Mystique Poétique : Sic itur ad astra

De la cendre et de la boue vers les plus hautes sphères. (juste des jolis bouts de poèmes)

Poéture : Ut pictura poesis :
https://www.senscritique.com/liste/Poeture_Ut_pictura_poesis/142856

{Vélasquez, La Forge de Vulcain, 1630, Musée du Prado, Madrid}

Liste de

170 livres

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modifiée il y a 24 jours

La Théogonie - Les Travaux et les jours
7.8

La Théogonie - Les Travaux et les jours

et autres poèmes

Sortie : 27 octobre 1999 (France). Récit, Poésie

livre de Hésiode

Nushku a mis 8/10.

Résumé : Voici la première traduction française, composée sur le rythme du vers grec, de l'ensemble de l'oeuvre conservée d'Hésiode, poète grec des viiie-viie siècles av. J.-C., dont les livres de sagesse surgissent à l'origine de la littérature européenne. La Théogonie définit le panthéon des dieux, ordonné autour de Zeus. Les Travaux et les Jours, poème d'une société vouée au travail de la terre, enseigne les règles et les usages de la vie. Le Bouclier d'Héraclès tente de rivaliser avec le bouclier d'Achille dans l'Iliade d'Homère. Le Catalogue des femmes et les livres perdus, dont les fragments sont ici traduits et commentés en français pour la première fois, sont une source méconnue mais indispensable des grands mythes grecs. Enfin, La Dispute d'Homère et d'Hésiode offre au lecteur la tradition biographique ancienne, souvent oubliée de nos jours.Chaque poème est accompagné d'un commentaire qui en fait apparaître la composition et la signification.Traduction nouvelle de Philippe Brunet.Commentaires de Marie-Christine Leclerc.

Annotation :

« Et Kallirhoè donna le jour à un enfant monstrueux, invincible, nullement semblable aux hommes mortels et aux Dieux immortels. Elle enfanta, dans un antre creux, la divine Ekhidna au cœur ferme, moitié nymphe aux yeux noirs, aux belles joues, moitié serpent monstrueux, horrible, immense, aux couleurs variées, nourri de chairs crues dans les antres de la terre divine. »

Lorsque les dieux faisaient l'homme
8.9

Lorsque les dieux faisaient l'homme (1989)

Mythologie mésopotamienne

Sortie : avril 1989 (France). Conte, Histoire

livre de Samuel Noah Kramer et Jean Bottéro

Nushku a mis 10/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.

Résumé : On trouvera ici, pour la première fois rassemblés, traduits et dûment éclairés par deux éminents spécialistes, la cinquantaine de mythes sauvés du naufrage de la civilisation mésopotamienne. Ces documents vénérables, dont les plus vieux remontent à la fin du IIIe millénaire, sont les plus anciens témoignages écrits du travail de pensée par lequel des hommes ont tenté de répondre, avec les moyens de leur bord, aux questions éternelles qui nous travaillent toujours devant cet univers démesuré autour de nous, devant notre propre existence, le sens et le destin de notre vie. Aujourd'hui, équipés, pensons-nous, pour la recherche du vrai, nous avons, pour nous attaquer au mystère des choses et à l'apparente absurdité de leur déroulement, les multiformes abstractions des philosophes et les hypothèses plus ou moins hardies des savants. Comme obscurément conscients de leur impuissance, intellectuelle et technique, nos Anciens ne cherchaient que le plausible, le vraisemblable, utilisant pour l'établir les seuls produits d'une imagination débordante, et cependant bridée et "calculée". En poèmes et discours de tous styles : contes naïfs, condensés ponctuels, chants vigoureux, extasiés ou tendres, voire larges et puissantes synthèses, ils ont coulé et gardé par écrit les résultats de leurs méditations, enracinés dans leur certitude secrète que rien ici-bas n'a sa raison d'être en soi-même, mais dans quelque chose de plus haut, de plus grand, de plus fort et qui, récalcitrants ou dociles, nous mène tous inflexiblement. Mettre ensemble tous ces produits de la rumination millénaire des représentants de la plus antique des hautes civilisations, ce n'était pas seulement procurer à un large public, spécialiste ou simplement curieux, la connaissance directe de ces pièces majeures du patrimoine spirituel de l'humanité ; c

Annotation :

A tête-reposée, le Seigneur
De Tiamat contemplait le cadavre :
Il voulait débiter la chair monstrueuse
Pour en fabriquer des merveilles.
Il la fendit en deux,
Comme un poisson à sécher,
Et il en disposa une moitié qu'il voûta en manière de Ciel. »

L'Épopée de Gilgameš
8.2

L'Épopée de Gilgameš

(Traduction Jean Bottéro)

Sha naqba īmuru

Sortie : 23 octobre 1992 (France). Poésie, Conte

livre

Nushku a mis 10/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : Vieille de quelque trente-cinq siècles et de loin antérieur à l'Iliade et l'Odyssée, elle est la première oeuvre littéraire connue à qui son ampleur, sa force, son souffle, sa hauteur de vision et de ton, l'éminent et l'universel de son propos aient valu, dans tout le Proche Orient ancien, une célébrité millénaire et, dans notre jugement à nous, le titre d'"épopée".

