RIRE
Rire - Humour - Umour - Humour noir - Ironie
Voir aussi la liste de Steka :
https://www.senscritique.com/liste/L_humour_la_conscience_et_l_ironie/163988
Voir aussi ma réponse aux sondages :
https://www.senscritique.com/top/les_livres_les_plus_droles/2567605
https://www.senscritique.com/top/les_livres_qui_se_lisent_aux_toilettes/2481334
Et mes listes :
https://www.senscritique.com/top/les_meilleurs_morceaux_pour_danser/3019198
https://www.senscritique.com/liste/humour_musique_does_humor_belong_in_music/3194436
Celle de Boysdusévère :
https://www.senscritique.com/liste/laissez_moi_rire_let_me_laugh/3382494
Illustration : Roland Topor (1938-1997), 'À gorge déployée' (encre de chine et crayons de couleur), 1975.
Réflexions et maximes (1971)
Sortie : 1971. Aphorismes & pensées
livre de Vauvenargues et Samuel S. De Sacy
Annotation :
« Il y a des gens qui, se croyant au plus haut degré de l'esprit, assurent qu'ils aiment les bagatelles et les riens, que les folies d'Arlequin les réjouissent, qu'ils aiment les farces, l'opéra comique, et les pantomimes : pour moi, cela ne m'étonne en aucune manière, et je crois ces gens-là sur leur parole. »
La Vie et les opinions de Tristram Shandy (1759)
The Life and Opinions of Tristram Shandy, Gentleman
Sortie : 1760 (France). Roman
livre de Laurence Sterne
LeBouquiniste a mis 8/10.
Annotation :
« Je ne m'étonne jamais de rien pour ma part et mon jugement m’a si souvent trompé qu’à tort ou à raison je me défie toujours de lui : du moins ne m’échauffé-je jamais sur de froids sujets. Je respecte la vérité autant que personne et quand elle nous a échappé, si un homme vient simplement me prendre par la main pour aller la chercher comme nous ferions d’un objet perdu par tous deux et à tous deux indispensable, je suis prêt à le suivre au bout du monde. Je hais cependant les disputes et à seule fin d’en éviter une je souscrirais volontiers (religion ou principes sociaux mis à part) à n’importe quelle opinion pourvu qu’elle ne m’ôte pas le souffle. Mais je ne supporte pas la suffocation, les mauvaises odeurs moins encore. Pour toutes ces raisons, j’ai résolu depuis toujours, si l’armée des martyrs devait être augmentée ou si l’on en levait une nouvelle, de ne m’y engager ni dans un parti ni dans l’autre. »
Voyage sentimental en France et en Italie
(traduction Léon de Wailly)
A Sentimental Journey Through France and Italy by Mr. Yorick
Sortie : 1768 (France). Roman
livre de Laurence Sterne
LeBouquiniste a mis 8/10.
Annotation :
« Il n'y a rien dans la vie qui me jette dans plus de perplexité, que d'avoir à dire à quelqu'un qui je suis (...). »
Aventures du baron de Münchhausen (1786)
Wunderbare Reisen zu Wasser und Lande, Feldzüge und lustige Abenteuer des Freiherrn von Münchhausen
Sortie : 1854 (France). Roman
livre de Gottfried August Bürger
Annotation :
« (...) comme ma mère retrouva sa pente naturelle, mon père, ne tarda pas à la quitter en lui assignant pour toute pension alimentaire le revenu d'une hotte de chiffonnier qu'il lui mit sur le dos. Elle s'attacha à une troupe ambulante qui montrait des marionnettes. La fortune finit par la conduire à Rome, où elle établit un commerce d'huîtres.
