Cover SPIELBERG Steven - Critiques & Annotations

SPIELBERG Steven - Critiques & Annotations

Liste de

17 films

créée il y a presque 6 ans · modifiée il y a 9 mois
Duel
7.4

Duel (1971)

1 h 30 min. Sortie : 21 mars 1973 (France). Action, Thriller, Road movie

Téléfilm de Steven Spielberg

SimBoth a mis 8/10.

Annotation :

Dans "Duel", on décèle déjà tout le talent de Spielberg pour mettre en place un suspense haletant, ici celui d’une course-poursuite entre un monsieur Tout-le-monde et un camion qui traque cet homme ordinaire sans raison et de façon très insistante. C’est dans le désert californien que se déroule ce thriller minimaliste à la tension constante, et le cinéaste exploite à merveille les décors caniculaires pour en faire la peinture déshumanisée et refoulée d’une Amérique profonde. Le camion naît de ce sillage, car il est un Mal abstrait et sans visage qui surgit de nulle part et fonce sur sa proie, à la façon de la menace mécanique et imprévisible de "La Mort aux trousses". Chaque scène d’agression est filmée comme un viol et un meurtre, le camion devient un pur monstre d’acier semblable, avant l’heure, au requin de "Jaws". Plus que cela, il est une entité renvoyant et confrontant à la victime le vide existentiel et métaphysique de sa vie d’Américain moyen. La science méticuleuse et instinctive de la réalisation donne des airs de film d’horreur-fantastique qui ferait survenir un double discours. L’homme est autant poursuivi par cette machine belliqueuse que par son ombre, créant ainsi une paranoïa névrotique issue de sa propre construction mentale.

Les Dents de la mer
7.2

Les Dents de la mer (1975)

Jaws

2 h 04 min. Sortie : 28 janvier 1976 (France). Épouvante-Horreur, Thriller, Drame

Film de Steven Spielberg

SimBoth a mis 9/10.

Annotation :

Premier blockbuster de notre ère, "Les Dents de la mer" est un pur chef-d’œuvre de suspense aquatique et estival. En utilisant des astuces hitchcockiennes, Spielberg joue sur des phobies intemporelles avec un affrontement titanesque entre un homme de classe moyenne et un requin monstrueux. Suggéré et en hors-champ, le requin fait naître une menace palpable qui plane sur toute la première partie. C'est une pure leçon de mise en scène qui exerce une angoisse invisible. La seconde partie assume un affrontement destructeur où s’articule un combat horrifique, isolé sur un bateau au milieu de l’océan. Spielberg pousse ses personnages dans leurs retranchements avec une parfaite malléabilité faite de tension, d’attente et de fureur. Derrière cette innovation du genre se cache un puissant sous-texte sur le refoulement de notre inconscient et, au passage, une critique d’une société préférant le profit à la sécurité collective. L’animal devient l’hantise parfaite de nos plus profondes peurs et un traumatisme qu’il faut savoir surmonter. Brody incarne cette universalité, prêt au sacrifice pour le bien commun et la remise de l'ordre dans ce duel entre la terre et la mer, le conscient et l’inconscient, ou encore le courage et la peur.

Les Aventuriers de l'arche perdue
7.7

Les Aventuriers de l'arche perdue (1981)

Raiders of the Lost Ark

1 h 55 min. Sortie : 16 septembre 1981 (France). Aventure, Action

Film de Steven Spielberg

SimBoth a mis 10/10.

Annotation :

Nombreux sont les termes pour définir le premier volet d'une saga devenue culte et populaire : l'aventure, le voyage, l'exploration, l'action ou encore l'exotisme. L'artisanat spielbergien, avec son mélange entre le classicisme des superproductions hollywoodiennes et le cinéma moderne, capture avec jouissance les fondements d'Indy, archéologue aventurier issu de l'esprit rêveur de George Lucas. La grâce qui émane de la direction artistique et de ce rythme effréné explore différentes contrées à la mythologie bien bâtie : d'un temple maya d'Amérique du Sud aux montagnes enneigées du Népal, et la découverte merveilleuse des pyramides et tombeaux égyptiens comble le spectateur dans une exaltation constante digne des meilleurs albums de "Tintin". Spielberg s'amuse avec les genres cinématographiques et les mythes bibliques, donnant cette sensation d'odyssée spirituelle. On s'émerveille à chaque découverte, du charisme et de la maladresse d'Indy, de sa relation avec Marion, de l'humour pittoresque, des courses-poursuites et cascades intenses, et même de l'horreur macabre de certaines scènes. Un chef-d'œuvre du divertissement sculpté par une mise en scène parfaite et une musique inoubliable.

