Ivan
6.7
Ivan

Film de Alexandre Dovjenko (1932)

Film de commande à des fins de propagande, visant à célébrer les 15 ans de la Révolution d'Octobre, « Ivan » peut être divisé en deux parties.


La première démontre tout le génie d'Oleksandr Dovjenko : c'est un poème cinématographique mêlant lyrisme et avant-garde, qui met en scène le ballet des machines et des corps des ouvriers lors de la construction d'un barrage gigantesque, au son d'une magnifique musique. Dovjenko filme des gestes gracieux ou puissants, des constructions vertigineuses, l'alliance de l'effort humain et de l'acier. Il use même d'un montage audacieux, alternant entre subtiles variations d'un même plan, échos visuels et répétitions par associations d'idées à la Eisenstein, pour mieux appuyer son propos.


Ce sont des moments particulièrement grisants, dignes de ce grand chef-d'œuvre qu'est « La Terre », le film phare du cinéaste ukrainien. Ajoutons à cela que Dovjenko fait preuve d'humour, évitant la célébration lisse et compassée de l'homme et de la société soviétiques. Il manifeste d'ailleurs beaucoup de tendresse envers les personnes rebelles à l'idéologie communiste et tire-au-flanc, reflet sans doute de sa propre personnalité profondément unique et de ses origines paysannes.


Hélas, après une courte séquence burlesque très réussie, mi cauchemardesque mi délirante, au milieu du long métrage, le film s'enlise, durant la deuxième partie, dans la mise en images de la dialectique et de l'idéologie soviétiques, à grand renfort d'homme nouveau, de stakhanovisme ou de dénonciation de son père pour le bien et la gloire du communisme. Outre que cette partie est assez médiocre et honteuse sur le fond, formellement elle est plombée par des lenteurs rédhibitoires et un montage complètement charcuté, ce qui fait qu'on ne comprend plus grand chose...


Je connais mal Oleksandr Dovjenko, mais d'après le peu que je sais, son film « Ivan » semble être le reflet de la tension qui a toujours habité ce réalisateur, entre liberté totale, foncière indépendance d'esprit et génie artistique d'un côté ; et de l'autre soumission profonde à Staline et à l'idéologie soviétique, en mettant son talent au service d'une propagande assez détestable et hypocrite, qui a fait tant de mal et brisé tant de vies.


Pour autant, en raison de cette première partie extraordinaire, je ne peux que saluer Dovjenko et son « Ivan », démontrant qu'il fut certes un cinéaste ambigu et trouble, mais aussi un artiste incontournable, qui a inspiré rien moins que des génies comme Andreï Tarkovski, Sergueï Paradjanov ou Larissa Chepitko, qui furent ses élèves. C'est dire son importance essentielle et incontestable dans l'histoire du cinéma et de l'art.


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ArthurDebussy
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le 31 janv. 2026

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Arthur Debussy

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