Vous avez sans doute entendu parler du pape Ganganelli, connu sous le nom de Clément XIV, et vous savez combien il aimait les huîtres. Un vendredi qu'il allait en grande pompe dire la messe à l'église de Saint-Pierre, il aperçut les huîtres de ma mère, elles étaient remarquablement belles et extrêmement fraîches, m'a-t-elle dit souvent, - et ne put faire autrement que de s'arrêter pour en goûter ; il fit faire halte aux cinq cents personnes qui le suivaient, et envoya dire à l'église qu'il ne pourrait pas célébrer la messe ce matin-là. Il descendit de cheval, - car les papes vont à cheval dans les grandes occasions, - entra dans la boutique de ma mère, avala d'abord toutes les huîtres qui s'y trouvaient ; et suivit ma mère à la cave, où elle en avait d'autres. Ce souterrain était tout à la fois la cuisine, le salon et la chambre à coucher. Le pape s'y plut tellement qu'il renvoya tous ses gens. Sa Sainteté ne fut pas longue à y passer la nuit avec ma mère.
Le lendemain matin, avant de partir, Elle lui attribua pleine indulgence, non seulement pour ses fautes passées, mais encore pour toutes celles qu'il lui prendrait envie de commettre à l'avenir.
Mais maintenant, messieurs, vous me permettrez de ne pas vous expliquer plus clairement ce que j'ai de commun avec cette histoire d'huîtres : je pense que vous m'avez suffisamment compris pour être fixé sur ma naissance. »
Voyage aux Isles
Chronique aventureuse des Caraïbes 1693-1705
Sortie : 11 août 2011 (France). Récit, Autobiographie & mémoires
livre de Jean-Baptiste Labat
LeBouquiniste a mis 8/10.
Annotation :
« Lorsque le vaisseau qui va en course appartient aux flibustiers qui le montent, ils partagent les prises également. Le capitaine, le quartier-maître, le chirurgien et le pilote n'ont par-dessus leur lot qu'un présent dont les autres les gratifient. À l'égard du pillage, il se partage également, sans que personne puisse s'approprier la valeur d'un écu, sous peine de perdre sa part du profit du voyage et souvent même d'être dégradé, c'est-à-dire mis à terre dans quelque île déserte ou du moins chassé du bord. Mais quand le bâtiment n'appartient pas à l'équipage, les armateurs ou propriétaires du bâtiment prennent un tiers des prises pour la part du vaisseau, les vivres, la poudre, les boulets et les grenades. Les deux tiers se partagent à tout l'équipage ; bien entendu qu'avant toutes choses, on a pris le dixième pour l'amiral ou gouverneur qui a donné la commission et qu'on a payé le chirurgien, les blessés et les estropiés. L'acte qui contient toutes les conditions sous lesquelles on fait la course s'appelle 'chasse-partie'. Les principales de ces conditions sont : que les blessés ont, outre leur lot, un écu par jour pour leur nourriture pendant qu'ils sont dans les mains du chirurgien qui est obligé de les panser et de fournir les remèdes ; ce temps est pour l'ordinaire limité à soixante jours. Ceux qui sont estropiés d'un bras ou d'une jambe emportés ou rendus inutiles ont six cents écus pour chaque membre ; on donne trois cents écus pour le pouce, l'index de la main droite et un œil ; cent écus pour chacun des autres doigts. Ceux qui sont obligés de porter une canule sont réputés comme estropiés et ont six cents écus, aussi bien que ceux qui, ayant une jambe ou un bras de bois, s'ils viennent à les perdre à nouveau. »
Anacharsis Cloots : l'Orateur du genre humain
Sortie : 1979 (France). Biographie
livre de Georges Avenel
Annotation :
« La liberté ne consisterait-elle plus qu'à ne pas être en prison ? »
Vie de Fibel (1811)
Leben Fibels
Sortie : 1967 (France). Roman
livre de Jean Paul
LeBouquiniste a mis 8/10.
