid, joué par Amin Simiar, qui rapellera à beaucoup celle de Paul Dano. Et à la façon de ce "Little Miss Sunshine" dont il semble beaucoup s'inspirer en terme de road trip familial aux tonalités comiques et tristes, jusque dans le ciselement de ses dialogues, on est dans cette voiture comme dans le filmage global de l'oeuvre au coeur d'un équilibre gourmand qui s'intéresse autant à la finalité de son discours sur le theme du départ d'un fils hors du nid, qu'à ses moyens de transmissions visuels. Une comédie dramatique qui n'oublie pas non plus son sous-texte politique sur la société Iranienne, mais qui se défait avec astuce d'une "austérité" de la dénonciation qui est peut-être celle de Jafar Panahi, le père, ou tout du moins de la génération de ce dernier.

A la façon donc d'un Gavras fils, plus enclin à privilegier le ludisme visuel, Panah Panahi prend peut-être le chemin d'un cinéma moins spontané, peut-être moins social mais rigoureusement plus génereux.

Dans la peau de John Malkovich
7.2

Dans la peau de John Malkovich (1999)

Being John Malkovich

1 h 52 min. Sortie : 8 décembre 1999 (France). Comédie, Drame, Fantastique

Film de Spike Jonze

Le débardeur ivre a mis 7/10.

Annotation :

(13/04/2026)
A la façon du personnage de John Cusack dans ce film, vampirisant de l'intérieur l'envellope charnelle de John Malkovich, le scénario de Kaufman fait exactement de même avec la réalisation (pourtant très fraiche et inventive) de Spike Jonze. De fait, il parait impossible à la folie Kaufmannienne d'être contenue par la réalisation d'un tiers ; il n'y a qu'à voir "Eternal Sunshine of a Spotless Mind" où là encore, malgré toute l'inventivité de Gondry, c'est avant tout le scénario rocambolesque du New-Yorkais qui mène la cadence.
On sait d'où ça part, mais on ne sait jamais où ça retombe avec une telle narration et cette maniere d'essorer les paradoxes jusqu'à la derniere goutte au point de les réinventer en cours de film annonce le reste d'une carriere intéressante ("Synedoche New York") et de sa proliferation (Dupieux est un Kaufman bis, quand on y pense).

Zama
6.3

Zama (2017)

1 h 54 min. Sortie : 11 juillet 2018 (France). Drame, Historique

Film de Lucrecia Martel

Le débardeur ivre a mis 5/10.

Annotation :

(14/04/2026)
Même stagnation, même décrépitude, même poisseur que dans "La Cienaga", et le tout - une fois de plus - traversé par les langoureuses guitares de Los Indios Tabajeras. Le discours sur l'héritage colonial et les rapports interethniques en Amérique du Sud y est ici d'autant plus évident que Martel fait avec Zama son film d'époque, et montre ainsi un Paraguay à nu face à l'histoire eclavagiste des colonies Espagnoles ; ce Don Diego de Zama, fonctionnaire piégé au fin fond de l'empire, s'inscrit dans une longue tradition littéraire puis cinématographique (amorcée sans doute chez Joseph Conrad) de dignitaire oublié par la puissance coloniale qui les emploie, découvrant aux bords d'un fleuve limoneux et tropical la vanité de l'entreprise de conquête dont ils sont à la fois les bourreaux et les victimes existentielles. Isolation et pietinement dans la chaleur, sous les piqures des guêpes pompile, les tortures absconses, et les petites perversités d'une mondanité au désespoir. Le mouvement, quand il s'enclenche enfin dans la derniere demie heure avec cette traque du fantomatique bandit Vicuna Porto, est en réalité une illusion sabotée de l'intérieur, une façon assez remarquable de mettre l'homme blanc face à sa vanité, de lui interdire toute expiation.
Si rien ne semble jamais explicite chez Martel, je regrette ici un manque d'exposition un peu plus net qui a quelque peu entravé mon appreciation du film.

Faya Dayi
7

Faya Dayi (2021)

2 h. Sortie : 10 août 2022 (France).

Documentaire de Jessica Beshir

Le débardeur ivre a mis 6/10.

