
On the row 2026
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Les Lieux souterrains (2022)
Vivir abajo
Sortie : 27 août 2026 (France). Roman
livre de Gustavo Faverón Patriau
Chaiev a mis 10/10 et a écrit une critique.
Annotation :
CRITIQUE INSIDE ↑
« On les torturait sans avoir rien à demander et sans qu’eux aient quelque chose à cacher, mais après un certain temps ils se mettaient à parler de quantité de sujets, ils parlaient sans s’arrêter, ils inventaient des complots et des récits obscurs à propos de conspirateurs dans des lieux secrets. La torture produit du sens, elle génère des histoires, des fictions, la moitié de l’histoire de l’Amérique latine, la moitié de l’histoire de l’Amérique n’existeraient pas si n’existait pas la pression de parler sous la question, la moitié de l’histoire du monde. Les milliers de torturés de la planète, imaginez-le comme ça, les milliers ou les millions de torturés inventent des milliers ou des millions d’histoires qui s’entremêlent, qui forment un faisceau d’histoires, un faisceau dense d’histoires liées entre elles, qui ne se réfèrent à rien de réel ou se réfèrent faiblement à la réalité, mais qui, en revanche, se réfèrent bien les unes aux autres, ou à un monde qui est produit par elles. Des millions d’histoires que les questionneurs du monde entier décident d’accepter comme réelles, bien qu’ils sachent que ce sont eux qui ont forcé leur existence. C’est comme si, sous le récit réel (l’Histoire), proliférait cet autre récit, complexe et enfoui, une histoire parallèle faite de mensonges. C’est une extraordinaire fiction et le plus extraordinaire en elle, c’est qu’elle exerce sa force sur l’Histoire réelle, qu’elle a des conséquences en vérité.»
Moins ! (2020)
La décroissance est une philosophie
Sortie : 13 avril 2024 (France). Philosophie
livre de Kohei Saitō
Chaiev a mis 8/10.
Annotation :
Comme avant chaque période promettant l’avancée vers un chaos certain, la même question revient, et Saito aurait pu à son tour appeler son livre « Que faire ? ». La « question brûlante » du moment étant devenue grâce aux canicules à répétition l’éléphant au milieu de la pièce : c’est bien connu, la plupart des gens face à ce que faire lancinant préfère la solution de m’autruche et répondre par leur déni : « rien ». Ce n’est pas le cas de Saito, qui patiemment dresse le constat (on va dans le mur à force de ne pas vouloir voir ce que la croissance à tout prix fait comme ravages à la périphérie de notre occident impérialiste), montre à quel point les solutions actuelles sont des impasses ou des arnaques (la productivité, le découplage, le développement durable), et fait des propositions : arrêter avec le capitalisme qui n’a comme objectif qu’une course à ‘abime et passer au communisme de décroissance (via ls textes du « dernier Marx », celui qui n’a pas eu le temps de finir le Capital mais qui a laissé dans ses carnets une longue série d’analyses autour du thème des biens communs comme chemin pour retrouver la prépondérance de la valeur d’usage).
Le texte a pour lui d’être très clair, très pédagogue (avec beaucoup de pauses, de récapitulations et d’explications) et c’est d’ailleurs assez amusant de voir le décalage entre le style très doux et le propos finalement assez iconoclaste et sans concession. Du passé, faisons enfin table rase (puisque d’après Erica Chenoweth, professeure à l’université Harvard, il suffit que 3,5 % d’une population s’engage avec conviction dans un mouvement non violent de revendication pour que la société en question connaisse des changements significatifs… alors allons)
Les Nazis ont-ils survécu ? (2019)
Enquête sur les Internationales fascistes et les croisés de la race blanche
Sortie : 2 mai 2019. Histoire
livre de Nicolas Lebourg
Chaiev a mis 7/10.
Annotation :
Derrière ce titre à la fois provocateur et intrigant, Lebourg tente une grande plongée dans le marécage des différents groupuscules d’extrêmes-droites qui ont éclos dans les années 1950/1970, soit en muant soit en se camouflant sous de nouveaux atours après la chute du nazisme. L’historien se fait entomologiste, à classer, distinguer, analyser la faune suprémaciste et raciste qui au lieu de ressortir laminée de la Seconde Guerre mondiale ressemble plutôt à un grand rassemblement de requins tentant de voir avec qui s’allier, sur quelles bases, à quelles conditions, pour que le spectacle sinistre puisse reprendre. Ouvrage bluffant à double titre : pour l’ampleur de son érudition, et par contrecoup par le courage qu’il doit falloir à un chercheur qui ne partage pas une telle idéologie pour s’y plongersi totalement. Perso j’avoue que certaines finesses m’ont échapée, et que parfois les micro-nuances entre tel racisme et telle xénophobie, tel patriotisme et tel nationalisme m’est un petit peu passé au-dessus, mais reste que l’extrême minutie avec laquelle Lebourg démonte tout ce mécanisme généalogique est précieux.
Vladimir Ilitch contre les uniformes (1989)
Vladimir Ilitch contra los uniformados
Sortie : 1992 (France). Roman
livre de Rolo Diez
Chaiev a mis 8/10.
Annotation :
Les polars c’est pas votre truc, la série noire vous tombe des mains, vous n’aimez que l’histoire, la politique et l’engagement : pas de panique, vous pouvez vous laisser tenter , on est loin de coller au genre avec cette histoire de frères ennemis qui luttent chacun à leur façon contre les sbires de la Dictature. Mais la bonne nouvelle, c’est que si les pensums psychologico-militants vous hérissent, et que votre dada c’est le suspens et l’action, foncez aussi, vous ne serez pas déçu. Et la comédie italienne avec des casses improbables ? Yep, c’est bon aussi. Le roman choral qui dépasse la simple opposition des bons et des méchants ? Itou. Le roman réaliste plongeant dans la sociologie d’un pays à la dérive ? Pas de problème. Les histoires d’amour romantiques ? Les vrais salauds ? Les anti-héros qui luttent à coup de réparties ironiques, checked. La bédé populaire, le tango, les vieux gateux ? J’ai bien peur que Rolo Diez ait pensé à tout. Comment il arrive à faire tenir tout ça ensemble, sans agacer, sans lasser, sans édulcorer, sans se prendre les pieds dans le tapis, allez vous me demander, vaguement circonspects ? Bah, c'est à la fois très simple et très compliqué : beaucoup de sincérité, pas mal de talent et par dessus, a touch of class.
