Ce livre qui nous plonge au cœur du Kirghizistan nous chante l'amour total, de toutes les formes d'amour, pour les animaux, les femmes, les amis, la nature. C'est un hymne à une époque révolue et une excellente illustration de la vie juste après la dékoulakisation, dans ses errements et sa cruauté parfois. On y voit la fin de la vie en harmonie avec la nature, la fin d'une culture traditionnelle d'une immense beauté. Même si il n'y avait eu aucune action, j'aurais aimé ce livre pour l'ambiance et les descriptions, mais en plus de cela, l'histoire en est très belle et un chef d'œuvre de justesse dans la narration, les personnages marquent, le nombre de mots est toujours le bon, ni trop, ni pas assez, il regorge de scènes cinématographiques, grandioses et marquantes.
Goulsary, "Bouton d'Or", le personnage principal, l'ambleur isabelle, le plus beau cheval du pays, est un bijou de beauté pour qui aime les chevaux, et restera dans l'anthologie de la littérature équestre, au même niveau que les Crin Blanc ou Flicka qui avaient marqué ma jeunesse, même si ici ce n'est pas un livre pour enfant ; c'est un conte pour adulte, profond et complexe, merveilleusement amené, le récit de la vie d'un vieil homme imparfait, Tanabaï, qui restera toujours de l'ancien monde, avec une morale qui nous pousse à réfléchir autrement, et un souffle extraordinaire. Tout comme il l'avait fait dans Djamilia, Tchinguiz Aïtmatov parvient à nous faire connaître et aimer son pays en le peignant de magnifiques tableaux qui se succèdent comme un film en super huit, images fortes et empreintes d'une poésie mélancolique et douloureuse, mais jamais pessimiste malgré les souffrances vécues, notamment grâce à la force des femmes du livre qui portent à bout de bras les personnages. Des larmes qui coulent comme le lait de la blanche chamelle en deuil dans la steppe.