E.T. l'extra-terrestre
7.2

E.T. l'extra-terrestre (1982)

E.T. the Extra-Terrestrial

1 h 55 min. Sortie : 1 décembre 1982 (France). Fantastique, Aventure, Science-fiction

Film de Steven Spielberg

SimBoth a mis 9/10.

Annotation :

Ce chef-d’œuvre, à la fois très intime et ultra populaire, tient par la beauté simple qui se tisse entre ce petit garçon, un alter ego de l’enfant seul qu’était l’auteur, et cet extraterrestre, inélégant et maladroit, mais profondément touchant. Le film parle du désir d’un foyer : reconstituer une famille en dissolution pour Elliot, et retrouver sa maison pour E.T. Le duo transfigure aussi des thèmes plus qu’universels : le désir et le manque d’affection, la puissance du lien amical, le rapport à l’Autre, et surtout l’absence de la figure paternelle (le visage des hommes est tout le temps en hors champ). Les thèmes sont traversés par une féerie qui illumine l’ordinarité de la banlieue et réenchante son quotidien, et aussi par une pureté n’ayant pas peur de s’aventurer dans une noirceur mortifère (la symbiose des deux personnages les fait frôler la mort). L’œuvre est comme filmée avec les yeux d’un enfant et s’adonne à une vision très juste de ce qu’est l’enfance. Même avec son côté cartoonesque, E.T. est présenté sous une forme religieuse et christique : il est comme un père de substitution, un miracle servant à faire grandir les enfants esseulés par l’absence de leur père et à faire accepter leur départ pour, peut-être, renouer le contact en leur téléphonant.

Indiana Jones et le Temple maudit
7.1

Indiana Jones et le Temple maudit (1984)

Indiana Jones and the Temple of Doom

1 h 58 min. Sortie : 12 septembre 1984 (France). Aventure, Action

Film de Steven Spielberg

SimBoth a mis 9/10.

Annotation :

Rejeté par le cinéaste lui-même, Le Temple Maudit est beaucoup plus sombre et violent que son prédécesseur. Pourtant, il ne manque pas de références aux thématiques du metteur en scène, comme le prouve la relation père-fils entre Indy et Demi-Lune, mais il y a une rupture franche avec l’ambiance du premier. Cela on le doit à une période où Spielberg était encore attristé par la mort d'un jeune garçon sur le tournage de "La Quatrième Dimension", mais aussi à Lucas qui était en plein divorce. L'ouverture nous invite dans une séquence digne d'une comédie musicale à la sauce James Bond en plein Shanghai, pour ensuite s'aventurer en Inde, filmée d'abord de façon exotique puis cocasse dans un dîner peu ragoûtant et une chamaillerie digne d'une screwball comedy. C'est ensuite que le film s'engouffre dans une vision cauchemardesque et rougeâtre, en pleine découverte d'une atmosphère apocalyptique, renfermée et anxiogène, où des rites et des sacrifices terribles ont lieu dans un souterrain secret à la "Tombeau Hindou". On trouve dans les scènes des cœurs arrachés, des enfants esclaves, de la torture ou encore le passage entre le Bien et le Mal d'Indy. Tout cela fait un ensemble qui plonge le spectateur dans un désespoir surprenant, mais l'espoir renaît par la suite dans un final digne d'un roller-coaster casse-cou. Ainsi, Spielberg démontre qu'il peut agencer son style dans une morale obscure tout en gardant le plaisir stimulant et mouvementé d'une aventure épique.

Indiana Jones et la Dernière Croisade
7.7

Indiana Jones et la Dernière Croisade (1989)

Indiana Jones and the Last Crusade

2 h 07 min. Sortie : 18 octobre 1989 (France). Aventure, Action

Film de Steven Spielberg

SimBoth a mis 9/10.