« Il changeait plus souvent d’amoureuse que de chemise. C’était délicieux. Il s’habitua à tomber amoureux avec cet optimisme douillet des fleurs qui poussent dans les champs dévastés. »
Les Prolétaires du bizness (2026)
Dans l'ordinaire des trafics de drogue
Sortie : 2 avril 2026. Sciences, Politique & économie, Culture & société
livre de Khadidja Sahraoui-Chapuis
Chaiev a mis 8/10.
Annotation :
Le livre de Khadidja Sahraoui-Chapuis est à la croisée de plusieurs domaines et de plusieurs style : à la fois enquête et témoignage, analyse et récit, il a la particularité de mêler avec beaucoup de sensibilité et d’intelligence un travail sociologique de longue haleine avec le ressenti particulier que l’autrice peut en avoir, puisqu’elle même est issue des quartiers marseillais qu’elle scrute depuis plus de 15 ans. Son objectif est de comprendre l’organisation quasi artisanale des réseaux de stupéfiants tels qu’ils sont le plus souvent mis en place dans les quartiers nord de la cité phocéenne, en se focalisant plus particulièrement sur les petites mains, corvéables à merci et qui sont en première ligne de la repression. Sans jamais faire de sa propre origine sociale un argument d’autorité pour asséner des vérités définites, Sahraoui-Chapuis fait montre d’une grande empathie pour les acteurs et témoins qu’elle a cotoyé sur le terrain. Bien au-delà des poncifs et des approximations qui font les choux gras de la presse sensationnaliste, sa démarche consiste à rappeler que la plupart des acteurs du trafic sont aussi des victimes de la société, et que loin de n’être que des profiteurs qui se complaisent dans le crime, les jeunes enrolés pour les tâches subalternes envisagent cette activité comme un travail, contraignant, envahissant, qui d’une certaine façon leur permet de s’intégrer dans une organisation hiérarchique parallèle mais pas détachée des commandements capitalistes ( tout miser sur le profit et se réaliser via la réussite professionnelle, dut elle être violente et concurrentielle)
La Mémoire des vaincus
Sortie : mars 1992 (France). Roman
livre de Michel Ragon
Chaiev a mis 5/10.
Annotation :
Je me suis accroché parce que le sujet m’intéressait (l’effacement progressif des anarchistes par les bolchéviques) mais je regrette de ne pas avoir su m’arrêter à mi chemin : c’est long, poussif, rempli de trucs inutiles, et surtout Ragon n’est jamais parvenu à me rendre ses personnages intéressants ou attachants. Or un roman historique sans bons personnages, ben en fait non, du coup pas la peine de passer par la forme romanesque. Cela dit, le bon coté de l’histoire c’est que ça m’a permis de découvrir la figure de Marcel Body dont s’inspire vaguement l’auteur (merci wikipedia!), jeune autodidacte qui s’est retrouvé coincé dans les lutes de pouvoir à Moscou dans les toutes premières années de la Révolution. Si j'avais su qu’il avait écrit un livre de souvenirs, je serai directement allé puiser à la source, ça ne pouvait qu'être moins verbeux et plus prenant.
Le Sosie d'Adolf Hitler
Sortie : 1 février 2017 (France). Roman
livre de Luigi Guarnieri
Chaiev a mis 7/10.
Annotation :
Continuons le festival « romans historiques autour de la seconde guerre mondiale », avec une proposition italienne cette fois, nettement plus ludique que mes récentes tentatives françaises. Guarnieri joue à fond la carte du faux semblant, en enchassant les récits (sous prétexte d’une longue enquête de 16 ans d’un militaire étasunien) censés éclairer le mystère qui règne autour de la mort d’Hitler. Il ne s’agit évidement ni de trouver la version la plus probable, ni d’en inventer une plus satisfaisante, mais plutôt de jouer à un grand mikado qui mêle documents et afabulations, personnes historiques et personnages inventés (dont Mario Schatten, le sosie au nom prédestiné puisqu’en allemand cela signifie Ombre), timing scrupuleux et zones nébuleuses.
Les mots s’ajoutent aux mots, les interprétations se neutralisent les unes les autres, et ne reste dans ce magma impossible à déméler que la force de la musique, pur signifié se déployant dans un présent sans bornes. Moralité, placée en exergue par l’auteur facétieux citant Samuel Johnson : « Désormais, chers messieurs, nous savons qu’une histoire intéressante n’est jamais totalement vraie »
Au bout, la nuit
Sortie : 26 avril 2022 (France). Roman
livre de Pierre Hanot
Chaiev a mis 4/10.
Annotation :
Ok, le projet de Hanot est louable, essayer de raconter de l’intérieur ce qui peut se passer dans la tete d’un collabo alors qu’il attend son procès, son rapport à la mémoire et à la culpabilité, mais le sujet est quand même nettement trop complexe pour se contenter d’un traitement aussi peu fouillé, voire aussi paresseux et baclé. Soit on mise sur une forme courte mais alors il faut faire jouer à plein les non dits et les sous entendus (on en est très loin) soit on se lance dans un pavé pour décortiquer fil après fil toutes les circonvolutions qu’un tel thème peut engendrer (c’est pas non plus l’option retenue).
Retour à Brideshead (1945)
Brideshead Revisited
Sortie : 1945. Roman
livre de Evelyn Waugh
Chaiev a mis 5/10.