Annotation :

« Sur son ami Enkidu,
Gilgamesh
Pleurait amèrement
En courant la steppe.
« Devrai-je donc mourir, moi aussi ?
Ne (me faudra-t-il) pas ressembler à Enkidu?
L'angoisse
M'est entrée au ventre!
C'est par peur de la mort
Que je cours la steppe!
(Mais) je vais tirer chemin
Et partir, sans tarder,
Rejoindre Utanapishtî,
Le fils de UbarTutu! » »

Anthologie de la poésie persane
9

Anthologie de la poésie persane

Anthologie de la poésie persane (XIe - XXe siècle)

Sortie : 1960 (France). Poésie, Anthologie

livre de Zabihollah Safâ

Nushku a mis 10/10.

Résumé : Née, il y a plus de mille ans, dans le Khorassan, province orientale de l'Iran, la poésie persane s'est développée sans interruption jusqu'à nos jours et, dès le XIe siècle, elle a étendu son influence hors du plateau iranien : aux Indes, jusqu'aux confins de la Chine, d'une part, en Asie Mineure d'autre part. Mariant les souvenirs des littératures préislamiques aux traditions musulmanes, elle constitue l'art le plus achevé de l'Iran islamique.

Annotation :

« Pareille à l’astre des nuits, qui t’en vas-tu visiter ?
et ce verset de beauté, pour qui fut-il révélé ?
Un parasol d’ambre gris royal ombrage ta tête :
couverte de dais noir, sur qui donc vas-tu régner ?
Dirai-je que tu es miel ? Le miel est moins doux que toi,
ou que tu ravis les cœurs ? Mais lequel vas-tu combler ?
Tu t’en vas et peu s’en faut que moi je ne rende l’âme :
ô douleur de Nézâmi, de qui es-tu le dictame ? »
Nezami

« Le flanc de la montagne est couvert de tulipes fraîches
Ne te laisse point abuser : ce n’est là que le sang du cœur.
Ouvre l’œil à l’instar du narcisse et regarde : sous terre,
Combien sont ensevelis de visages de rose et de tailles de buis ?
Ne plante point la tente de l’accoutumance aux portes de ce vieux château ****
Car il ne repose sur rien de cohérent ni de solide.
Khâdjou n’a recueilli ici-bas d’autre récolte que le chagrin.
Heureux qui s’est détaché de ce monde »

La Tentation de saint Antoine
7.5

La Tentation de saint Antoine (1874)

Sortie : 1874 (France). Roman

livre de Gustave Flaubert

Nushku a mis 7/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.

Résumé : La Tentation de saint Antoine est un poème en prose de Gustave Flaubert (1849-1856-1870), publié en 1874. Hanté dès 1835 par ce thème que le Caïn de Byron et le Faust de Goethe avaient déjà illustré, Flaubert écrivit trois versions de ce long poème cosmique où l'anachorète de la Thébaïde dialogue avec des apparitions successives.

Annotation :

[Oannès :] « J'ai habité le monde informe où sommeillaient des bêtes hermaphrodites, sous le poids d'une atmosphère opaque, dans la profondeur des ondes ténébreuses, -quand les doigts, les nageoires et les ailes étaient confondus, et que des yeux sans tête flottaient comme des mollusques, parmi des taureaux à face humaine et des serpents à pattes de chien. »

Le Jardin des langues

Le Jardin des langues (1974)

Sortie : 1974 (France). Poésie

livre de Gérard Macé

Nushku a mis 6/10.

Résumé : Ce recueil de poèmes en prose d'un art un peu surréaliste, subtilement érotique, est le premier livre de Gérard Macé. André Pieyre de Mandiargues a tenu à le préfacer : «Macé, qui perd rarement de vue Rimbaud, et, dans un fond plus lointain, Nerval, met l'écriture automatique en marche comme on ferait en tournant une clé, la conduit comme on conduit un moteur, coupe le contact et se laisse courir un peu sur une ligne de points (de suspension), sans refermer la parenthèse ouverte... Et, simplement, je dirai que je trouve originaux et beaux les poèmes de Gérard Macé, qui est un solitaire et qui vit à l'obscur... »

Annotation :

« Empire inca écroulé dans le peu de bruit dans la mémoire du noyau troué d'une cerise introuvable comme si le verrou doucement tourné de la phrase ouvrait à l'œil du voyeur un champ labouré par l'antédiluvien (la maison mère à l'écoute d'un ciel sourd où l'on vend à la criée l'article de la mort tombé dans l'oreille d'abord ourlée de bave et du verbe végétal (les miettes d'un nom aboli à le marteler dans le cœur comble et continu de la foison un cœur anthracite l'avale Carnivore et c'est un bruit de fougères et de mâchoires dans le temple vide la chambre de plein vent. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Les Chants de Maldoror
8.2

Les Chants de Maldoror (1869)

Sortie : 1869 (France). Poésie

livre de Comte de Lautréamont (Isidore Ducasse)

Nushku a mis 8/10.