Annotation :
« Il sentit vaguement qu'il n'y avait rien de plus juste, de plus sage, de mieux administré qu'un État. L'auteur de ce livre, lui aussi, se remémore avec nostalgie ce doux sentiment de son enfance. »
« Les savants devraient songer aux conséquences de ce fait. Ne voyons-nous pas qu'il existe peut-être ici-bas des génies qui jusqu'à leur quatre-vingtième année (la double quadragésime) et jusqu'à leur mort restent aussi bêtes et aussi bouchés que d'autres le sont jusqu'à la quarantaine, de sorte que, semblables à l'aloès dont les bourgeons n'éclosent qu'après trente ans, ils ouvrent leurs boutons dans leurs dernières années seulement, voire après leur mort, et s'épanouissent pour exhiber au monde – mais à l'autre monde – ce qu'ils renferment ?
Je ne veux pas songer plus longtemps à ce détail, qui risque de m'entraîner toujours plus loin. Car, en inversant l'expérience précédente, vu que les enfants précoces ne montrent souvent que fort peu d'intelligence dans leur âge mûr, et que notre séjour terrestre de quatre-vingts ans n'est qu'une sombre chambre d'enfants qui mène au temple ensoleillé de l'éternité, personne ne me répondra que les génies de ce monde-ci, tels Herder et Goethe, ne sont pas des sages précoces par rapport au deuxième monde (en quelque sorte des Baratiers du Ciel), et que peut-être, dans le deuxième, le troisième ou le quatrième monde, où devrait se révéler le jeune homme arrivé juste à la fleur de l'âge, ils ne tiennent que fort mal leurs promesses d'ici-bas. En revanche, beaucoup de leurs critiques les devanceront là-haut d'autant plus qu'ils ont ici moins manifesté – par bonheur pour eux – ce que l'on appelle raison. Moi-même, personnage insignifiant, je ne suis pas sûr de ne point mordre la poussière dans le Ciel, de ne point faire le veau devant les bienheureux. »
« Il n'est pas d'habitude que l'on contracte plus aisément que celle de se prendre pour un grand homme, surtout quand on est entouré des personnes requises à cet effet. »
Les Confessions d'un fanatique (1824)
Private memoirs and confessions of a justified sinner
Sortie : 15 septembre 1998 (France). Roman
livre de James Hogg
Annotation :
« Après les actions de grâce qui s'imposaient, les invités se retirèrent, tout pleins d'une allégresse spirituelle. Mentionnons-le en passant, ces actions de grâce consistaient uniquement à dire au Seigneur ce qu'Il était, et à lui faire savoir avec une précision remarquable ce qu'étaient les fidèles qui s'adressaient à lui. En effet, il semble que le système de déclamation de Wringhim consistât à vouer à la destruction tous les hommes et toutes les femmes pour faire ensuite espérer à ses partisans qu'ils étaient les rares élus inclus dans les promesses divines, et qu'ils ne pouvaient jamais être rejetés. Cette doctrine pharisaïque est, paraît-il, agréable entre toutes, et particulièrement bien accueillie par les pires individus. »
Voyage d'un naturaliste autour du monde (1839)
Journal of Researches into the Geology and Natural History of the Various Countries by H.M.S. Beagle
Sortie : novembre 2006 (France). Récit, Voyage, Sciences
livre de Charles Darwin
Annotation :
« Aujourd'hui, grâce aux progrès de la civilisation, les guerres sont bien moins fréquentes (...). »
La Moelle de la vie
Aphorismes & pensées
livre de Henry David Thoreau
Annotation :
« Le paradis pourrait être défini comme l'endroit que les hommes évitent. »
Le Coffret de Santal (1873)
Sortie : 1879 (France). Poésie
livre de Charles Cros
Annotation :
« École buissonnière
[...]
Ma pensée est comme un chardon
Piquant sous les fleurs violettes,
Un peu rude au doux abandon
Ma pensée est comme un chardon ;
Tu viens le visiter, bourdon ?
Ma fleur plaît à beaucoup de bêtes.
Ma pensée est comme un chardon
Piquant sous les fleurs violettes.
[...]
Ma pensée est un perce-neige
Qui pousse et rit malgré le froid
Sans souci d'heure ni d'endroit
Ma pensée est un perce-neige.