Annotation :
Peut-être parce que la guerre est passée par là, peut être parce qu’il a tourné 40 ans, en tout cas on dirait soudain que Waugh se dit que la fête est finie : au foin l’humour, la satire et les sarcasmes, il est temps de devenir un écrivain sérieux. Boaf, suis pas sûr qu’on gagne au change, parce que ce bon Evelyn patauge un peu dans son roman trop long, trop mal fagoté, avec des personnages qui prennent beaucoup de place pour disparaître soudain, et des ambiances de bonne société en décadance nettement moins bien réussies que chez Forster ou Isherwood. Beaucoup de langueur, de mélancolie, de drames en sourdine, qui à mes yeux sonnent un peu creux, comme un trompe l’oeil maladroit qui se cache dans la pénombre en espérant que le flou et la distance l'aideront à faire illusion.
« Elle devait me raconter plus tard qu’elle avait pris, en quelque sorte, note de moi dans son esprit, de même que, cherchant sur le rayon d’une bibliothèque un certain livre, il arrive que l’on se laisse attirer par le titre d’un autre, qu’on le sorte du rayon, qu’on jette un coup d’œil sur la page du titre et qu’en se disant : " Il faudra que je lise ce bouquin quand j’en aurai le temps", on le remette en place et continue à chercher le premier.»
N'oublie pas de te souvenir
Roman, Histoire
livre de Jean Contrucci
Chaiev a mis 5/10.
Annotation :
La forme est très oubliable, et la narration sans aucun relief, reste que l’histoire relatée est finalement assez peu connue de ce côté ci de la Manche où l’on a un peu vite tendance à oublier que sans l’aide des Anglais et du SOE (Special Operations Executive) lancé dès 1940 pour aider à l’oganisation concrète des réseaux de l'hexagone, la Résistance française aurait eu beaucoup de mal à se mettre en place, n’en déplaise aux hagiographies cocardières qui perdurent. Contrucci, romancier plutôt faiblard, a au moins pour lui d’avoir fait un chouette boulot de documentation grâce auquel il parvient à faire revivre le réseau Monk actif à Marseille entre aout 1943 et mars 1944, date à laquelle la Gestapo arrêtera rue Merentie la flamboyante Eliane Plewman (Hélène dans le roman) ainsi que Charles Skepper et Arthur Steele. Malgré trois semaines de tortures, aucun ne livra les noms de leurs complices. Eliane mourra à Dachau, Arthur et Charles à Buchenwald.
Descendances (1863)
Die Nachkommenschaften
Sortie : 1996 (France). Nouvelle
livre de Adalbert Stifter
Chaiev a mis 7/10.
Annotation :
« Ainsi donc, me voici devenu, de manière imprévue, peintre de paysage. C’est épouvantable ». Incipit qui ne manque pas d’ironie, alors que certaines lecteurs trop pressés ont toujours tendance à ne voir dans la prose de Stifter que la surface vernie, probablement peu sensibles à tous les faux semblants qui se cachent entre les lignes de cet auteur discret mais adulé de collègues aussi différents que Nietzsche ou Walser, Hesse ou Kafka. Alors effectivement il n’y a ni effet de manche, ni roulements de tambours, mais de la lenteur et des détails qui finissent par jouer une mélodie pas si harmonieuse. Ca grince dans les coins, au fur et à mesure que le narrateur, un jeune peintre comme le fut Adalbert avant d’opter pour l’écriture, se lance dans une ambition folle : peindre la chaine montagneuse qu’il voit de sa fenêtre de façon tellement réaliste que son tableau supplantera la nature elle-même. On pense bien sûr au chef d’oeuvre inconnu de Balzac, mais les méandres qui vont troubler la surface du récit sont d’un tout autre genre, plein de bifurcations, d’impasses et de brouillards.
De port en port, où règne la marchandise (2024)
Exploration dans la filière des conteneurs
Le frontiere del mondo. Viaggio nella filiera del container
Sortie : 2022 (France). Essai
livre de Andrea Bottalico
Chaiev a mis 8/10.
Annotation :
Texte des marges, sur les marges, à la marge, ce carnet de route d’un jeune sociologue géographe sur la piste de l’invisible Marchandise qui colonise à la fois l’imaginaire de l’Europe et ses ports, omniprésente et fuyante, envahissante et mystérieuse, d’autant plus puissante qu’on ne peut ni retracer sa route exactement ni comprendre avec certitude où et comment elle se cache, disparaît, réapparait. L’enquête est sensible, délicate, à la fois très concrète – histoire de l’invention des containers, de la manutention, des grandes figures qui dominent la profession – et métaphorique. Portrait d’un monde de brumes et de mirages, entre Naples et Anvers, où le capitalisme règne en maitre dans un monde devenu mort, morne et plat.
M - Les derniers jours de l'Europe (2022)
Mussolini, tome 3
M. Gli ultimi giorni dell'Europa
Sortie : 14 septembre 2023 (France). Roman, Histoire
livre de Antonio Scurati
Chaiev a mis 6/10.
Annotation :
Le sentiment de work in progress continue avec ce troisième tome qui devait être le dernier, avant d’être l’avant dernier (sauf qu’on vient d’apprendre contre toute attente qu’il s’agit probablement du tome du milieu, puisqu’un 5e vient de sortir en Italie). Bref, malgré la volonté de traiter de faits historiques de façon neutre et détache qui marquait le début de son entreprise, Scurati selaisse de plus en plus mener le nez au vent par son sujet. On saute donc 5 ans de façon un peu cavalière (passant de 1932 à 1938) pour se retrouver au bord de l’abime d’une nouvelle guerre mondiale. Mussolini est toujours ce chef d’orchestre imaginaire qui lui aussi fait ce qu’il peut avec les soubresauts de l’actualité : guerre d’Espagne, montée en puissance d’Hitler qui lui vole la vedette puis au cours du roman la décision du Duce se jetter dans le conflit en faisant semblant, face à un tel désordre qui le dépasse, de l’avoir organisé. Un cataclysme qui arrange bien les dictatures, et le romancier,que guette les unes comme les autres un certain essouflement.
