Top Oleksandr Dovjenko
La Terre (1930)
Zemlya
1 h 15 min. Sortie : 8 avril 1930 (Union Soviétique). Drame, Muet
Film de Alexandre Dovjenko
Arthur Debussy a mis 9/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.
Annotation :
Il m'a fallu cette magnifique soirée du 2 septembre 2022 consacrée à l'Ukraine à la Cinémathèque Française pour me rendre compte du génie de ce film, à la force prodigieuse. Un véritable poème cinématographique, d'une beauté primitive, presque sacrée, malgré l'absence de Dieu dans le coeur de ces paysans ukrainiens révoltés contre l'oppression des riches propriétaires terriens.
Cette Terre, c'est l'Ukraine, cette patrie aux champs de blé à perte de vue, au ciel immense, et aux habitants dignes et courageux, même - et peut-être surtout - dans l'adversité. Alors je ne peux que vous inciter à voir ce film, pour découvrir ou redécouvrir le cinéma ukrainien, et tenter d'entrapercevoir l'âme de ce pays, de mieux comprendre ce qui fait vibrer ces hommes et ces femmes qui se battent pour leur patrie et pour l'Europe.
Ivan (1932)
1 h 42 min. Sortie : 6 novembre 1932 (Union Soviétique). Drame
Film de Alexandre Dovjenko
Arthur Debussy a mis 7/10, l'a mis dans ses coups de cœur et a écrit une critique.
Annotation :
Autant la première partie de ce long métrage est magnifique, célébrant le labeur ouvrier, l'industrie et les machines, dans un éblouissant ballet d'images, à la mise en scène très inspirée ; autant la deuxième partie est ratée et a mal traversé le temps, grevée par sa visée clairement propagandiste, écrite à la truelle et charcutée au montage. Si Ivan s'en tenait à sa première partie, ce serait un chef-d'œuvre. Mais en l'état, c'est un film bancal... qui mérite malgré tout d'être vu, car il a de grandes qualités.
Arsenal (1929)
Ianvarskooie Vosstaniie v Kieve v 1918 godu
1 h 30 min. Sortie : 26 mars 1929 (Union Soviétique). Historique, Muet
Film de Alexandre Dovjenko
Arthur Debussy a mis 6/10.
Annotation :
Déçu par ce revisionnage d'Arsenal. Je l'ai découvert une première fois il y a une quinzaine d'années, et j'en reste à mon impression initiale : un film soporifique et complètement propagandiste. Après avoir redécouvert avec bonheur La Terre en 2022 et en 2026, après avoir vu hier pour la première fois Ivan, un film sous-estimé et bancal, mais avec de nombreuses séquences admirables, confirmant le génie de Dovjenko, je m'attendais à réévaluer positivement Arsenal. Il n'en est rien.
Oh certes, c'est bien filmé. Influencé par l'expressionnisme allemand, Dovjenko ayant vécu un temps à Berlin, où il a pratiqué la peinture, Arsenal comporte quelques séquences inoubliables et remarquables, c'est vrai. Comme ces soldats au sourire crispé face au gaz hilarant, dans les tranchées de la guerre de 14-18, soit l'enfer sur Terre. Ou ces scènes où l’on voit des habitants ukrainiens épuisés par la faim, déchirant le cœur. Ou encore cette toute fin, avec ce soldat bolchévique ukrainien qui affronte son destin avec panache.
Mais hormis ces quelques séquences, on est dans un film purement fonctionnel, qui vise à mettre scolairement en images un récit stalinien, glorifiant les Soviets face à la République Populaire Ukrainienne. La présentation de ce film par la journaliste et chercheuse ukrainienne Anna Onufriienko a permis de replacer le contexte de ce long métrage. Alors que la République Populaire Ukrainienne était de gauche, ses membres dans ce film sont représentés par Dovjenko comme des caricatures de bourgeois gros et sanguinaires, pour mieux asseoir son entreprise de propagande.
Il en résulte un film complètement programmatique, sans respirations ou sans à-côté, sans séquences contemplatives ou drôles comme dans La Terre ou Ivan, malgré le tragique de ce qui est conté dans ces grands films. Qui plus est, le récit étant platement illustré dans Arsenal, j’ai trouvé la narration d’un ennui terrible, tant on sait à l’avance ce qui va se passer, les personnages étant encore plus schématiques que dans les autres films du réalisateur ukrainien.
Toute la puissance de travail et créatrice d’Oleksandr Dovjenko est mise ici au service de Staline, pour glorifier la révolte des Bolchéviques et leur victoire en Ukraine, quitte à mentir de façon éhontée. Je reconnais donc la qualité formelle de ce film – et encore, Dovjenko a fait bien mieux – mais je ne peux qu’être déçu par son idéologie rance.
Le Poème de la mer (1958)
Poema o more
1 h 50 min. Sortie : 7 septembre 1960 (France). Drame
Film de Ioulia Solntseva
Arthur Debussy a mis 4/10.
Annotation :
Scénariste
Extrêmement déçu par ce long métrage réalisé sur un scénario d'Oleksandr Dovjenko par Ioulia Solntseva, sa femme, après le décès de son mari. On perçoit ici et là l'influence de Dovjenko, que ce soit dans le rapport à la terre natale et aux traditions, bien plus mises en avant, valorisées et respectées que dans les autres films soviétiques de l'époque, ou un humour frondeur qui détonne avec les habituelles fresques communistes compassées.
Mais la mise en scène façon réalisme socialiste absolument kitsch et insipide, voire même régulièrement laide, est un désastre. Même si parfois, quelques superbes plans surnagent dans cette mer de mauvais goût. Sans parler des acteurs et actrices, dont les trois quarts sont de vieux messieurs bedonnants de 60-70 ans (toute la crème des acteurs staliniens apparemment), c'est spécial...
Et puis surtout, ce long métrage dégouline d'idéologie et de propagande, c'est à vomir tant l'hypocrisie règne. Je pardonne habituellement beaucoup à Dovjenko, car malgré son endoctrinement c'était un artiste de génie, assez humaniste. Mais là c'est trop : quand il ne reste que l'idéologie, ça donne la nausée...
Le Poème de la mer est donc une frêle curiosité, un tout petit film complètement dispensable, qui a très mal vieilli et qui démontre qu'Oleksandr Dovjenko fut un cinéaste unique et irremplaçable, difficilement égalable, même par sa femme, qui fut par ailleurs sa proche collaboratrice.