Résumé : Lorsqu’en 1869, sous le pseudonyme de Lautréamont, Isidore Ducasse fait imprimer Les Chants de Maldoror, c’est un texte inclassable que le jeune poète de vingt-trois ans offre aux lecteurs. Cette épopée de la peur, des ténèbres et du mal, qui brandit son attirail de cruautés et fait sourdre un fond de terreur infantile dans les amples strophes de ses six chants, demeura à peu près sans écho à sa parution : il fallut donc attendre sa redécouverte par les surréalistes pour que ce livre où s’inaugure la transgression moderne prît sa vraie place. L’ année suivante, les Poésies, dont on ignore si l’édition fut diffusée, démentaient leur titre en proposant, écrites en prose, un ensemble de maximes et de réflexions, acerbes parfois mais aiguës, sur la littérature et la morale. Le livre fut-il alors lu ? Quelques mois plus tard, Ducasse mourait mystérieusement.

Annotation :

« Et les hommes, que penseront-ils de moi, dont ils avaient une opinion si élevée, quand ils apprendront les errements de ma conduite, la marche hésitante de ma sandale, dans les labyrinthes boueux de la matière, et la direction de ma route ténébreuse à travers les eaux stagnantes et les humides joncs de la mare où, recouvert de brouillards, bleuit et mugit le crime, à la patte sombre!... Je m'aperçois qu'il faut que je travaille beaucoup à ma réhabilitation, dans l'avenir, afin de reconquérir leur estime. Je suis le Grand-Tout: et cependant, par un côté, je reste inférieur aux hommes, que j'ai créés avec un peu de sable! Raconte-leur un mensonge audacieux, et dis-leur que je ne suis jamais sorti du ciel, constamment enfermé, avec les soucis du trône, entre les marbres, les statues et les mosaïques de mes palais. »

Saperlotte !

Saperlotte !

Sortie : 1 novembre 1998 (France). Poésie, Peinture et sculpture, Essai

livre de Eugène Savitzkaya

Nushku a mis 6/10.

Résumé : Tout est possible, tout est permis. La poire est faite pour être mangée et le cul pour être léché. Du noyau sort un arbre et d'un arbre tombent des fruits. Le monde est un cloaque et du cloaque naissent des fleurs, des girafes, des tigres, des chevaux, des oies, des lapins et des rats — hourra !

Annotation :

« Nous sèmerons du lin afin de nous ménager de larges espaces de bleu mirifique et de la moutarde pour proclamer notre appartenance aux astres. Nous ferons croître des lys et des pâquerettes jusque sur notre plastron. Nous mangerons des multitudes d'œufs et nous pourrons vomir d'invraisemblables quantités de grenouilles et de crapauds qui iront peupler nos nuits de brefs gémissements innombrables. »

Les Amours jaunes
7.9

Les Amours jaunes (1873)

Sortie : 1873. Poésie

livre de Tristan Corbière

Nushku a mis 7/10.

Résumé : Les Amours jaunes est l'unique recueil de poésie du « poète maudit » Tristan Corbière, publié en 1873 chez Glady frères éditeurs à Paris, et comprenant la quasi-totalité de son œuvre poétique.

Annotation :

« – Tout se trouvait en toi, bonne femme cynique :
Brantôme, Anacréon, Barème et le Portique ;
Homère-troubadour, vieille Muse qui chique !
Poète trop senti pour être poétique !…
– Tout : sorcier, sage-femme et briquet phosphorique,
Rose-des-vents, sacré gui, lierre bacchique,
Thermomètre à l’alcool, coucou droit à musique,
Oracle, écho, docteur, almanach, empirique,
Curé voltairien, huître politique…
– Sphinx d’assiette d’un sou, ton douanier souvenir
Lisait le bordereau même de l’avenir !

– Tu connaissais Phœbé, Phœbus, et les marées…
Les amarres d’amour sur les grèves ancrées
Sous le vent des rochers ; et tout amant fraudeur
Sous ta coupe passait le colis de son cœur…
– Tu reniflais le temps, quinze jours à l’avance,
Et les noces : neuf mois… et l’état de la France ; »

Poèmes barbares
6.9

Poèmes barbares (1862)

Sortie : 1862. Poésie

livre de Leconte De Lisle

Nushku a mis 5/10 et a écrit une critique.

Annotation :

« Voici. Quaïn errait sur la face du monde
Dans la terre muette Eve dormait, et Seth,
Celui qui naquit tard, en Hébron grandissait.
Comme un arbre feuillu, mais que le temps émonde,
Adam, sous le fardeau des siècles languissait.