Annotation :

Retrouvant la légèreté du premier volet, c'est aussi une quête christique dans laquelle se loge Indy, celle de la recherche du Graal, le plus grand des mythes arthuriens. Une ouverture au parfum fordien dynamise ce début de voyage, en revenant sur les origines de l'aventurier joué par le regretté River Phoenix. Ce goût doré pour l'exotisme ensoleillé structure le reste du récit : de Venise à l'Empire ottoman jusqu'à Pétra, Spielberg rajoute un point essentiel : la venue du père d'Indiana, avec un grand Sean Connery dans un château ténébreux écossais. Relation houleuse remplie de sincérité, le metteur en scène filme avec exaltation cette affiliation et leur aventure rythmée. Elle est construite notamment à partir d'une poursuite terrestre et aérienne contre les nazis, totalement jouissive, qui tend vers le plaisir et la beauté émotionnelle d'un lien compliqué entre son père et son fils. Le Graal ne devient plus seulement un artéfact des plus rares, mais l'allégorie parfaite pour réunir deux êtres qui se sont tant opposés, dans un final mystique, émouvant et virtuose.

Jurassic Park
7.6

Jurassic Park (1993)

2 h 07 min. Sortie : 20 octobre 1993 (France). Aventure, Science-fiction

Film de Steven Spielberg

SimBoth a mis 9/10.

Annotation :

Entre le trajet spectaculaire digne d’un parc d’attractions, les projecteurs omniprésents dans le parc rappelant ceux du cinéma, la visite guidée qui se suit derrière un écran, le pouvoir du business et des produits dérivés, ou encore l’envie de rendre le plus réalistes possible des dinosaures, tout comme le créateur de cette entreprise qui les ressuscite, Spielberg met en parallèle sa propre carrière et l'envers du décor du cinéma de divertissement. Un début de rêve qui se transforme en cauchemar, de la découverte merveilleuse des dinosaures à l’attaque pleine de tension du pire des prédateurs du passé, "Jurassic Park" galvanise par son pouvoir rythmique plein de suspense et d’agilité. À l’image de "Jaws", Spielberg interroge la survie au milieu d’un lieu hostile où l’Homme s’est établi pour construire une industrie touristique. Mais la force supplémentaire du film, c’est d’exposer les dangers de la science, celle de s’opposer à l’évolution naturelle du monde, et, comme toujours, le cinéaste invoque un humanisme profond dans ses personnages. Une évolution humaine qui permet à Grant d’aimer les enfants comme un père, alors qu’il se plongeait dans l’égoïsme de sa passion et de ses rêves.

La Liste de Schindler
8.1

La Liste de Schindler (1993)

Schindler's List

3 h 15 min. Sortie : 2 mars 1994 (France). Biopic, Drame, Historique

Film de Steven Spielberg

SimBoth a mis 9/10.

Annotation :

Spielberg a su traiter de la Shoah en emportant le spectateur dans un requiem sans complaisance afin de filmer avec retenue la tragédie inoubliable de cet événement. En prenant le point de vue d’un industriel allemand opportuniste, appartenant au parti nazi sans être partisan, et se sentant indifférent face à la guerre, car seul le profit l’intéresse, le cinéaste suit le mouvement d’un personnage trouble. Mais, obligé d’ouvrir les yeux face à la réalité de l’horreur, l'auteur nous fait suivre le même chemin intellectuel que celui de son sujet. L’œuvre met en hors-champ l'irreprésentable, tout en étant d’une violence latente et parfois frontale, en filmant sèchement le sadisme cruel des nazis. C’est un immense objet de compassion et de dignité, qui navigue entre les trajectoires individuelles et le destin collectif, entre l’intime et la masse, et présentant autant l’humain que l’inhumain. Le noir et blanc brumeux, contrasté et cru de l’œuvre met en exergue l’envie d’inscrire de façon mémorielle et de rendre hommage à ce récit, comme si on écrivait un nom sur du papier. À l'instar de Schindler laissant une trace en constituant sa propre famille et son propre arche de Noé, et dont la survie est imprimée comme un miracle lumineux parmi le chaos des ténèbres.