Si son terrain est bien étroit
La feuille morte le protège,
Ma pensée est un perce-neige
Qui pousse et rit malgré le froid. »
Les minutes de sable mémorial (1894)
Sortie : novembre 2007 (France). Poésie
livre de Alfred Jarry
Annotation :
César-Antechrist
« L'ARMÉE : Les Russes ! L'ennemi !
UBU : Allons, Messieurs, prenons nos dispositions pour la bataille. Nous allons rester sur la colline et ne commettrons point la sottise de descendre en bas. Je me tiendrai au milieu comme une citadelle vivante et vous autres graviterez autour de moi. J'ai à vous recommander de mettre dans vos fusils autant de balles qu'ils en pourront tenir, car 8 balles peuvent tuer 8 Russes et c'est autant que je n'aurai pas sur le dos. Nous mettrons les fantassins à pied au bas de la colline pour recevoir les Russes et les tuer un peu, les cavaliers derrière pour se jeter dans la confusion et l'artillerie autour du moulin à vent ici présent pour tirer dans le tas. Quant à nous, nous nous tiendrons dans le moulin à vent et tirerons avec le pistolet à phynances par la fenêtre, en travers de la porte nous placerons le bâton à physique et si quelqu'un essaye d'entrer, gare au croc à merdre !!!
OFFICIERS: Vos ordres, Sire Ubu, seront exécutés.
UBU : Eh! Cela va bien, nous serons vainqueurs. - Quelle heure est-il ?
LE GÉNÉRAL LASCY : Onze heures du matin.
UBU : Alors nous allons dîner, car les Russes n'attaquerons pas avant midi. Dites aux soldats, Seigneur Général, de faire leurs besoins et d'entonner la Chanson à Finances.
'Lascy s'en va.'
SOLDATS et PALOTINS : Vive le Père Ubu, notre grand Financier ! Ting, ting, ting ; ting, ting, ting ; ting, ting, ting, tatting !
UBU : O les braves gens, je les adore. '(Un boulet russe arrive et casse l'aile du moulin)'
Ah ! j'ai peur, Sire Dieu, je suis mort ! et cependant non, je n'ai rien. »
Les bulles du parcier (1991)
Sortie : 15 septembre 1991. Essai
livre de Erik Satie
LeBouquiniste a mis 10/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
« (…) à Monsieur Gauthier-Villars [Willy] / Abbatiale, le 29 du mois de Juin de 1895
Je suis satisfait, monsieur, que Mes objurgations vous aient touché ; ce que vous manifestez amplement par les marques continuelles de votre surexcitation. Il est peut-être regrettable que vous ne vous soyez pas amendé, ce qui est tant pis pour vous. Toute lutte où Je suis engagé doit rester courtoise et honnête : faites votre profit de ceci. Très prochainement Je répondrai, dans ce mode, à vos dernières facéties.
Croyez-moi, monsieur,
votre supérieur en tout
Erik Satie »
https://www.senscritique.com/livre/feu_willy/125965429
Paludes (1895)
Sortie : 1895 (France). Récit
livre de André Gide
LeBouquiniste a mis 10/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
« Qu'avez-vous fait aujourd'hui ? » (…).