Or, ce n'était plus l'Homme en sa gloire première,
Tel qu'Iahvèh le fit pour la félicité,
Calme et puissant, vêtu d'une mâle beauté,
Chair neuve où l'âme vierge éclatait en lumière
Devant la vision de l'immortalité.

L'irréparable chute et la misère et l'âge
Avaient courbé son dos, rompu ses bras nerveux,
Et sur sa tête basse argenté ses cheveux.
Tel était l'Homme, triste et douloureuse image
De cet Adam pareil aux Esprits lumineux. »

Les Chimères
8.2

Les Chimères (1854)

Sortie : 1854 (France). Poésie

livre de Gérard de Nerval

Nushku a mis 9/10.

Annotation :

« Il reprit : " Tout est mort ! J'ai parcouru les mondes ;
Et j'ai perdu mon vol dans leurs chemins lactés,
Aussi loin que la vie, en ses veines fécondes,
Répand des sables d'or et des flots argentés :

Partout le sol désert côtoyé par des ondes,
Des tourbillons confus d'océans agités...
Un souffle vague émeut les sphères vagabondes,
Mais nul esprit n'existe en ces immensités.

"En cherchant l'oeil de Dieu, je n'ai vu qu'une orbite
Vaste, noire et sans fond, d'où la nuit qui l'habite
Rayonne sur le monde et s'épaissit toujours ;

"Un arc-en-ciel étrange entoure ce puits sombre,
Seuil de l'ancien chaos dont le néant est l'ombre,
Spirale engloutissant les Mondes et les jours ! »

L'écriture des pierres
6.8

L'écriture des pierres

Essai, Culture & société

livre de Roger Caillois

Nushku a mis 6/10.

Résumé : En présence de cette humanité sentie plus que jamais comme éphémère, en présence même de ce monde animal et végétal dont nous accélérerons la perte, il semble que l'émotion et la dévotion de Caillois se refusent; il cherche une substance plus durable, un objet plus pur. Il le trouve dans le peuple des pierres: «le miroir obscur de l'obsidienne», vitrifiée voici des milliers de siècles, à des températures que nous ne connaissons plus; le diamant qui, encore enfoui dans la terre, porte en soi toute la virtualité de ses feux à venir; la fugacité du mercure, le cristal, donnant d'avance des leçons à l'homme en accueillant en soi les impuretés qui mettent en péril sa transparence et la rectitude de ses axes — les épines de fer, les mousses de chlorite, les cheveux de rutile — et en poursuivant malgré elles sa limpide croissance : le cristal dont les prismes, Caillois nous le rappelle en une formule admirable, pas plus que les âmes, ne projettent des ombres. MARGUERITE YOURCENAR

Annotation :

« Pareille rencontre n'est pas illusion, mais avertissement. Elle témoigne que le tissu de l'univers est continu et qu'il n'est pas de point, en l'immense labyrinthe du monde, où des cheminements incompatibles, venus d'antipodes bien plus radicaux que ceux de la géographie, ne puissent interférer en quelque carrefour que révèle soudain une stèle commune, porteuse des mêmes symboles, commémorative d'insondables et complémentaires fidélités. »

Terraqué
6.9

Terraqué

Sortie : 3 janvier 1991 (France). Poésie

livre de Eugène Guillevic

Nushku a mis 7/10.

Annotation :

« La danse est en eux,
La flamme est en eux,
Quand bon leur semble.

Ce n’est pas un spectacle devant eux,
C’est en eux.

C’est la danse de leur intime
Et lucide folie.

C’est la flamme en eux
Du noyau de braise. »

Dans l'odeur des collines

Dans l'odeur des collines (1998)

De l'Olympe à Manosque

Sortie : 16 juin 1998. Poésie, Beau livre

livre de Jean Giono

Nushku a mis 7/10.

Résumé : Des poèmes de jeunesse (1920), dont le style est tout imprégné par la lecture des classiques grecs et latins, aux récits de la fin de sa vie (1960), à travers des textes rares ou inédits, on mesure l’évolution de cet écrivain majeur du XXe siècle vers une écriture de plus en plus familière, vivante et dépouillée. Illustré par Roger Druet pour qui la calligraphie est « l’allégresse de l’écriture », cet ouvrage nous donne à voir immédiatement la joie qu’éprouve Giono à redessiner, selon son désir, les figures du monde dans l’espace de la page. On suit le poète « qui marche dans le fouettement furieux des ailes de l’ange… ».

Annotation :

« Quand il te rencontre par les chemins, toi couronné de violettes, dont les joues sont roses et l'œil limpide, lui tout ratatiné comme une feuille d'automne, un feu s'allume dans sa poche à fiel. Si, au milieu du vent aigre de l'aube, je rencontre une fois, l'acère déesse et qu'elle veuille me couvrir de roses, je lui dirai :

Ô toi qui marches en l'âpre crépuscule matinal, porte tes roses vivantes à ceux qui clament vers toi leurs détresses, mais moi, laisse-moi, comme je suis.

Une légère étincelle suffit pour allumer le feu de ma joie.

