Les ailes d'Alexanne tome 1- Croyez vous en la réincarnation?

Avis sur 4h44 - Les ailes d'Alexanne, tome 1

Avatar Luevana
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Eh bien, figurez-vous qu'après avoir lu cette série, je finirais presque par y croire. Je vais vous expliquer pourquoi.

Un petit résumé pour commencer:
Alexanne Kalinovsky, petite-fille d'émigrés russes, devient orpheline suite au décès accidentel de ses parents. Les services sociaux la confient donc à sa tante paternelle, Tatiana Kalinovsky, qui vit au fin fond des Laurentides, au Québec. Petit à petit, Alexanne va découvrir qu'elle est une fée et va apprendre à développer ses pouvoirs, aidée par sa tante Tatiana, elle-même fée guérisseuse.

Ce résumé vous séduit et vous donne envie de lire la saga? Alors accrochez-vous bien, car vous aurez de quoi vous amuser. Au hasard et en vrac, vous côtoierez ainsi dans ce volume des fées, des anges, un loup-garou, un fantôme et diverses manifestations fantomatiques, un exorcisme, un mythe de l'enfant sauvage revisité, un petit peu d'astrologie et bien sûr, des histoires de karma et de réincarnation. Et ça, ce n'est que dans le tome 1. Attendez de voir ce que vous réservent les tomes suivants. Car oui, Anne Robillard manie le syncrétisme avec art et ramasse large. Alors que la plupart des auteurs se contentent généralement d'un ou deux thèmes dans leur ouvrage (vampire/loup-garou; sorcellerie; fées/magie...), Anne Robillard pioche un peu partout et se sert largement. Le mélange catholicisme/bouddhisme qui constitue la base de la croyance des fées dans cette saga, avouons-le, fallait oser. Mais le pire, c'est que ça fonctionne. Et ne parlez pas de courant New Age, car Mme Robillard vous répond directement, non sans humour d'ailleurs:

Alexanne:
- Etes-vous une maniaque du nouvel âge?
Tatiana:
- Non, je dirais plutôt que je suis du vieil âge, car j'aime toutes ces choses depuis très longtemps.

Vous voilà prévenus.

Bon, à part cela, qu'est ce qu'on y trouve, dans cette saga?

Eh bien, beaucoup de choses en fait.
Globalement, l'histoire de ce premier tome est classique: l'héroïne refuse d'abord ses talents et finit par les accepter puis les développer graduellement. L'auteur fait cela soigneusement, en procédant par étape, à la manière d'un escalier: tu as réussi à monter la 1ère marche, tu peux maintenant monter sur la 2ème... C'est voulu, c'est assumé (à tel point d'ailleurs que je soupçonne le personnage de Tatiana Kalinovsky de n'être pas moins que le reflet idéalisé de Mme Robillard), mais cela implique également une intrigue hachée, avec la confuse impression qu'il manque un fil directeur. En fait, ça me fait un peu penser à ces jeux vidéos où l'on tue d'abord un petit boss pour se faire la main pour monter petit à petit jusqu'au boss final. Ce n'est pas forcément déplaisant, mais disons qu'il faut s'y faire. Cela dit, cela change à partir du tome 2 où il y a une intrigue plus suivie.

Les personnages. Eh bien, c'est plutôt une bonne surprise. Les personnages sont sympathiques, bien campés (je m'attendais à un affaiblissement de la personnalité d'Alexanne au profit d'une personnalité plus adulte, mais Mme Robillard arrive à conserver ce côté un peu gamine impétueuse d'Alexanne qui lui va très bien), on s'attache à eux et on suit avec plaisir leurs aventures. J'émets juste une petite réserve par rapport au caractère de Matthieu, plat et insipide même si là encore c'est voulu, mais sinon oui, les personnages sont clairement l'un des points forts de ce volume.