Annotation :

(03/05/2026)
"Veux-tu vivre dans l'obscurité ?"
L'Ethiopie à laquelle nous convie Jessica Beshir est une contrée lethargique, assoupie, à l'inverse des effets justement recherché par les consommateurs de khat qui est (semble t-il) un stimulant. C'est une contradiction posée par les choix formels très radicaux de la réalisatrice : noir et blanc très contrasté, voix off vaporeuses "à la Malick", ralentis et musique ambient (en l'occurence celle de William Basinski ainsi que, apparemment, les artistes derriere le génial groupe How To Disappear Completely)...Autant de décisions qui sont autant de rejets de la démonstration documentaire la plus brute, et qui repousse Faya Dayi bien plus dans le poème visuel qu'autre chose d'un peu plus "matériel", et ce même si matérialité il y a que ce soit dans ce que révèle les dialogues (et/ou monologues) sur ce commerce du khat, l'état de l'Ethiopie et les aspirations d'une jeunesse tentée par l'immigration. Une flottaison documentaire donc, hybride entre l'etheration limbique et la scrutation de l'anthropologie visuelle.

Accident
6.7

Accident (1967)

1 h 45 min. Sortie : 22 juin 1967 (France). Drame

Film de Joseph Losey

Le débardeur ivre a mis 3/10.

Annotation :

(16/05/2026)
Je ne garde que l'aspect entetant du montage, mais le reste du travail Pinter/Losey sera à redecouvrir dans des conditions differentes.

Close
7.1

Close (2022)

1 h 45 min. Sortie : 1 novembre 2022 (France). Drame

Film de Lukas Dhont

Le débardeur ivre a mis 7/10.

Annotation :

(02/06/2026)
Eteindre une image, pour signifier la progressive chute libre depuis le lumineux paradis de l'insouciance enfantine vers la paleur automnale voire crépusculaire de l'age adulte, c'est une astuce de mise en scène rodée, et somme toute logique ici vu le rapport très intense que semble entretenir Lukhas Dont avec la lumiere naturelle de sa mise en scène. Mais réussir à faire s'éteindre le jeu d'un acteur, et qui plus est un jeune acteur (à savoir Eden Dambrine), c'est une chose bien plus singuliere. Rarement l'impression de voir un individu grandir devant la caméra aura été aussi pregnante. Car qu'est-ce que grandir si ce n'est perdre une ineffable étincelle au fond du regard ? Réussir à reproduire correctement une si subtile intention de jeu est le témoignage d'une direction d'acteur fine et empathique, à porter au crédit du jeune réalisateur Belge.

Et Emilie Dequenne me manque, evidemment.

Le Lauréat
7.8

Le Lauréat (1967)

The Graduate

1 h 46 min. Sortie : 4 septembre 1968 (France). Comédie, Drame, Romance

Film de Mike Nichols

Le débardeur ivre a mis 9/10.

Annotation :

(30/07/2027)
L'origine du Nouvel Hollywood. Et quelle naissance passionante que le film de Mike Nichols !

Rarement il m'a été donné de voir formellement et thématiquement, hormis peut-être chez Billy Wilder ou Clouzot, un film déjouant aussi bien la pesanteur de son époque, se rendant de fait intemporel. Oui, "pesanteur"...Le mot ne parait pas correspondre avec la réputation anticonformiste des films du mouvement cinématographique qui propulsa le cinéma americain dans la modernité - de style et de ton. Seulement, il faut admettre que ce cinéma là vieillit indéniablement, et si sa radicalité (parfois outranciere ou molle) n'adhere pas tout le temps avec l'évolution des publics, je pense que n'importe quel jeune homme (car c'est de jeune homme dont il s'agit ici) se reconnait et se reconnaitra dans ce Benjamin Braddock. Parce que, à la façon de la réalisation de Mike Nichols, la passivité désenchanté de la vieillesse s'opposera toujours au dynamisme actif de la jeunesse, et le réalisateur construit admirablement son film autour de ces deux notions. Dustin Hoffman incarne solidement l'ingénuité balourde de son personnage, et arrive à progressivement le transmuter d'un jeune homme à la dérive en un jeune homme activement responsable. Traversé d'astuces de réalisations, aussi comiques que pleines de sens, on est en face d'une histoire qui ne cesse de résonner donc, ancêtre d'un cinéma coming of age situé dans les suburbs à la "American Beauty" et autres "Risky Business", mais qui s'avère immensement drole, et immensement génereux.