Tant que les vents descendront les collines, tant que la mer gonflera son ventre de soie par-delà mon verger de pêchers aux fleurs rouges, je ne demanderai rien aux dieux. Rien ! Et cependant si. Ô toi, fleurie, je te prie de m'accorder une chose. Fais que je reste toujours comme je suis. baise-moi sur la bouche et puis, va ! »

Les Antiquités de Rome
7

Les Antiquités de Rome (1558)

Sortie : 1558 (France). Poésie

livre de Joachim Du Bellay

Nushku a mis 8/10.

Résumé : Recueil de poèmes de Joachim du Bellay, qui compte 32 sonnets suivis d'un Songe ou Vision, composé de 15 sonnets. Du Bellay y médite sur les ruines et la civilisation romaine, en exprimant son admiration pour la grandeur latine et sa mélancolie devant l'anéantissement de la Rome antique.

Annotation :

« Toi qui de Rome émerveillé contemples
L’antique orgueil, qui menaçait les cieux,
Ces vieux palais, ces monts audacieux,
Ces murs, ces arcs, ces thermes et ces temples,

Juge, en voyant ces ruines si amples,
Ce qu’a rongé le temps injurieux,
Puisqu’aux ouvriers les plus industrieux
Ces vieux fragments encor servent d’exemples.

Regarde après, comme de jour en jour
Rome, fouillant son antique séjour,
Se rebâtit de tant d’œuvres divines :

Tu jugeras que le démon romain
S’efforce encor d’une fatale main
Ressusciter ces poudreuses ruines. »

Poésies et souvenirs
8.3

Poésies et souvenirs (1824)

Sortie : 1824 (France). Poésie

livre de Gérard de Nerval

Nushku l'a mis en envie.

Résumé : Singulier paradoxe que ces Chimères, une centaine de vers à peine, qui ont alimenté depuis des milliers de pages d'exégèses et de commentaires. Tour à tour symbolistes, rimbaldiennes, mallarméennes ou surréalistes, voire fertile terreau pour la psychanalyse, elles n'ont pourtant pas fini d'interroger le lecteur. Joyaux ciselés, enflammés de lueurs et de couleurs, avec leurs parfums secrets, leurs scintillements d'étoiles et leur musique envoûtante, ces poèmes exercent une fascination qui tient de la magie. Classiques grecs, troubadours, poètes de la Renaissance nourrissent une écriture à la fois limpide et profondément ésotérique. Cette maîtrise, cette écriture si fluide et naturelle, Nerval en conserve les vertus jusque dans ses proses les plus humbles. Car, paradoxe encore, le poète fut surtout chroniqueur, feuilletoniste, dramaturge et voyageur, jusqu'à cette ultime promenade aux lisières d'un monde dont il finit par ne plus jamais revenir.

Annotation :

« Quiconque a regardé le soleil fixement
Croit voir devant ses yeux voler obstinément
Autour de lui, dans l'air, une tache livide.
.
Ainsi, tout jeune encore et plus audacieux,
Sur la gloire un instant j'osai fixer les yeux :
Un point noir est resté dans mon regard avide. »

Pavot et mémoire
8.1

Pavot et mémoire (1952)

Mohn und gedächtnis

Sortie : novembre 1987 (France). Poésie

livre de Paul Celan

Nushku a mis 8/10.

Résumé : La figure de Paul Celan (1920-1970) est aujourd'hui au centre des débats et des enjeux qui se développent aux carrefours de la poésie et de la philosophie. Pavot et mémoire, paru en 1952, peut être considéré comme son premier recueil. On trouvera ici l'édition intégrale, bilingue. Outre la Todesfuge qui est sans doute l'un des plus beaux poèmes jamais écrits, ce recueil donne à entendre la langue de Paul Celan telle qu'elle fut au commencement.

Annotation :

« Lait noir de l'aube nous te buvons la nuit
te buvons le matin puis à midi nous te buvons le soir
nous buvons et buvons
Un homme habite la maison il joue avec les serpents il écrit
il écrit quand il va faire noir en Allemagne Margarete tes cheveux d'or
Tes cheveux cendre Sulamith nous creusons dans le ciel une tombe où l'on n'est pas serré »

L'Ajour
5.7

L'Ajour

l'ajour

Sortie : 1998 (France).

livre de André Du Bouchet

Nushku a mis 4/10.

Annotation :

« ...poussières... poussières retaillées... figures, sur une oblique, de ce sol ressaisi (par des mains dont un rêve antérieur de quelques années à celui qu'en vain je tente aujourd'hui de relater, aura fait l'économie, les figures venues à s'y inscrire alors — comme vrillées — y ayant surgi tout achevées... en cours cependant... scintillantes... ajourées...»

Amers
8.2

Amers (1957)

Sortie : 1957 (France). Poésie

livre de Saint-John Perse

Nushku a mis 8/10.