Batailles pour Marseille (1997)
Sortie : 1997 (France). Autobiographie & mémoires
livre de Jacqueline Cristofol
Chaiev a mis 7/10.
Annotation :
Jacqueline Cristofol raconte avecbeaucoup de tact et d’ntelligence la(plutôt courte) vie de celui qui fut son mari pendant dix ans, en s’intéressant surtout à son engagement politique des années 3à aux années 50. Seul maire communiste qu’aura connu Marseille, mais farouchement anti stalinien, il lui faudra faire front à la fois contre son camp et contre la villenie de Defferre prêt à tout pour se débarrasser de cet adversaire redoutable dont la cote de popularité est à des années lumières devant la sienne. Prêt à tout, à la sauce SFIO cela revient à dire compromission avec la droite, mensonges et manipulation dans le journal qu’il a préampté à la Libération, et magouilles dans les couloirs de l’Assemblée. Et comme dans les romans feuilletons, c’est évidemment le méchant qui gagne à la fin. Pourtant Jacqueline garde de bout en bout une réserve impeccable, préférant s’en tenir aux faits. On peut ainsi découvrir le portrait d’un juste, etse prendre à rêver de ce qu’aurait pu être la cité phocéenne si elle n’était pas tombée dans les mains de Gaston.
Jaune soleil (2026)
Sortie : 3 mars 2026. Roman
livre de Éric Chevillard
Chaiev a mis 5/10.
Annotation :
Première hypothèse, il s’agit d’un test d’IA, pour voir à quel point en faisant ingurgiter à une machine toutes les œuvres passées d’E.C. elle sera capable de sortir un texte à peu près crédible. Note : 2/10 car on reconnaît une certaine facture formelle, mais dénuée de tout intérêt, de tout ressort, une absence d’âme bien logique pour une artificialité qui n’a pour elle qu’une intelligence plaquée et fonctionnelle. Deuxième hypothèse celle d’un stagiaire mal payé à qui on a trop vite expliqué ce qu’il fallait faire et comment. Note:3/10 c’est bâclé, c’est pétri de lieux communs, de jeux de mots bancals et au bout de 5 pages ça tourne en rond vu que personne n’avait pensé à donner une feuille de route au pauvre étudiant fauché. Troisième hypothèse, c’est bien E.C. qui est à manœuvre, mais c’est juste parce qu’on son éditeur le tient en joue avec une arme de poing, ou parce qu’il espère se payer une nouvelle cuisine avec les droits d’auteurs, poverino. Note : 4/10 à la condition de se dire que le titre fait référence à un bon pastis par une soirée chaude sous les pins. Dernière hypothèse, le livre est génial et c’est moi qui ait changé. Notation plus difficile du coup, entre 6 et 9/10 soit pour marquer par une indifférence polie que je m’en lave les mains et que le manège même vide continuera à tourner ; soit pour exprimer la grande joie que provoque une transformation si radicale. Après tout le mieux est surement de n’être fidèle qu’à l’infidélité : aucun saurien n’a jamais eu l’idée de regretter sa mue, ça se saurait.
Uranus (1948)
Sortie : 1948 (France). Roman
livre de Marcel Aymé
Chaiev a mis 6/10.
Annotation :
Comme toujours avec ce genre de sujet, on peut essayer d’imaginer (si comme moi on a gardé une tendresse d’enfance pour le Marcel Aymé du chat perché) à quel point le roman aurait pu être une catastrophe vu le nombre de pièges qu’il se tend à lui-même. Le plus flagrant d’entre eux étant le risque presque mécanique d’un manichéisme cynique ou désabusé. Portrait d’un village de veules à la sortie de la guerre, le tableau que dresse Aymé n’est pas jojo mais au moins il parvient par sa dextérité à exploiter l’oralité (on pense souvent à Queneau) et par une sorte de dissolution du récit à effacer d’une main les contours que l’autre essayait de rendre trop acérés (du style : tous salauds, tous pourris, avec le risque de sous entendre que ce qui vaut pour le village vaut pour le pays ). En somme, Aymé, qui clot ici une trilogie écrite dans le feu de l’action, sort de la guerre totalement désabusé de ses concitoyens. A son avis, on le sent bien, il n’y a ni espoir ni rayon de lumière. Mais il a la politesse néanmoins de distiller ici et là, dans les recoins, quelques graines un peu moins amères où les plus optimistes pourront peut être y puiser l’espoir de « ce qui pourrait être » à la place de « ce qui aurait pu être »
« Précisément, le professeur Didier avait imaginé une méthode dont il attendait beaucoup. Il s’agissait d’abord de donner à l’enfant le sens du présent et de l’avenir. Pour cela développer en lui dès le jeune âge l’idée qu’il n’y a rien de permanent et que tout ce qui appartient au passé est chose vile et indécente ; lui apprendre à considérer les êtres et les actions sous leur aspect futur et à en déboîter toutes les possibilités ; entraîner son esprit à suivre et à saisir simultanément plusieurs conversations, plusieurs idées et à procéder par bonds ; obliger les élèves à jouer à des jeux dont les règles se transforment sans cesse par leurs soins ; ne leur faire lire que des histoires ayant trait à une époque encore à venir, les verbes étant tous au futur et la psychologie des personnages comportant toujours des marges d’incertitude ; supprimer l’histoire, les cimetières, les bibliothèques et tout ce qui retient l’esprit de se projeter dans le futur »
Rosa (1967)
Sortie : 1967 (France). Roman
livre de Maurice Pons
Chaiev a mis 7/10.