Le Monde Perdu - Jurassic Park
6.3

Le Monde Perdu - Jurassic Park (1997)

The Lost World: Jurassic Park

2 h 09 min. Sortie : 22 octobre 1997 (France). Aventure, Science-fiction

Film de Steven Spielberg

SimBoth a mis 8/10.

Annotation :

Plus décontracté et moins profond que le premier opus, "Le Monde Perdu" reste une très bonne suite dont Malcolm est le personnage au centre de l’intrigue. Lui et son équipe (ainsi que sa fille, dont il ne s’est vraiment jamais occupé, obligeant les deux à renouer des liens personnels – Spielberg obligé) font face à l’hostilité d’un monde qui n’est pas maîtrisé par la main de l’Homme. Spielberg donne un penchant plus sauvage, plus sombre, mais aussi plus écolo, car l’opposition entre les scientifiques-militants et l’organisation capitaliste de braconniers fait coexister cette dualité. Les effets spéciaux sont encore plus poussés et accompagnent à merveille l’immense tension palpable et pointilleuse de certaines scènes : le jeu d’ombres menaçantes des T-Rex ou encore cette parfaite gymnastique et chorégraphie de la mise en scène. Alors que le premier se concentrait plus sur l’émerveillement et le virement au cauchemar du parc, ici on se canalise plus sur l’intimité entre l’humain et la bête. Mais le film démontre encore une fois cette cohabitation impossible, qui chemine dans une traque bestiale puis se termine dans la ville, ultime fantasme « king-kongien » de voir exister cette créature iconique venue d’un autre temps.

A.I. Intelligence Artificielle
6.5

A.I. Intelligence Artificielle (2001)

A.I. Artificial Intelligence

2 h 26 min. Sortie : 24 octobre 2001 (France). Science-fiction, Fantastique

Film de Steven Spielberg

SimBoth a mis 9/10.

Annotation :

Bâti comme un conte dans un monde futuriste ravagé par le réchauffement de la planète, David, un enfant-Mécha abandonné, réalise une quête digne d’une odyssée pour devenir réel et être aimé par sa mère. Les jeux de miroirs, de reflets, de masques et d’apparences exposent constamment cette analogie du rapprochement dérangeant entre l’humain et le robot, ambiguïté qui plane sur le film. Si "A.I." est si beau, c’est grâce aussi à cette image vaporeuse et crépusculaire, comme si nous étions dans un rêve éveillé rythmé par les voix chuchotées des êtres. D’une grande mélancolie, cette fresque bleutée et sombre poursuit et caresse cet enfant-robot qui prend conscience de lui-même et revient à ses origines, créant un parallèle fort avec notre humanité. Sa quête en apparence naïve, accompagné de Teddy, un ours en peluche-robot, et de Joe, un robot-gigolo, procure toute cette densité exposant les émotions pulsionnelles de l’être humain et la discrimination que vivent les Méchas. Pour finir dans ce final époustouflant, sous les yeux fascinés d'extraterrestres revenant sur la plus grande des intimités, celle d’une mère et de son fils unis dans le cocon familial, une dernière fois avant de voyager vers les rêves infinis.

Arrête-moi si tu peux
7.5

Arrête-moi si tu peux (2002)

Catch Me if You Can

2 h 21 min. Sortie : 12 février 2003 (France). Biopic, Comédie, Policier

Film de Steven Spielberg

SimBoth a mis 9/10.

Annotation :

Dès son générique thématique old-school à la Saul Bass, le cinéaste emporte le spectateur dans une ambiance lounge et dépaysante. Les sixties sous sa caméra sont pleins de charme et d’enthousiasme, à l’image de sa mise en scène fluide et virevoltante qui suit un jeu de chat et souris jubilatoire entre un jeune escroc faussaire, traumatisé par le divorce de ses parents, et un agent du F.B.I, obsédé par sa quête de l’attraper. L’œuvre est tendrement mélancolique sur l’absence du père, marquant considérablement Frank, ce dernier essaie coute que coute de rabibocher ses parents à travers un monde illusoire pour lui et retarde sans cesse son entrée dans le monde des adultes. Ce manque à combler se fait par la belle relation de substitution entre les deux personnages à la fois rivaux et admiratifs car ils apprennent à se connaître via leur solitude et leur fêlure. C’est un film qui nous emporte par son élégance vintage bleutée, sa vitesse d’exécution pleine d’aisance à l’instar du jeune homme, sa façon réjouissante de mettre en images les arnaques et les tours de passe-passe mais surtout par la sensibilité pleine de sympathie s’émanant du duo DiCaprio-Hanks.