Annotation :

« L'aube d'Été est, sur la mer, le premier pas d'amante nue hors de son linge foulé bas. De mer issu, et par les femmes, ce corps de femme né de femme... Et celle qui pour la nuit avait gardé ses perles nées de mer, s'apparentera encore au siècle du corail...Et peut-être n'a-t-il plu : si douce, ô pluie, fut ton approche... »

Vents
7.9

Vents (1946)

Sortie : 1946 (France). Poésie

livre de Saint-John Perse

Nushku a mis 9/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.

Annotation :

« ...Des terres neuves, par là-bas, dans un très haut parfum d'humus et de feuillages,
Des terres neuves, par là-bas, sous l'allongement des ombres les plus vastes de ce monde,
Toute la terre aux arbres, par là-bas, sur fond de vignes noires, comme une Bible d'ombre et de fraîcheur dans le déroulement des plus beaux textes de ce monde. »

Poésies
8

Poésies (1899)

Sortie : 1899 (France). Poésie

livre de Stéphane Mallarmé

Nushku a mis 8/10.

Résumé : Stéphane Mallarmé gagne Paris en 1871 où il devient le chef de file de la génération symboliste et l'ami des peintres impressionnistes.

Annotation :

« — Le Ciel est mort. — Vers toi, j’accours ! donne, ô matière,
L’oubli de l’Idéal cruel et du Péché
À ce martyr qui vient partager la litière
Où le bétail heureux des hommes est couché,

Car j’y veux, puisque enfin ma cervelle, vidée
Comme le pot de fard gisant au pied d’un mur,
N’a plus l’art d’attifer la sanglotante idée,
Lugubrement bâiller vers un trépas obscur… »

Les Complaintes
7.3

Les Complaintes (1885)

Sortie : 1885 (France). Poésie

livre de Jules Laforgue

Nushku a mis 7/10.

Résumé : « Sans doute se rencontre-t-il encore des lecteurs qu'irritent ou que déconcertent Les Complaintes mais, pour peu que l'on soit capable de saisir les finesses d'un langage, ce que Laforgue laisse entendre pour n'avoir pas à le dire ne présente guère de difficultés d'interprétation. Si sa poésie se dégingande, ce n'est pas pour faire scandale, c'est au contraire par discrétion ; si elle bouffonne, c'est pace que le respect humain lui interdit les effusions romantiques d'un Musset et ses pleurnicheries d'enfant gâté. »

Annotation :

« Blasé dis-je! En avant,
Déchirer la nuit gluante des racines,
À travers maman, amour tout d’albumine,
Vers le plus clair! vers l'alme et riche étamine
D'un soleil levant !

- Chacun son tour, il est temps je m’émancipe,
Irradiant des Limbes mon inédit type!

En avant!
Sauvé des steppes du mucus, à la nage
Téter soleil et soûl de lait d'or, bavant,
Dodo à les seins dorloteurs des nuages,
Voyageurs savants ! »

Haut Mal
7.5

Haut Mal (1943)

suivi de Autres Lancers

Sortie : 1943 (France). Poésie

livre de Michel Leiris

Nushku a mis 7/10.

Résumé : "N'ayant jamais eu de facilité pour écrire, nous confie Leiris, "à tel point que, pendant longtemps, l'idée ne me serait pas venue que je puisse être un jour ce qu'on appelle un écrivain", il a d'abord considéré l'inspiration poétique comme "une chose tout à fait rare, un don momentané du ciel, qu'il s'agissait pour le poète d'être en état de recevoir, au prix d'une absolue pureté, et en payant de son malheur le bénéfice fortuit de cette manne". C'est donc en triomphant de toutes ces difficultés, et conscient de cette résistance qu'elles opposaient à sa volonté d'entrer dans l'univers de la transe et de la possession médiumniques, que Leiris est devenu l'auteur des poèmes de Haut mal, et de tous ceux qui ont suivi." Alain Jouffroy

Annotation :

« L'Univers est un orgue aux tuyaux qui s'éraillent
dans cette église monstrueuse bâties par les truelles de la folie
sans même une franc-maçonnerie pour unir les visages par des signes inconnus mais qui pourraient transparaître parfois
comme les couches souterraines que révèle la coupure des ravins

Ses tubes d'acier sont ravinés et s'amollissent
détestables entrailles
canaux sordides entrelaçant leur labyrinthe
aux trajectoires des fusées à peine incandescentes
que lâchent des prêtres à soutanes déchirées au fond de caveaux pleins de boue
Les viscères sont moins noirs perdus au ventre d'un cheval
que ce bouquet de tiges funestes plus creuses que le sureau
Ils sont moins sales et forment un moins ignoble carnaval
mais ô ma douce lèpre que ne cueilles-tu leurs rameaux ?

Tu te ferais ainsi un beau diadème sonore une couronne perlée de mots
Il est vrai que tu n'as pas besoin de cette tiare animale
Tu es trop souterraine pour cela et trop hallucinée par les seuls vrais émaux
ceux de tes pas ma jolie lèpre
plus sûrs que toutes les paroles et les incantations magiques »

L'imitation de Notre-Dame la lune suivie des Fleurs de bonne volonté et de Derniers Vers
7.7

L'imitation de Notre-Dame la lune suivie des Fleurs de bonne volonté et de Derniers Vers (1886)

Sortie : 2001 (France). Poésie

livre de Jules Laforgue

Nushku a mis 8/10.