Annotation :
Les Saisons, sorti en 1965, est un peu l’arbre qui cache la forêt, un arbre tellement hors norme et inattendu dans le paysage français qu’on a un peu vite tendance à croire qu’il est le seul opus de Pons, tant on voit mal comment un auteur pourrait rebondir après ça. Outre les textes parus pendant les quinze années précédentes (dont un récit traitant de la guerre d’Algérie au style trop percutant pour l’époque), Pons qui vivra jusqu’à ses 90 ans écrira encore beaucoup de nouvelles et de romans, dont cet amusant opus dont le véritable titre tel qu’il devrait apparaître sur la couverture est :Chronique fidèle des événements survenus au siècle dernier dans la Principauté de Wasquelham comprenant des révélations sur l'étrange pouvoir d'une certaine Rosa qui faisait à son insu le bonheur des plus malheureux des hommes. On devine dès l’abord qu’un élément plutôt absent des Saisons va ici régner en maitre : l’humour et le second degré. C’est que Rosa est traité à la façon des récits XIXe, façon Manuscrit trouvé à Saragosse : mélange d’histoires soldatesques, de fantastique légèrement surréaliste et de conte philosophique savamment dosé. Bulle de savon charmante, amusée et amusante, qui transcende haut la main le simple pastiche potache grâce à la plume alerte de l’auteur.
L'Employé (2010)
El oficinista
Sortie : novembre 2012 (France). Roman
livre de Guillermo Saccomanno
Chaiev a mis 6/10.
Annotation :
Dans ce court roman (par rapport aux 600 pages de Basse saison je veux dire) à l’écriture resserée, Saccomanno s’amuse à partir d’une situation qui pourrait avoir lieu en 77 dans l’Argentine de la dictature, mais par glissements progressifs dans la narration, comme avec une caméra qui subreptiscement montrerait un hors cadre de plus en plus hors norme, il installe ses personnages – et son lecteur - en pleine dystopie digne d’un cauchemar post kafkaien. C’est surtout pour cette ambiance poisseuse et angoissante que le roman m’a plu (on ne sait jamais, du coup, ce qu’on va trouver derrière la prochaine porte, ou dans le prochain bouge traversé par le héros bancal du livre), car coté intrigue, les choses sont un peu baclées (ou alors il aurait fallu faire encore plus court, auquel cas la relative banalité de l’histoire serait peut être passée plus inaperçue).
Dans ce court roman (par rapport aux 600 pages de Basse saison je veux dire) à l’écriture resserée, Saccomanno s’amuse à partir d’une situation qui pourrait avoir lieu en 77 dans l’Argentine de la dictature, mais par glissements progressifs dans la narration, comme avec une caméra qui subreptiscement montrerait un hors cadre de plus en plus hors norme, il installe ses personnages – et son lecteur - en pleine dystopie digne d’un cauchemar post kafkaien. C’est surtout pour cette ambiance poisseuse et angoissante que le roman m’a plu (on ne sait jamais, du coup, ce qu’on va trouver derrière la prochaine porte, ou dans le prochain bouge traversé par le héros bancal du livre), car coté intrigue, les choses sont un peu baclées (ou alors il aurait fallu faire encore plus court, auquel cas la relative banalité de l’histoire serait peut être passée plus inaperçue).
« Ce qui nous accable n’est pas la différence entre ce que nous avons été et ce que nous sommes, pense-t-il. C’est la paresse avec laquelle nous nous laissons aller à la dégradation »
M - L’homme de la providence (2020)
Mussolini, tome 2
M. L'uomo della provvidenza
Sortie : 2021 (France). Roman
livre de Antonio Scurati
Chaiev a mis 7/10.
Annotation :
Ayant tout d’abord imaginé sa saga en trois parties (elle en aura finalement quatre), il était logique qu’après un premier tome relatant l’ascension vers le pouvoir, la partie centrale soit destinée à raconter le climax du règne, les années 25 à 32, soit juste avant l’accession au pouvoir d’Hitler en Allemagne. Véritable laboratoire de l’infamie politique, le système de Mussolini, imposé par la violence extrême de ses squadri, trouve pendant ces huit années son rythme de croisière, rognant petit à petit toutes les libertés publiques pour instaurer à la place la tyrannie de l’arbitraire. A partir du moment où il n’a même plus à craindre d’avouer sa responsabilité dans l’ignoble meurtre de Matteotti, Mussolini remonte ses manches et met son plan à exécution : couler dans l’airain de la loi ce qui justement va détruire l’état de droit : confiscation de l’autorité exécutive, du pouvoir de légiférer sans en référer au Parlement, musellement de la presse d’opposition, mainmise des préfets sur les régions, déchéance du mandat des parlementaires de gauche , réforme du scrutin électoral (liste unique) ; interdiction du droit de grève, limitation du droit d’expression... Ce qui est amusant à suivre, c’est la lente transformation qui en parallèle semble toucher le texte de Scurati : voilà que l’auteur s’autorise de plus en plus souvent des phrases amples, au style nettement plus travaillé. Des prises de hauteur, des commentaires. Et des moments de plus en plus épiques et narratifs (qui du coup détonnent un peu il me semble) comme les deux récits de la guerre menée en Libye. Presque comme s’il ne pouvait s’empêcher une certaine fascination. Or ce qui ne serait pas justifiable de la part d’un historien tenu à la neutralité devient forcément plus facile à assumer sous les atours du romancier.
« Avec le nouveau siècle, la peur l’emporterait sur l’espoir. Et avec elle, la déception, le découragement, l’égarement, le sentiment d’avoir été vaincu, trahi et déclassé, enfin la haine, la rancune, la rage vindicative. Soudain, il n’y avait plus seulement dans la rue des hommes et des femmes qui réclamaient des transformations historiques et politiques, il y avait aussi ceux qui les redoutaient, qui redoutaient notamment cette révolution socialiste en laquelle on avait longtemps espéré. Après la Grande Guerre, les millions d’Italiens qui souhaitaient le changement avaient commencé à en sentir la menace. Le chant des rues s’était mué en hurlement étranglé. Un hurlement qui ne d
Defferre et Marseille (1989)
Sortie : 1989 (France). Document
livre de Emmanuel Loi
Chaiev a mis 8/10.