Je ne me souvenais d'aucun acte et je répondis : « Rien », inconsidérément, puis aussitôt, craignant des digressions psychologiques, je songeai à la visite et m'écriai : « Mon grand ami Hubert est venu me voir à six heures. »
« Moi, cela m'est égal, parce que j'écris Paludes, - mais ce qui m'est insupportable c'est qu'[Angèle] ne comprenne pas cet état... C'est même ce qui m'a donné l'idée d'écrire Paludes. »
Morts violentes (1891)
Tales of Soldiers and Civilians
Sortie : janvier 1987 (France). Recueil de nouvelles
livre de Ambrose Bierce
Annotation :
« (...) si jamais il m'arrive malheur pour avoir oublié vos conseils, j'espère que je serai réconforté à mon dernier moment, en entendant votre voix aimée murmurer à mon oreille ces précieuses paroles : « Je vous l'avais bien dit. » »
Cinq-Mars (1826)
Cinq-Mars ou Une conjuration sous Louis XIII
Sortie : 1826 (France). Roman
livre de Alfred de Vigny
Annotation :
« On ne peut nier d'ailleurs que la coutume de trancher la tête, une fois admise, ne simplifie singulièrement l'administration. »
Le Mot d'esprit et sa relation à l'inconscient (1905)
Der Witz und seine Beziehung zum Unbewussten
Sortie : septembre 1992 (France). Essai, Humour
livre de Sigmund Freud
Annotation :
« L'homme est « un chercheur infatigable de plaisir » - je ne sais plus quel auteur a lancé cette heureuse formule - et chaque renoncement à un plaisir auquel il a une fois goûté lui est fort pénible. »
Montaigne : « Si quelqu’un me dit, que c’est avilir les muses de s’en servir seulement de jouet, et de passe-temps, il ne sait pas comme moi, combien vaut le plaisir, le jeu et le passe-temps. À peine que je ne die toute autre fin être ridicule. » (Essais III - Chap. III De trois commerces, p. 71.)
Robert Louis Stevenson : « Rien ne devrait être la véritable occupation d’un homme comme son amusement. » (En canoë sur les rivières du Nord, 1878.)
A.O.Barnabooth son journal intime (1982)
Sortie : 15 juin 1982. Roman, Journal & carnet
livre de Valery Larbaud
Annotation :
« J'aime cette humble vanité des gens qui sont fiers de leurs relations, de leur argent, de leurs titres nobiliaires, de leur savoir, de leurs talents. Je trouve cela touchant, moi qui souffre d'avoir atteint le centre d'indifférence, de voir que des gens peuvent se laisser prendre aux apparences de la vie. Il y a donc des hommes assez naïfs pour, étant nobles, mépriser ceux qui ne le sont pas ? étant savants, se croire supérieurs aux ignorants ? étant riches, s'estimer au-dessus des pauvres ? Que n'ai-je la fraîcheur d'âme de ces enfants ! Oh ! être l'épicier qui déteste de tout son cœur l'épicier d'en face, ou bien le riche négociant retiré qui meurt d'envie d'être reçu chez son voisin le châtelain, ou bien l'homme de lettres qui se croit important parce qu'on parle de ses livres ! - Mais n'est-elle pas touchante aussi la grande vanité de l'orgueil que j'éprouve à me sentir supérieur à toutes ces vanités ? »
Soixante-dix-neuf lettres de guerre
Sortie : octobre 1997 (France).
livre de Jacques Vaché
Annotation :
« Cher ami,
- J'aurai voulu répondre à votre lointaine missive par une visite ; mais, naturellement, vous en profitiez pour partir - Je suis presque toujours en prison pour le moment, c'est, pour l'Été, plus frais - j'ai pourtant bien des assassinats amusants à vous conter - Mais voilà...
- Je rêve de bonnes Excentricités bien senties, ou de quelque bonne fourberie drôle qui fasse beaucoup de morts, le tout en costume moulé très clair, sport, voyez-moi les beaux souliers découverts grenats ?
- Mais je dois me laisser faire - Je suis en consigne ici - dans l'attente de quelles nouvelles aventures ? - Pourvu qu'ils ne me tuent pas pendant qu'ils me tiennent ?... Pauvres gens...
- J'espère que ce document vous parviendra lors que vous serez encore vivant, et sans doute fort occupé à couper des membres avec une scie, selon la tradition, et armé d'un tablier blafard où se marque une main huilée de sang frais.