Annotation :

« Soleil ! soudard plaqué d'ordres et de crachats,
Planteur mal élevé, sache que les Vestales
À qui la lune, en son équivoque œil-de-chat,
Est la rosace de l'Unique Cathédrale,

Sache que les Pierrots, phalènes des dolmens
Et des nymphéas blancs des lacs où dort Gomorrhe,
Et tous les bienheureux qui pâturent l'Éden
Toujours printanier des renoncements, -t'abhorrent.

Et qu'ils gardent pour toi des mépris spéciaux,
Bellâtre, Maquignon, Ruffian, Rastaquouère
À breloques d'œufs d'or qui le prends de si haut
Avec la terre et son Orpheline lunaire. »

L'Ombilic des limbes
8.1

L'Ombilic des limbes (1925)

suivi de Le Pèse-nerfs et autres textes

Sortie : 23 juillet 1925. Poésie

livre de Antonin Artaud

Nushku a mis 8/10.

Résumé : Recueil de poèmes où Antonin Artaud livre sa douleur dans un univers de chaos, d'ombre et de déraison.

Annotation :

« Et il y a un point phosphoreux où toute la réalité se retrouve, mais changée, métamorphosée, - et par quoi ? - un point de magique utilisation des choses. Et je crois aux aérolithes mentaux, à des cosmogonies individuelles. »

Gaspard de la nuit
7.6

Gaspard de la nuit (1842)

Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot

Sortie : 1842 (France). Poésie

livre de Aloysius Bertrand

Nushku a mis 7/10.

Résumé : En 1842, un an après la mort de son discret auteur, la première édition de Gaspard de la Nuit ne rencontre guère que le silence : vingt exemplaires à peine en sont vendus. Et il est vrai que les premiers lecteurs étaient sans doute mal préparés à la découverte de ce recueil de courtes « fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot » qui offraient à la fois l'apparence de la prose et la réalité d'une pure écriture poétique. Il faudra attendre Baudelaire pour que le poème en prose soit reconnu, et c'est justement l'auteur du Spleen de Paris qui fera découvrir à un public plus large ce « fameux Gaspard de la Nuit » grâce auquel l'idée lui est venue à son tour de « tenter quelque chose d'analogue ». D'analogue ? Rien n'est moins sûr car si les pièces de Baudelaire s'attachent à la vie moderne, celles de Bertrand nous proposent la peinture de la vie ancienne. Et ce sont bien deux naissances successives du poème en prose.

Annotation :

« Rien encore ! — Et vainement ai-je feuilleté pendant trois jours et trois nuits, aux blafardes lueurs de la lampe, les livres hermétiques de Raymond Lulle.

Non, rien, si ce n’est, avec le sifflement de la cornue étincelante, les rires moqueurs d’une salamandre qui se fait un jeu de troubler mes méditations.

Tantôt elle attache un pétard à un poil de ma barbe, tantôt elle me décoche de son arbalète un trait de feu dans mon manteau.

Ou bien fourbit-elle son armure, c’est alors la cendre du fourneau qui souffle sur les pages de mon formulaire et sur l’encre de mon écritoire.

Et la cornue toujours plus étincelante siffle le même air que le diable, quand saint Éloi lui tenaille le nez dans sa forge.

Mais rien encore ! — Et pendant trois autres jours et trois autres nuits je feuilletterai, aux blafardes lueurs de la lampe, les livres hermétiques de Raymond Lulle ! »

« Encore un printemps, — encore une goutte de rosée qui se bercera un moment dans mon calice amer, et qui s’en échappera comme une larme.

Ô ma jeunesse ! tes joies ont été glacées par les baisers du temps, mais tes douleurs ont survécu au temps qu’elles ont étouffé sur leur sein.

Et vous qui avez parfilé la soie de ma vie, ô femmes ! s’il y a eu dans mon roman d’amour quelqu’un de trompeur, ce n’est pas moi, quelqu’un de trompé, ce n’est pas vous !

Ô printemps ! petit oiseau de passage, notre hôte d’une saison qui chante mélancoliquement dans le cœur du poète et dans la ramée du chêne !

Encore un printemps, — encore un rayon du soleil de mai au front du jeune poète, parmi le monde, au front du vieux chêne, parmi les bois ! »

Le Drageoir aux épices
6.7

Le Drageoir aux épices (1874)

Sortie : 1874 (France). Poésie

livre de Joris-Karl Huysmans

Nushku a mis 7/10.

