Un immeuble, au 33, place Brugmann, à Bruxelles. Huit appartements, une quinzaine d'habitants. Parmi eux, Charlotte Sauvin, dix-sept ans, 3° gauche. Elevée par son père, elle est étudiante à l'Académie des Beaux-Arts d'Anvers. Elle est le personnage central du roman : autour d'elle gravitent tous les autres occupants de l'immeuble. L'histoire commence en Août 1939 et raconte comment la guerre va bouleverser la vie des habitants.
33, place Brugmann est un roman choral : l'histoire est racontée du point de vue de plusieurs personnages qui se relaient chapitre après chapitre pour faire avancer l'intrigue. Ici, ce sont les habitants de l'immeuble qui racontent, chacun étant toujours identifié par son nom et son étage en tête de chapitre.
J'ai eu par moment un peu de mal à avancer dans ce roman. le style est fluide et agréable mais j'ai mis beaucoup de temps à entrer dans l'histoire et à m'identifier aux personnages. Je n'ai sans doute pas saisi certaines allusions ou compris certains passages. Quel est par exemple le rôle de la lionne ? Pourquoi le philosophe Wittgenstein a-t-il une telle importance dans le livre ?
Cependant, j'ai aussi relevé de nombreux points positifs, et notamment une grande attention portée par Alice Austen à la lumière et aux sensations : « le soleil qui passe par la fenêtre du couloir transforme la masse de sa chevelure bouclée en un buisson ardent, et une douce odeur de levure se dégage du panier qu'elle tient. » (p. 18) , mais aussi pages 17, 19, 29, 34, 37, 38, 56, 66, … On pourrait dire que 33, place Brugmann est un roman impressionniste. Sachant que l'art et la peinture y tiennent une grande place, c'est particulièrement bien trouvé de la part de l'autrice. de même, le sang (la couleur rouge) revient à plusieurs reprises. On comprend sur la fin que ce n'est sans doute pas un hasard.
J'ai particulièrement apprécié le personnage du chien Zipper qui apporte une petite touche d'humour là où on ne l'attendait pas. Page 148, le compte-rendu des effets sur Zipper du cake de Mademoiselle Hobert est à mon avis l'un des meilleurs passages du roman.
Enfin, j'ai aimé la relation de Charlotte et de son père vieillissant, qui m'a émue.
Beaucoup de points positifs donc, dans ce premier roman, même si la construction fait qu'il manque de liant. Le style, l'arrière-plan historique, les propos sur l'art sont travaillés. Alice Austen est sans nul doute une autrice à suivre…
Je remercie les éditions du Seuil et Babelio pour l'envoi de ce livre, dans le cadre de Masse critique privilégiée de février 2025.