Cependant, pas mal d'incohérences mineures tout au long du bouquin. Au début ça n'a l'air de rien, mais à force d'accumulation, on finit par s'en rendre compte. Alors que la plupart des auteurs se contentent de deux-trois incohérences par saga, Anne Robillard en fait une bonne dizaine par volume, un peu comme si elle ne s'était pas relue avant de publier. La plupart du temps, ce n'est pas un problème si on ne cherche pas la petite bête, mais les perfectionnistes risquent d'être gênés. De toute façon de manière générale, c'est une saga approximative et déjantée, à prendre comme telle et de préférence au deuxième ou au troisième degré.

Le style à présent. Et là, la question que je posais en titre prend tout son sens. Puisque Tatiana Kalinovsky croit en la réincarnation, moi je commence à penser que Mme Robillard est la réincarnation de la comtesse de Ségur. Non non, ce n'est pas une blague. Mme Robillard a un style très particulier qui me fait penser soit aux albums de jeunesse pour les 3-5 ans, soit aux livres de la comtesse de Ségur avec une omniscience à la limite de l'ellipse qui force le caractère caricatural des personnages. Une comtesse de Ségur des temps modernes, bien évidemment. Un ou deux exemples pour tenter de vous expliquer ce que je veux dire (je précise que Danielle a 30 ans et Matthieu et Alexanne 15):

"Se rappelant sa terrible vision, Alexanne tomba sur ses genoux et fondit en larmes. Danielle s'accroupit devant elle et la serra contre sa poitrine en lui murmurant des mots réconfortants, même si elle savait que seul le temps parviendrait à apaiser sa peine."

"Ils poursuivirent leur route jusqu'aux bâtiments de ferme en planches grises, pour la plupart éclatées, dont toutes les fenêtres étaient cassées. Matthieu avertit aussitôt Alexanne qu'ils ne devaient pas entrer dans ces vieilles constructions sur le point de s'effondrer. Ils en firent donc le tour, et Alexanne lui raconta que ses grands-parents avaient été des immigrants russes, rêvant de construire un château au Canada."

Vous voyez ce que je veux dire? Tout est naïf, tout est gentil. Aucune rébellion, aucune crise, les ados ici sont très obéissants et si jamais ils boudent, ils reviennent s'excuser parce qu'ils se rendent compte qu'ils ont eu tort. Ils aident spontanément leur famille, ils sont sensibles aux malheurs des autres, bref, pour reprendre le mot de la comtesse de Ségur ils se comportent "en bon fils et bon chrétien".

Et cette bizarrerie se retrouve également au niveau des thèmes abordés: d'un côté on a un style quasiment enfantin et des thèmes comme l'amour et la sexualité abordés de manière extrêmement pudique, limite innocente (les personnages qui dorment dans le même lit et puis voilà, les mignons baisers sur les lèvres entre ado amoureux, limite les petites filles naitraient dans les roses et les petits garçons dans les choux que ça ne choquerait personne); et d'un autre côté on a certains thèmes très durs comme l'inceste dans ce volume, le viol et l'anthropophagie dans les tomes 2 et 3 qui sont abordés tranquillement, certes avec une retenue de bon aloi (n'espérez pas les détails sordides, vous ne frappez pas à la bonne porte) mais sans fard inutile non plus.

Du coup, je me suis posé la question du public visé par cette saga. Certes, Alexanne et Matthieu ont 15 ans, mais ils se comportent comme s'ils en avaient 12. Un ado de 15 ans pourrait trouver cette écriture un peu trop "bébé", mais d'un autre côté les thèmes abordés ne sont pas anodins non plus, ce qui me rend assez perplexe. Finalement, peut-être 15 ans avec sens de l'humour développé.

En tout cas pour moi, lectrice de 25 ans, cette saga s'est avérée plutôt distrayante. Une fois habituée à ce style particulier et à cette tendance new age désorganisée, j'ai pris plaisir à lire ce tome et j'ai eu finalement hâte de lire la suite par curiosité, pour voir ce que ce style particulier et ces personnages attachants allaient donner.

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