La Guerre des mondes
6.1

La Guerre des mondes (2005)

War of the Worlds

1 h 56 min. Sortie : 6 juillet 2005 (France). Science-fiction, Thriller, Catastrophe

Film de Steven Spielberg

SimBoth a mis 10/10.

Annotation :

Sûrement l’un des films les plus dépressifs de Spielberg, qui, en adaptant le roman de Wells à l’époque contemporaine, expose toutes les angoisses post-11 septembre : peur de l’inconnu, du terrorisme et d’une extermination. Le film nous plonge au cœur d'un chaos total et démesuré, dynamisé par une mise en scène pure, alarmante et irrespirable. La Guerre des Mondes se veut sombre et crue, à l’image de cette photographie blanchâtre et désaturée. C'est surtout un film de catastrophe intimiste où un père tente de garder la face contre l'œil de l'invasion extraterrestre. La force de l’œuvre est de filmer à hauteur d’homme la fuite urgente des personnages, donnant une impression d’écrasement face aux créatures qui débordent du cadre. Il se veut immersif pour mieux pénétrer dans la panique d’une foule terrifiée et pensant à sa propre survie. Ainsi, le récit se déroule avec une tension palpable et sans accroc vers l’Apocalypse rouge sang et ses infinités de lumières explosives. Les images sont dures et cauchemardesques, mais l’imagerie d’une Exode donne l'espoir de toute la puissance humaine d’une relation en union entre un père et ses enfants, mais surtout sur l’Histoire de notre civilisation.

Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal
4.8

Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal (2008)

Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull

2 h 02 min. Sortie : 21 mai 2008. Action, Aventure, Science-fiction

Film de Steven Spielberg

SimBoth a mis 5/10.

Annotation :

L'ouverture du film est très agréable, entre cette ambiance guerre froide, le mystère de la zone 51 et la bombe nucléaire qui offre une scène loufoque et impressionnante. Mais le film contient plusieurs problèmes, comme par exemple le fait qu'Harrison Ford cabotine, essayant de rester dans une forme de jeunesse impossible à atteindre. Le patriotisme du film n'est pas vraiment crédible non plus, sachant qu'Indy s'est toujours foutu de la politique, et ce n'est sûrement pas Mutt, pseudo-malfrat à la Marlon Brando, qui sauve la partie, ou le retour de Marion, juste là pour créer une affiliation familiale de substitution maladroite au personnage. Alors qu'Indiana Jones émerveille d'habitude par son authenticité, le surplus d'effets spéciaux gâche des visuels au fort potentiel et se complaît dans une esthétique offrant des scènes pas toujours fines ni très jolies. De la course-poursuite dans la jungle, aux appuis forcés sur les chutes dans les immenses cascades, et le trop-plein mal équilibré de la découverte des extraterrestres, tout paraît pachydermique. Un film que je trouve hasardeux donc, faussement nostalgique et à l'humour graveleux, qui ne sait pas sur quel pied danser.

Les Aventures de Tintin - Le Secret de la Licorne
6.4

Les Aventures de Tintin - Le Secret de la Licorne (2011)

The Adventures of Tintin: The Secret of the Unicorn

1 h 47 min. Sortie : 26 octobre 2011 (France). Aventure, Animation

Long-métrage d'animation de Steven Spielberg

SimBoth a mis 9/10.

Annotation :

Spielberg s’accapare la performance capture et met en scène un vieux rêve en adaptant les aventures de Tintin. Il transcende la ligne claire, les couleurs et les motifs de l’œuvre d’Hergé en réalisant une œuvre d’une énergie enivrante qui reprend les cases en y ajoutant un dynamisme démentiel. Le film mélange prodigieusement trois albums dans un récit virevoltant et sans temps mort, auquel le mouvement permanent des BD est tenu avec une rigueur et une science aiguë du découpage. La technologie de l’œuvre permet des plans impossibles qui évacuent toute gravité, notamment par une sorte de liquidité des images (les impressionnants morphings) et un approfondissement profond des reliefs, tout en gardant la dimension artisanale du cinéma classique. C’est une œuvre chatoyante dont la plasticité des volumes et des textures tranche avec la simple idée d’illustrer les perspectives des cases d’Hergé. Elle est pensée comme une fuite en avant hyper chorégraphique, et Spielberg étudie toutes les possibilités de la course-poursuite dans un bac à sable géant dont il explore les recoins de chaque espace. Fluide et virtuose, ce "Tintin" est un trésor d'ingéniosité et un parfait cocktail d'humour et d'aventure.