- Je me porte, me semble-t-il bien, malgré que j'y entende peu de chose - mais ne crache - merci - ni ne tousse ! » (Á Théodore Fraenkel, lundi 12 août 1918)
Nouvelles et récits – Œuvres complètes I
Sortie : 2018 (France). Recueil de nouvelles
livre de Franz Kafka
Annotation :
« Je sais nager comme les autres, c’est seulement que j’ai une meilleure mémoire que les autres, je n’ai pas oublié les temps où je ne savais pas nager. Mais comme je ne les ai pas oubliés, il ne me sert à rien de savoir nager et en fin de compte je ne sais pas nager. »
Cet extrait n'est pas issu de mes lectures personnelles mais du recueil de citations de Ultima (blog) :
https://editionsultima.blogspot.com/2023/07/je-sais-nager-comme-les-autres.html
Poésies, tome II (1966)
Chansons - Poèmes du Cante Jondo - Romancero gitan
Sortie : 4 mars 1966. Poésie
livre de Federico García Lorca
Annotation :
Chanson du gitan rossé (5 juillet 1925)
Vingt-quatre gifles,
Vingt-quatre gifles ;
et puis ma mère, ce soir,
me mettra dans du papier d'argent.
Garde civile des chemins,
donnez-moi une gorgée d'eau.
De l'eau avec des poissons et des bateaux.
De l'eau, de l'eau, de l'eau, de l'eau.
Ah ! commandant des gardes civils,
qui es là-haut dans ta chambre !
N'as-tu aucun mouchoir de soie
pour m'essuyer la figure !
Science et religion (1935)
Religion and Science
Sortie : janvier 1990 (France). Essai, Philosophie
livre de Bertrand Russell
Annotation :
« Les pestes et les épidémies, courantes et effroyables au Moyen Age, étaient attribuées tantôt aux démons, tantôt à la colère divine. Un moyen de détourner la colère de Dieu, très recommandée par le clergé, était de donner des terres à l'Église. En 1680, alors que la peste faisait rage à Rome, il fut établi que cela provenait de la colère de Saint-Sébastien, dont le culte avait été négligé. On lui érigea un monument, et la peste cessa. En 1522, en pleine Renaissance, les Romains firent d'abord un faux diagnostic de la peste qui ravageait leur cité. Ils crurent qu'elle était due à la colère des démons, c'est-à-dire des anciens dieux, et sacrifièrent en conséquence un bœuf à Jupiter dans le Colisée. Comme cela ne donnait aucun résultat, ils instituèrent des processions pour implorer la Vierge et les Saints, ce qui, comme ils auraient dû s'en douter, se montra bien plus efficace.
La peste noire de 1348 produisit des accès de superstition de diverses sortes en divers endroits. L'une des méthodes favorites pour apaiser la colère de Dieu était de massacrer les Juifs. »
Essais, articles, lettres (1940 - 1943)
volume II
Sortie : 31 mai 1996 (France). Essai
livre de George Orwell
Annotation :
« Les codes juridiques et moraux, ainsi que les systèmes religieux ne laissent guère de place à une vision humoristique de la vie. »
(L'art de Donald McGill)
Journal littéraire (choix de pages)
Sortie : 6 juin 2013 (France). Journal & carnet
livre de Paul Léautaud
Annotation :
« Le « Quai » [une bouquiniste dont il a récemment fait la connaissance], tantôt. Il avait été convenu mardi que je viendrais aujourd'hui chercher du beurre et une tranche de gigot. Je ne suis allé à Paris que pour cela. Or, colis pas arrivé, et pour le beurre, dont je n'avais plus une miette, gros comme une noix.
Toujours sa façon, dont je ne peux m'empêcher de rire (elle me demande pourquoi je ris, mais je ne réponds pas), de m'appeler : Paul : « Bonjour, Paul. Dites donc, Paul. Au revoir, Paul. » Elle y met tant d'insistance que je me demande si ce n'est pas pour que je l'appelle aussi par son prénonm : « Bonjour, Berthe. - Au revoir, Berthe, etc. »
J'apprends d'elle que la mesure concernant les antiquaires, marchands de tableaux, gravures, a été rapportée. En effet, tout le quartier a repris sa physionomie habituelle, les vitrines bien garnies, les intérieurs des magasins redevenus visibles. Le Prouté de la rue de Seine a de nouveau ses montres [vitrines, présentoirs] occupées selon le genre qui lui est propre : exposition d'un artiste ou d'un autre.