Annotation :
Le court livre d’Emmanuel Loi est certes de l’ordre du pamphlet, mais il permet aussi de creuser quelques plaies qui à l’heure de son écriture (1989) faisaient encore = après plus de trente ans de règne = mal à la ville, à moins que l’on dise déjà puisque certaines d’entre elles ne sont toujours pas refermées vingt cinq ans plus tard. Clientélisme, autocratie, mépris envers les faibles, haine des communistes, injustice sociale, absence patente de vision et d’audace (autre celle qu’apporte la mauvaise foi et la brutalité) : on pourrait croire que la charge est un peu forte, mais malheureusement à l’aune des faits elle est bien réelle. Pamphlet disait-on : les turpitude de Gaston sont avant tout un formidable pretexte pour s’amuser avec les mots, avec les formules (notons en une parmi des dizaines : « à force d’être entier, il se croit moral »), et pour dessiner à grands traits le portrait d’un méchant qui finalement n'est ni brillant ni mémorable, juste puissant. Alors très vite, il sert à l'auteur de truchement, pour une analyse assez fine de Marseille, car il ne saurait y avoir de tyrans sans tyranisés. Même incinsciente et à contre-coeur, la servitude dans ces cas là est clairement volontaire : pour preuve la cité phocéenne en aura connu d’autres avant (Sabiani étant le plus marquant) et d’autres, au pluriel, après. Façon donc aussi d’essayer de comprendre, comme dans une enquête freudienne, ce que peut bien vouloir dire cette répétition d’un schéma si désespérant, et qui transcende, décenies après décénies le trop siimpliste clivage gauche droite.
« Cette quasi-défaillance du batiment institutionnel et/ou historique explique en grande partie le sentiment aigu de déshérence : la ville n’hérite jamais de sa mémoire, la cité marseillaise mue comme si elle avait honte de son impérieux besoin de croissance, elle vit son réseau et sa tectonique comme une gangue. L’évitement de toute radicalité urbaine et architecturale vient-il de l’« esprit » des gens du lieu, c’est une vieille querelle. Se mangeant elle même sans rien garder, Marseille exhonère la mémoire. Eternel chantier qui n’aboutit jamais sur de grands espaces, elle fuit toute majesté de perspectives »
Le Roi et la Reine
Sortie : 1948 (France). Roman
livre de Ramón Sender
Chaiev a mis 8/10.
Annotation :
Drôle de personnage que ce Ramon Sender, né avec le siècle, déjà anarchiste acharné dans les années 20, et qui se prend donc de plein fouet la Guerre d’Espagne alors que sa carrière d’écrivain est déjà bien lancée. Exilé au Mexique d’abord, puis aux Etats Unis (nul n’est parfait !) il a a son actif plus de 60 romans… dont seuls 10 sont traduits en français !
Apparemment, les très valeureuses éditions Attila se lancent dans une longue épopée de réédition ou de sortie d’inédits et à en juger par cet opus, datant de l’exil mais revenant sur la période de la Guerre de 36, c’est une très bonne idée.
A la fois très réaliste dans son implantation au coeur du conflit (Madrid en guerre, la lutte des classes entre la duchesse et son jardinier, la présence soldatesque, la montée des périls et les différentes modalités de résistance quel que soit le camp) et délibérement onirique dans son traitement (collages des situations, flou des atmosphères, angoisse de l’enfermement), le récit s’enfonce en spirale, tourne et revient mais toujours plus profond dans un imaginaire collectif fait de fantasmes, de non-dits, de violences sourdes et d’antagonismes viscéreaux qui nourrit et exacerbe toute guerre civile voyant un pays soudain se déchirer en deux.
Le Fils du forçat (1859)
Sortie : 1859 (France). Roman
livre de Alexandre Dumas
Chaiev a mis 6/10.
Annotation :
Wikipedia affirme avec beaucoup d’aplomb et pas de preuve que le roman n’est surement pas de notre cher Alexandre, ce que le site des amis de Dumas n’a pas du tout l’air de confirmer, notant juste au passage que pour celui-ci (comme beaucoup de ceux de la période 57-60), il faut secondé par Cherville. Alors effectivement, de retour à Marseille quinze ans après le Comte de MC, on ne peut pas dire que l’histoire qu’il nous y concocte cette foit soit d’une originalité folle, mais sorti de la comparaison écrasante, ça reste suffisemment prenant pour ne pas bouder notre plaisir. Plaisir qui se trouve à la fois dans la figure de M. Coumbes, anti héros étriqué au possible, déplorable de lâcheté, de pusillanimité et de radinerie qu’aboslument rien ne viendra racheter à la fin du roman, et surtout dans le style d’une ironie mordante où personnellement je n’ai pas trop de scrupule à reconnaître la main volubile du maitre. Reste la question : est-ce qu’une main peut être volubile ? Etymologiquement, oui, puisqu’il suffit pour cela qu’elle tourne prestement...
« Chateau, bastide ou cabanon, c’est tout un à Marseille, c’est à dire que le caractère et l’imagination du propriétaire décident du titre que porte toute habitation extra-muros, bien plus que la taille ou l’architecture de ladite habitation. Si le Marseillais est orgeuileux, la maison est un château, s’il est simple elle deviendra une bastide ; s’il est modeste, il la nommera un cabanon. Mais lui seul peut établir cette classification, car rien ne ressemble autant à un château marseillais qu’une bastide, si ce n’est peut-être un cabanon. »
M - L'enfant du siècle (2018)
Mussolini, tome 1
M. Il figlio del secolo
Sortie : 26 août 2020 (France). Roman
livre de Antonio Scurati
Chaiev a mis 7/10.
