Sébastien Rongier nous fait franchir la porte d'un café de Sens. Des instantanées de vie s'enchaînent sous nos yeux. Les clients, des inconnus comme tant d'autres, défilent de façon presque compulsive, rythmé par les mouvements de va-et-vient de la porte, le son du percolateur et les coups d'éponge sur les tables.
C'est un soir de 1978 comme un autre. La France porte encore les stigmates de la guerre d'Algérie, les actions du FLN et de l'OAS divisent toujours les esprits. La crise économique se profile, l'émancipation féminine en est à ses balbutiements.
Parfois, on s'attarde auprès de quelques clients. Un militant d'extrême droite, une amante désabusée, le survivant d'une ratonnade ... Mais surtout il y a cet enfant. Il est seul avec sa petite valise et sa menthe à l'eau. Celui qui l'accompagnait est parti sans prévenir. Le lecteur revient toujours vers l'enfant tandis que celui-ci regarde sans cesse en direction de la porte.
Le choix de l'année 78 est particulièrement intéressant : on ressent bien cet "entre-deux". L'Histoire est marche : la population peine encore à assimiler les événements récents que déjà, elle sent naître le terreau de bouleversements notoires qui vont encore redessiner le paysage politique français.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que Sébastien Rongier propose une voix littéraire singulière. Il fait le choix du lyrisme dans un récit politique en enchâssant des petits paragraphes esthétiques dans les courts chapitres.
Un projet intéressant mais qui m'a laissé de côté. L’esthétisme marqué et la trop grande alternance de personnages m'ont peu à peu détachée du récit.