Elle a beaucoup de relations dans ce genre de commerce. Comme je lui raconte l'histoire de la lithographie mise seule en montre par le [sic] Prouté de la rue de Seine : Le Massacre des innocents et la malice qu'on pouvait y voir à l'égard des « occupants », elle me cite certains traits du même genre de confrères de Prouté. L'un a mis en montre un tableau représentant une vache. Un autre, un tableau représentant un coq (le coq gaulois) grandeur nature, poussant son cri : Cocorico. Un autre, un bidet. Un autre, un âne, peint et posé de telle façon qu'il a l'air de regarder le curieux qui le regarde. Le grand Frédéric disait juste quand il disait : « Les Français sont étonnants. Ils peuvent subir la pire défaite, ils rient toujours. » Il y a des rires silencieux. »
Mes inscriptions 1943-1944 (1945)
Sortie : novembre 2007 (France). Poésie, Essai
livre de Louis Scutenaire
LeBouquiniste a mis 10/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
« Quand on m’annonça que Divine, la fille de Saint-Pol-Roux, que j’admire et que j’aime, avait été violée et que le poète en était mort, je n’ai pas eu d’autre ressource que de rire. »
« Je pense que si l’on doit à son visage, l’on doit aussi à son nom.
Écoutez plutôt : Éluord, Rimbaid, Alfred de Vignu, Bautelaire, Beton, Mallardé… »
« Mon frère nous raconte une journée du Pape. Je veux tenter, par l’adoption d’un graphisme phonétique, de rendre le ton du narrateur :
« Il a d’la chance, le Saint Pierre le Pâpe, j’voudrais bien ête à sa place. Il est gros, allez ! Au matin, son valet d’champe arrîfe tout douçment, i regarde par la fnête el temps qui fait et alors i réveye le Pâpe et i lui dit :
- Saint Pierre, aujourd’hui i pleut (ou i gèle ou i fait beau).
Le Pâpe, il oûfe son œil, i bâille, i se retourne, i bâille encor et i dit :
- Bon, j’vais encor fair un p’tit somme pasque ça n’sert à rien que j’aille me faire tremper (ou attraper un coup de soleil ou glacer mes roustons).
- Oui mais, et les affaires de la Chrétienté, Saint Pierre ?
- Bah ! tu t’en occuperas toi-même, hein Joseph, comm’ d’habitûde. Moi j’em vas dormir encor une petite pissée.
- Et bouffer donc, Vot’ Saint’té ?
- J’bouffrai et j’buvrai tout à la fois à midi, Joseph, allez-vous-en, j’suis las.
Et Joseph s’en va et à midi le Pâpe mange une chaudronnée de nouilles avec de la viande hachée pasque ça i n’lui faut pas l’mâcher. Et i s’rendort jusqu’au lendemain matin. Après qu’il a bue du Barolo plein son vente.
J’voudrais bien ête à sa place, j’dourmirais encore plus fort. N’empêche que c’est pas bon pour la Chrétienté, un Souverain Pontif’ qui dourt tout l’temps. Mais tous les gens riches font ça, les capitalisses, les empéreurs. J’voudrais bien ête riche, moi aussi. »
Et voilà la journée du Pape. J’ai demandé à mon frère pourquoi il raconte cette histoire. Il m’a répondu : « C’est de la poésie. »
Peut-être bien. »
Ville, j'écoute ton coeur (1944)
Ascolto il tuo cuore, città
Sortie : 1982 (France). Essai
livre de Alberto Savinio
Annotation :
« Les rapports entre hommes et grands hommes se ramènent à des rapports entre collégiens et préfets de discipline. Les grands hommes perdent toute consistance humaine, s'affranchissent de toute affinité avec le monde des vivants, avec le sang, avec les mauvaises odeurs, avec les chagrins, ils ont leurs réduits dans le panthéon de la suprême révérence (...).