Ready Player One
6.7

Ready Player One (2018)

2 h 20 min. Sortie : 28 mars 2018. Action, Aventure, Science-fiction

Film de Steven Spielberg

SimBoth a mis 8/10.

Annotation :

En tant que chef de file de la pop-culture des années 1980, Spielberg se devait de la requestionner, mais son film se projette encore plus loin, en interrogeant notre époque et principalement ce qui la constitue : la virtualité. Entre un monde futuriste urbain proche d’un immense bidonville et de l’OASIS, un espace géant jeu-vidéoludique où les frontières sont infinies, il n’y a qu’un mouvement, celui de mettre son casque VR. Le héros et sa seconde peau traversent un feuilletage de références pop bien connues de tous, dans un espace qui se compose et se recompose sans cesse, à la quête d’un easter egg laissé par le créateur du jeu avant sa mort, un homme-enfant en pur alter ego de l’auteur. Celui qui trouve cet objet hérite de l’OASIS entier, convoité par les magnats capitalistes d’un monde en vrac. Ce schéma manichéen n’est pas gênant car il est exploité dans une course effrénée qui combine parfaitement le réel et le virtuel ; les deux s’enrichissent mutuellement et pénètrent dans un univers malléable qui ne tombe pas dans le régressif ou la nostalgie. Car c’est bien le souhait de Spielberg : questionner l’héritage de son œuvre, opposer le passé et le futur pour cultiver une réflexion sur le présent.

West Side Story
7

West Side Story (2021)

2 h 36 min. Sortie : 8 décembre 2021 (France). Comédie musicale, Drame, Romance

Film de Steven Spielberg

SimBoth a mis 9/10.

Annotation :

C'est avec une euphorie lyrique mais aussi un désespoir funeste que Spielberg répond à un désir longtemps inassouvi en décuplant virtuosement toute la flamboyance du "West Side Story" original. Le constat est plus spectral et mortifère, mais il règne une limpidité vitale constamment au tac au tac, une aisance incroyable dans la circulation des objets et des sujets, et une caméra revigorante qui participe intrinsèquement avec la danse. L'auteur élargit le champ à grande échelle pour nous enflammer émotionnellement dans la pure moelle du langage cinématographique.

The Fabelmans
7.2

The Fabelmans (2022)

2 h 31 min. Sortie : 22 février 2023 (France). Drame, Biopic

Film de Steven Spielberg

SimBoth a mis 10/10 et a écrit une critique.

Annotation :

Fable autobiographique d’une limpide et discrète virtuosité, "The Fabelmans" montre à quel point le cinéma est comme un divorce, mais aussi un art qui illumine et traumatise. Cet hommage au balbutiement de sa passion pour le septième art, mais également à ses parents dont le divorce l’influencera toute sa carrière, Spielberg se met à nu dans une œuvre enchanteresse et solaire, mais qui cache une violence noire et une tristesse sous-jacente. Il scrute les scènes fondatrices de son enfance et le drame muet embusqué dans celle-ci pour donner un nouveau regard constant et un vertige qui peut illuminer ou effondrer notre monde. Comment gérer ce pouvoir des images ? C’est toute la question qui se reflète dans les souvenirs à la fois réels, troués et fantasmés de l’auteur, jonglant entre les pôles de la délicatesse et de la déchirure, de l’éblouissement et de l’aveuglement, de la passion et du chagrin ou encore de la candeur et de l’amertume. Il expose de façon sublime comment le cinéma est un art de l’émerveillement et de la terreur, un choc brutal exaltant et une arme de vérité et de manipulation. Il ressuscite en même temps et pendant un court temps les figures spectrales de son passé, afin de leur faire un lumineux et dernier adieu.

SimBoth

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