Après avoir terminé 1Q84, j'ai la forte impression d'avoir finit un pèlerinage épuisant mené par Murakami.
le roman ouvre des tas de pistes, une narration à tiroirs, le monde alternatif 1Q84, les Little People, la romance, les fusils de Tchekhov évoqués à plusieurs reprises, mais nombre de ces éléments restent inemployés. Ce principe dramatique selon lequel chaque élément introduit doit servir plus tard, est plusieurs fois cité mais toujours ignoré. Ce non-emploi crée une vacuité, un sentiment de frustration, comme si les promesses narratives étaient là pour la forme. Les longueurs ne viennent donc pas du nombre de pages mais du manque d'enjeu puisque tout ce qui pourrait créer une tension narrative est désamorcé.
La fin elle-même est précipitée et décevante. Les protagonistes s'enfuient, les conflits majeurs ne sont pas résolus, aucune clé de lecture n'est donnée. le monde de 1Q84 reste en suspens, et le lecteur est laissé face au vaste horizon du mystère, sans carte ni boussole. Ce manque de conclusion rend le récit plus frustrant qu'inespéré : on attendait un dénouement dramatique, pas seulement une libération du lecteur.
Bref, 1Q84 est un roman beau, parfois poétique, mais trop peu exigent dans le suivi de ses propres mystères. Le talent de Murakami pour l'univers, le style, l'étrange fonctionne, mais sans la rigueur nécessaire pour que l'ensemble dépasse le joli labyrinthe.
Je l'ai lu jusqu'au bout, pour les moments de grâce et d'imagination, mais en soufflant sur l'attrait qui se délite au fil des trames inachevées. On pourrait même regretter qu'il y ait une scène finale, sans laquelle on pouvait imaginer l'intention d'un rêve inachevé.