Annotation :
A lire ici ou là les interventions de Scurati, son intention première en se lançant le défi de la « fiction documentaire » pour traiter des années au pouvoir de Mussolini était prioritairement de changer la perception des Italiens quant à celui qui était devenu au fil des années plus une figure de mythe qu’un personnage historique. Bon, je ne sais pas trop quelle perception et quelle conaissance nos voisins transalpins ont de leur dictateur, mais ici en France j’ai la ferme impression qu’on est très loin de réaliser ce qu’ont pu être ces vingt deux années de violence et d’arbitraire absolu. Vingt deux ans, le double donc de l’expérience nazie. Voilà une donnée qui en tout cas pour moi change beaucoup la teneur de cette lecture. Si Scurati voulait, en traitant de façon assez froide et faussement neutre les événements au jour le jour (le premier tome de 800 pages ne traite que des 5 premières années) selon les différents points de vue de ceux en train de l’orchestrer, faire de l’histoire un roman, pour moi qui découvre tout ce fatras d’opportunistes mûs par l’éternel cocktail de ressentiment, de barbarie, de mauvaise foi, de lâcheté, de compromission, de calculs, de bassesses, d’obsessions sordides, l’ouvrage est plutôt l’inverse : un roman transformé en livre d’histoire. C’est sur cette corde fine, plus que raide (pour ça il faudrait à Scurati une plume un peu plus acérée) que le texte trace sa route : ni très romanesque, ni purement historique, il préfère jouer la carte un peu paradoxale du « collage exhaustif » : des faits ajoutés à des faits, des tactiques ajoutées à des tactiques, sans savoir ou sans vouloir définir un cadre plus précis, une analyse plus personnelle de ce qui se joue là : l’irresistible ascension du mal.
La Véritable Histoire de la mort de Francisco Franco (1960)
La verdadera historia de la muerte de Francisco Franco
Sortie : 15 mars 2003 (France). Nouvelle
livre de Max Aub
Chaiev a mis 8/10.
Annotation :
Aub dans cette nouvelle railleuse et facétieuse, semble illustrer en quelques traits de plume la phrase de Cioran « Nous sommes des farceurs, nous survivons à nos problèmes ». Doublement même : en coup direct via les réfugiés de la Guerre d’Espagne qui du jour au lendemain viennent troubler la torpeur d’un petit café de quatier à Mexico, et en coup inversé via Nacho, le serveur dudit café, décidant un beau jour de faire quelque chose de drastique pour régler le sien. De problème.
Impossible d’en dire plus sans déflorer tout ce qui fait le sel de ce texte, le poivre étant bien évidemment le style délicieusement ironique de l’auteur qui lui aussi est un farceur de la plus belle eau, ayant décidé de se moquer des problèmes puisque ni lui ni personne ne peut véritablement les résoudre.
La Havane année zéro (2011)
Habana año cero
Sortie : 5 avril 2012 (France). Roman
livre de Karla Suarez
Chaiev a mis 6/10.
Annotation :
L’articulation entre les fantomes du passé (en l’occurrence Meucci, le véritable inventeur du téléphone, spolié par Bell) et les dures réalités du quotidien cubain des années 90 fonctionne très bien, et permet à Suarez d’installer une atmosphère à la fois débridée et congruante. Un peu de fantaisie, d’évasion, de respiration dans une ville qui jour après jour se renferme sur elle même et menace la population d’étouffement. Seul petit regret pour ma part : c’est que la mécanique des faux-semblants qui m’a diablement fait penser à du Rivette dans les Caraibes (en gros tout le monde ment à tout le monde), finit par se répéter sans raison, par s’enliser et par lasser, là où cent pages de moins aurait rendu le texte aussi incisif et claquant qu’un coup de fouet.
Le Témoin oculaire (1939)
Der Augenzeuge
Sortie : 1963 (France). Roman
livre de Ernst Weiss
Chaiev a mis 9/10.
Annotation :
Le roman de Weiss comporte quelques points communs avec Les enfants Oppermann de Feuchtwanger : écrit en 38, depuis l’exil français, il raconte lui aussi la montée quasi imparable du nazisme dans l’Allemagne fracassée par le Première Guerre mondiale. C’est assez intéressant de voir ce qui rapproche les deux œuvres (ce sens aigu de la tragédie vécue en direct, mélange de lucidité et de sidération) et ce qui diffère de l’une à l’autre. Là où Feuchtwanger adopte une posture presque journalistique, et assez naturaliste, pour documenter la catastrophe en train de se produire, Weis lui va piocher dans des recoins beaucoup plus sombres et quasi psychanalitiques. L’auteur était médecin, et l’on aime à répéter que c’est Kafka qui, reconnaissant en lui une certaine proximité de style, lui mit dans les années 20 le pied à l’étrier. Et c’est vrai que beaucoup de choses dans le traitement, l’atmosphère, la narration rappelle cette saveur typiquement kafkaienne de cauchemar éveillé. Ce que raconte la plupart des résumés, autour de la guérison du soldat Hitler quelques mois avant la fin de la guerre est certes primordial dans le roman, mais n’arrive qu’au milieu du livre, façon à la fois de montrer que l’épisode est central, mais qu’il faut le remettre dans un contexte beaucoup plus large, à la fois historique (les deux premières parties forment un roman d’apprentissage âpre et destabilisant) et psychologique (il y a là parmi les plus belles et plus percutantes pages écrites sur la fascination hypnotique que provoquait Hitler, analysée par celui qui justement avait rendu possible une telle mainmise, à cause de sa propre hybris de médecin).
Weiss a quité le jeu avant la fin. Témoin de l’invasion de Paris par les troupes allemandes en juin 40, il se suicide et une malle remplie de ses manuscrits disparaît avec lui. Il ne saura jamais comment la partie s’est terminée, et nous ne saurons jamais à quoi ressemblait le roman terminé, puisque le texte parvenu par miracle jusqu’à nous n’est qu’une première version écrite en 2 mois pour être envoyé à un concours lancé par les Etasuniens. Concours au jury duquel on retrouve justement Feuchtwanger. La boucle est bouclée.