Pebbles
-

Pebbles (2021)

Koozhangal

1 h 15 min. Sortie : 4 février 2021 (Inde). Drame

Film de P.S. Vinothraj

Le débardeur ivre a mis 7/10.

Annotation :

(15/08/2026)
Apesantir, par tous les moyens que le cinéma offre. Aplat panoramique (peut-être un chouia trop numérique, mais c'est un gout perso...) de l'image, montage filé qui suit assez scrupuleusement l'action (de la marche, en gros) et qui ne se refuse pas un plan séquence des familles pour allonger encore plus la sauce, et puis le son ou plutot son absence avec de rares exceptions pour les dialogues qui sont déjà pas très nombreux afin d'assourdir l'environement diegetique. Tout cela compilé, mais plus que tout additioné à ce pays du Tamil Nadu absolument grillé au coeur duquel se déroule cette histoire d'un mari alcoolique ralenti dans sa volonté de tuer sa femme par son fils, colisionne deux aridités en une : celle de la sécheresse dévastatrice en cours encore aujourd'hui en Inde, et celle de l'arrieration masculine. Et pour nous inquieter d'autant plus sur les deux sujets, P.S Vinothraj nous vole completement la résolution finale. Très intelligent dans sa très grande simplicité. On se serait épargné les rats aux pattes brisées, cela aurait été encore meilleur.

Siberia
5.8

Siberia (2020)

1 h 32 min. Sortie : 2 juillet 2020 (Italie). Drame, Expérimental

Film de Abel Ferrara

Le débardeur ivre a mis 2/10.

Annotation :

(16/08/2026)
Passé le choquant de certaines séquences pour le coup assez saisissantes, on ne nous propose rien. Film de la vieillesse pour un Abel Ferrara en panne, qui - je le pense sans méchanceté - devrait se concentrer sur une carriere d'acteur (trombine inoubliable chez Safdie pour son "Marty Supreme") plutot que de s'essayer à l'experimental egotiste. Et Monsieur Dafoe...vous êtes beau, voilà.

Douze Hommes en colère
8.7

Douze Hommes en colère (1957)

12 Angry Men

1 h 36 min. Sortie : 4 octobre 1957 (France). Policier, Drame

Film de Sidney Lumet

Le débardeur ivre a mis 9/10.

Annotation :

(15/09/2026)
Qu'est-ce qui n'a pas encore été dit d'un film considéré comme l'un des plus important de l'histoire du cinéma ? Rien. Alors, à mon tour de brailler à la lune et de louer la finesse du jeu, l'intelligence de la mise en scene qui dépasse le back and forth du théatre filmé par des plans séquences exigeant et dépendant de l'interprétation des douzes acteurs, et cette scrupuleuse écriture de la maieutique qui - prise très neutralement - fait même basculer la comprehension finale du film. Et oui, qui peut dire à terme si ce gamin n'a pas vraiment tué son pere ? Du doute raisonable. Qui perdure au delà du visionnage. Oui, excellent, evidemment. Mais vous n'avez pas besoin de moi pour savoir cela.

Le Ballon attaché
6.6

Le Ballon attaché (1967)

Privarzaniyat balon

1 h 35 min. Sortie : 8 mars 2023 (France). Comédie dramatique, Fantastique

Film de Binka Jeliaskova

Le débardeur ivre a mis 6/10.

Annotation :

(02/10/2026)
Des hommes, filmés par une femme. Ce n'est pas à proprement parlé flagrant car le regard est totalement désexualisé vu que ce n'est pas le propos du film (on est très loin d'un "Beau travail" par exemple), mais on ressent à certains instants une étrange tendresse. Celle d'une femme pour ses frères, pères et oncles débiles au fin fond de la pampa Bulgare pour ainsi dire. Une vision masculine d'une telle histoire, sans pour autant être radicalement différente, se serait à mon avis vautré, à la façon du cinéma italien de la même époque, dans une rimbambelle d'allusion pornographiques, fantasmant les moeurs sexuels de ces "arrierés de la campagne" plutot que de les rendres humains par le prisme de leur crédulité . La quête absurde de leur chasse au ballon en fait d'eternels enfants qu'il est agréable de regarder gambader et ânoner des bêtises à tue tête (dans la limite de la patience de chacun, bien evidemment). Dans cette ducasse balkanique, on perçoit une énergie qui pour moi va traverser les décennies, faisant de ce film ce genre de pionniers un peu oublié que l'on redécouvre avec plaisir. Il y a du Jeliaskova chez Kusturica, mais il y en a aussi chez Jordan Peele (impossible de ne pas voir un peu de la créature de "Nope" dans ce ballon échappé que la réalisatrice filme d'abord comme une menace celeste dans les premieres minutes du film avant d'adapter notre oeil à sa prosaité, nous enchassant quasiment dans son point de vue dominant par dessus cette truculente troupe déguenillé de paysans). On y trouve donc beaucoup de bonnes choses niveau mise en scène (en particulier dans l'onirisme de certaines séquences) mais aussi pas mal de gags qui tombent à plat, ou tirent indéfiniment en longueur. Intéressante petite trouvaille du cinéma Bulgare.