Veut-on arriver aux extrêmes conséquences de cette rigueur « catholique » dans les choses littéraires, au manque déploré du genre narratif qui puise aux sources profondes et secrètes de la vie, à la persistance de certaine langue ampoulée (son apparence fût-elle débraillée) qui présuppose une représentation euphémique et ornementale de l'existence humaine et de ses drames, à cette façon de cacher l'âme jusqu'à faire croire que l'âme n'existe pas (…), à une certaine froideur, à une certaine rugosité de la peau, à une certaine impuissance devant les voiles à soulever, les points à toucher, les secrets à dévoiler ?
Cette cuirasse de gel, cette interdiction d’aimer, je cherche quant à moi de les vaincre avec les moyens qui me semblent les mieux appropriés : l’ironie et le pessimisme.
Jeu des plus dangereux. Car beaucoup ne savent pas qu'ironie n'est pas moquerie, mais « recherche » [dans le sens étymologique aussi] et manière subtile de s'insinuer dans le secret des choses ; car la plupart ignorent que pessimisme n'est pas négation de la vie, mais contact avec les côtés les plus humains, les plus délicats, les plus faibles, les plus laids, les plus souffrants de la vie, et par là les plus aptes à stimuler, à justifier notre amour. »
Écrits
Sortie : 2002 (France). Récit, Correspondance, Culture & société
livre de Claude Cahun
LeBouquiniste a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
« Les traces de l'activité des hommes sont tantôt d'une bêtise attendrissante, tantôt d'une diablerie effarante – selon qu'on est en humeur de pleurer de rage ou de tendresse. Mais il ne faut pas pleurer : il faut rire ! »
Je suis la volonté absolue (1937)
Sortie : 27 septembre 2012 (France). Autobiographie & mémoires
livre de Ladislav Klíma
LeBouquiniste a mis 8/10.
Annotation :
« Une fois j'ai volé à un chat une souris à moitié croquée et je l'ai bouffée telle quelle avec le poil et les os – comme un petit pain. » (Autobiographie)
Les Affaires de Monsieur Jules César
Sortie : 1957 (France). Roman
livre de Bertolt Brecht
LeBouquiniste a mis 8/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
« Cela n’apparaît pas nécessairement chez les historiens. Pour toutes sortes de raisons, d’abord pour qu’il pût célébrer un triomphe, C. était obligé de présenter les choses sous l’aspect d’une guerre. On a parlé d’opérations militaires contre des tribus montagnardes qui effectuaient des raids dans les vallées ; de populations qui désertaient leur cités pour se réfugier dans la montagne et qu’il fallait ramener chez elles. On retrouve là le style habituel des rapports de gouverneurs. Les entreprises de C. étaient d’un tout autre intérêt.
(…) Le niveau de civilisation des tribus montagnardes était très bas. Il n’y avait presque pas d’esclaves. Or, sans aide étrangère, en raison d’une part du caractère primitif de l’outillage, d’autre part du manque de main-d’œuvre qualifiée, l’exploitation de ces importants gisements de minerai était impossible. Toutefois l’armée (…) ne se mit en marche que lorsque l’on apprit (…) qu’on était allé jusqu’à pratiquer des sacrifices humains dans la région. »
Internationale situationniste
Sortie : 7 mai 1997 (France). Essai, Culture & société
livre de Internationale situationniste
LeBouquiniste a mis 8/10.
Annotation :
« Entre l’amour et le vide-ordure automatique la jeunesse de tous les pays a fait son choix et préfère le vide-ordure. » (Formulaire pour un urbanisme nouveau)

