« Il ne parlait presque jamais de choses personnelles avec moi, je l’avais déjà remarqué à la ville. Malgré tout, bien des choses me furent vite claires. Car je me suis toujours efforcé de lire dans les gens comme en moi, pour les dominer comme moi-même. »
La Prise de Makalé
Sortie : 2006 (France). Roman
livre de Andrea Camilleri
Chaiev a mis 4/10.
Annotation :
La 4e de couverture parle en terme un peu lyrique d’une dénonciation magistrale du fanatisme, perso je ne dirais pas ça. J’ai beaucoup de mal à comprendre le parti pris de l’auteur, qui traite d’une période particulièrement violente sous le ton de la face énaurme. Alors ok, on peut encore accepter un principe Zazie dans le métro appliqué au fascisme mussolinien, avec une ambiance délétère que ne perçoit pas le jeune héros à travers le regard duquel toute l’histoire est racontée, sauf que là on nage dans le grotesque malaisant : Michelino est censé avoir six ans, mais rien ne cadre, ni ses reflexions, ni son anatomie (ouah, les blagues sur ses attributs gigantesques qui font rêver tout le village, curé pédophile compris), ni la façon dont il traverse ces mésaventures franchement sordides. A l’arrivée, ça me paraît aller à l’encontre de l’objectif de départ : à force de déréaliser à ce point là la brutalité qu’il cherche à dénoncer, Camilleri ne choque pas, il lasse.
Ovni 78 (2022)
Ufo 78
Sortie : 17 mai 2024 (France). Roman, Policier
livre de Wu Ming
Chaiev a mis 8/10.
Annotation :
1978 et Italie cote à cote, forcément en un réflexe à la Pavlov on répond présent : Brigades Rouges, Aldo Moro, Années de plomb e tutti quanti… C’est ljustement à que le (désormais) trio des Wu Ming (non pas des Moumines, enfin voyons) s’amuse, puisque 78 est aussi l’année record concernant les signalements de soucoupes volantes et autres mystères martiens qui prirent la forme d’une fièvre dans toute la penninsule (chez nous aussi d’ailleurs, on se souvient de Jean Claude Bourret et des soirées au Flunch. Passons). Mélange détonnant donc, entre batailles politiques et imaginaire populaire, auquel vient s’ajouter quelques autres fils : un auteur à succès en pleine crise existentielle, une communauté new age, des scouts disparus, une antropologue enquetant parmi les ufologues, petits morceaux d’une mosaïque faussement foutraque qui patiemment se rejoignent pour dessiner avec brio, légèreté et finesse le portrait d’une époque en équilibre nstable, à cheval entre un passé rugeux mais débordant de créativité et un à-venir où mise au pas rimera avec platitude et conformisme.
Carnaval (1922)
Sortie : 2 avril 2005 (France). Roman
livre de Mireille Havet
Chaiev a mis 7/10.
Annotation :
À quoi tient la légère déception qu’entraine la lecture de Carnaval ? Peut-être à la distance entre la formidable dextérité avec laquelle Havet manie la langue (dextérité et non maitrise : la jeune autrice choisit ses mots, sa syntaxe, mais de façon à laisser à ses phrases un jeu certain, une insolence, un claqué de fouet devenu maitre de lui-même) et la nonchalance un peu paresseuse du récit qui semble flotter comme un esprit shooté à trop d’éther. Claire Paulhan, qui a sorti l’artiste maudite de l’anonymat où l’avait plongé cinquante ans sa mort en paria, avoue elle-même avoir été un peu désappointée en refermant le livre après sa première lecture. C’est surement la raison pour laquelle elle a tenu a entourer le court roman de quelques textes d’époque : les extraits du Journal de Mireille qui reviennent sur sa passion malheureuse avec la comtesse de Limur (la Germaine de Carnaval), les lettres autour de la sortie du livre, les articles dans la presse. Appareil critique et historique intéressant, mais ne parvenant pas tout à fait à forcer ce qui fait à la fois le charme vénéneux et le talon d’achille du texte, cette tentative de rendre d’une façon sonore et poétique toute la cruauté d’une souffrance aussi aiguë que muette.
« Je ne vous demande pas de m’aimer, je connais l’amour mieux que vous, c’est un poison terrible qu’il faut chasser, une drogue supérieure à toutes. N’en parlez donc pas si légèrement, je ne prends pas votre impudence pour de la naïveté. Je connais les masques, ceux de Venise et les autres. ; car ceux de Venise ne cachent que les yeux, le vôtre est plus étroit, il vous colle au visage, c’est votre âme qui me plairait si vous étiez capable d’amour. Ah ! nous sommes fous, moi de répondre, vous d’inventer. Si vous étiez tel que vous dites, mais il faudrait nous enfuir pour cacher notre torture et notre félicité. »
14 juillet (2026)
14 juillet
Sortie : 7 janvier 2026. Roman
livre de Benjamin Dierstein
Chaiev a mis 8/10.
Annotation :
Troisième et dernier acte de la longue fresque politico-policière qui aura vu tomber Giscard et Bokassa, mourir Mesrine et Boulin, s’effondrer le SAC de Pasqua, pointer le nez de Tapie, se renforcer le Pen et l’extrême droite, s’accumuler les complots et les scandales d’état, les attentats terroristes et les attaques à main armée, les procès et les magouilles, les chantages et les traffics, les filatures et la débauche, les calculs et les trahisons. Final dépressif et opressant, fidèle en tout point à ces années 82/84 où la gauche se réveille avec la gueule de bois en réalisant que son héraut n’était peut-être pas si honnête et bien intentionné que ça, et que sous les beaux discours prônant comme il se doit l’équité et à la justice se cachait des manœuvres, des ratages et des compromissions tout aussi délétères que les précédentes. L’occasion également de réaliser à quel point le temps qui passe fait oublier les aspérités d’une époque, et à quel point ces premières années de la décénie maudite furent d’une violence extrême. De quoi bien rigoler les prochaines fois qu’on entendra soupirer « ah c’était mieux avant ».
