Symbiopsychotaxiplasm: Take One
6.9

Symbiopsychotaxiplasm: Take One (1968)

1 h 15 min. Sortie : 1968 (France).

Documentaire de William Greaves

Le débardeur ivre a mis 6/10.

Annotation :

(19/10/2026)
Film en révolte contre lui même. Trois caméras, et une multitude de couches métatextuelles qui rentrent en écho avec le monde extra-diégetique dans lequel il vit jour : l'amérique de Lyndon Johnson, soit une amérique où tout se questionne, où pointe les braises de la révolte à venir mais aussi de la réponse conservatrice qui germe. Celle d'un cadre clair - nécessaire, peut être ?
Le film "vérité" de William Greaves, dans lequel il joue son propre rôle en réalisateur confusant et desperement verbieux, produit un vide sincerement malaisant. Qu'est-ce que cette scène de couple sordide et mal écrite qu'il fait jouer encore et encore au milieu de ce Central Park traversés par des inconnus qui s'accaparent parfois ehonteusement de l'objectif ? Qu'est-ce donc que toutes ces considérations psyschosexuelles qui ne veulent absolument rien raconter ? Qu'est-ce donc que cette équipe technique qui se piétine et qui fait des assemblées générales de babos pour deviner les intentions du réalisateur (et ou germe la révolution) ? Qu'est-ce que cette Amérique en fait ? Multiculturelle, agenrée, oui parfaitement équilibrée en surface comme cette équipe technique et ces comédiens, mais travaillée dans son âme par des pensées sans queue ni tête.
En réalisant un film libéral au possible (ouvert à toute la critique, à l'absence formelle de point de vue unique mais tout de même cadré par "le mouvement" collectif vers un but, ici la réalisation d'un long-métrage ), Greaves a t-il volontairement essayé de dire qu'en société "il faut de l'ordre sinon on va nulle part" ? J'ai peine à le croire

O-bi, O-ba – La Fin de la civilisation
7.1

O-bi, O-ba – La Fin de la civilisation (1985)

O-bi, o-ba. Koniec cywilizacji

1 h 28 min. Sortie : 28 janvier 1985 (Pologne). Drame, Science-fiction

Film de Piotr Szulkin

Le débardeur ivre a mis 5/10.

Annotation :

(20/10/2026)
Le cinéma de Szulkin, et plus particulierement sa trilogie science-fictionelle, a un gout de revenez y pour quiconque aime la production design de ce cinéma Polonais de "genre" qui y allait franchement autrefois, quitte à dépoter peut-être un peu trop fort au risque de laisser le spectateur sur le carreau. La preuve, j'y suis revenu malgré cette aridité narrative qui, il faut bien le dire, épuise sur le long terme.
En matiere de thématique, le mensonge d'état est toujours là - Pologne communiste oblige. On observe ici une sorte d'embirlificotement intéressant, très singulier pour une oeuvre dans la veine post-apo/paraoniaque dont ce film est un honnete representant: la puissance surnaturelle des croyances. Soft, le propagandiste et perso principal, a beau être revenu auprès des habitants du Dome sur ses promesses d'Arche miraculeuse, des enceintes ont beau bombarder que l'arche n'existe pas et que les survivants doivent a présent compter sur eux même, les gens continuent à croire, à batir tout autour de ce mensonge pourtant mis à nue un systeme complexe de croyances. Car il vaut mieux cela, le chant des sirenes de la superstition (religieuse, mais aussi capitaliste ?) à la froideur materielle, à l'urgence de l'immediateté et de la survie qu'impose le Dome (allégorie, peut-être, de la pensée marxiste remâchée et dévitalisée).