Résumé : Le Drageoir aux épices est la rencontre inattendue du sonnet classique, de la chanson populaire et de la comptine, de poèmes en prose fantasques, de nouvelles aux descriptions colorées et de tableaux de genre inspirés. Cette œuvre, écrite par Joris-Karl Huysmans à l’âge de 23 ans, se situe au carrefour des esthétiques romantique, naturaliste et décadente. Ce premier recueil est aujourd’hui considéré comme le noyau fondateur de l’œuvre hétéroclite de celui qui se définissait comme l’« inexplicable amalgame d’un parisien raffiné et d’un peintre de Hollande ».

Annotation :

« Meurs donc, larron ; crève donc dans ta fosse, souteneur de gouges ; tu n’en seras pas moins immortel, poète grandement fangeux, ciseleur inimitable du vers, joailler non pareil de la ballade. »

« La chambre était tendue de satin rose broché de ramages cramoisis, les rideaux tombaient amplement des fenêtres, cassant sur un tapis à fleurs de pourpre leurs grands plis de velours grenat. Aux murs étaient appendus des sanguines de Boucher et des plats ronds en cuivre fleuronnés et niellés par un artiste de la Renaissance. »

Le Contre-ciel
7.9

Le Contre-ciel (1936)

suivi de Les dernières paroles du poète

Sortie : 23 octobre 1970 (France). Poésie

livre de René Daumal

Nushku a mis 7/10.

Résumé : «La négation "pure", loin d'être une simple opération de la logique discursive est, pour Daumal, un "ACTE positif" qui lui permet à "chaque instant" de faire le point du chemin parcouru et d'apprécier combien il s'est dégagé, chaque fois par un acte voulu et vécu, de tout ce qui le lie à une réalité épaisse – dépourvue de lumière. Pourtant cette lumière existe et procède d'un "Point unique" que le poète peut entrevoir et indiquer aux autres comme "graine d'un Contre-Monde".» Claudio Rugafiori.

Annotation :

« La flamme est morte dans cet œil
où s'enchaînaient les siècles,
les dragues raclent aux grèves des crépuscules,
les derniers râles des âges noirs
et dans les sables mouvants des nausées,
des poings et des lèvres sanglantes
forgent le soleil du malheur.
Déjà les larves vénéneuses rongent
les rêves des hommes et leurs amours,
et des lueurs vivantes s'amassent sous les lits. »

Croquis parisiens
6.6

Croquis parisiens (1880)

Sortie : 1885 (France). Poésie

livre de Joris-Karl Huysmans

Nushku a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Résumé : « L’imagination est décidément une bien belle chose ; elle permet de prêter aux gens des idées encore plus sottes que celles qu’ils ont eu sans doute. »

Annotation :

« La nature n’est intéressante que débile et navrée. Je ne nie point ses prestiges et ses gloires alors qu’elle fait craquer par l’ampleur de son rire son corsage de rocs sombres et brandit au soleil sa gorge aux pointes vertes, mais j’avoue ne pas éprouver devant ses ripailles de sève, ce charme apitoyé que font naître en moi un coin désolé de grande ville, une butte écorchée, une rigole d’eau qui pleure entre deux arbres grêles. Au fond, la beauté d’un paysage est faite de mélancolie. »

À la lisière du temps
7.3

À la lisière du temps (1984)

suivi de Le Voyage d'automne

Sortie : avril 1990 (France). Poésie

livre de Claude Roy

Nushku a mis 5/10.

Résumé : «À la lisière du temps : cette phrase est un défi à la raison. Bien que nous ne sachions pas si le temps a eu un commencement et s'il aura une fin, nous savons qu'il n'est pas un terrain ni un bois, une étendue où l'on distinguerait un ici d'un là-bas. Le temps n'a pas de côtés. Certes, il possède un avant, un après et un maintenant, mais nul ne peut se situer à la droite du 5 octobre 1843, ni à la gauche de cet instant même. Pourtant, devant le sourire de réprobation du professeur de philosophie, Claude Roy hausse les épaules et s'enfonce dans les corridors du temps. Ils sont transparents et interminables. Claude Roy marche lentement, les yeux entrouverts, lucide et somnambule ; il va par un chemin sinueux fait de tournants et de bifurcations, de raidillons et de pentes, de tours et de retours. Profusion de répétitions et de réitérations, d'espaces blancs et en friche, de places fermées et de murs qui sont des miroirs illusoires où se reflètent des figures non moins illusoires. Ces figures ont l'intensité des images qui peuplent le rêve, de même que leur fragilité. Elles apparaissent, disparaissent, réapparaissent, se transforment, s'illuminent, s'évanouissent en brume. Cristallisations de temps, elles durent ce que dure un battement de paupières, elles sont d'ici et de là-bas, elles vivent dans le temps présent et dans un autre temps qui s'écoule, dans un là-bas qui ne se trouve nulle part, je veux dire : ici même.» Octavio Paz.

Annotation :

« Quand je ferme les yeux je vois des points brillants
un pan de ciel en moi et ses milliers d'étoiles
Si je rouvre les yeux par une nuit très claire
je fais partie du ciel qui fait partie de moi

(13 mai) »