Mauvais signe : deux mois après l’avoir lu, j’avais oublié de quoi parlait Arrêt non demandé… C’est en le feuilletant, pour relire les passages que j’avais jugés digne d’intérêt sur le coup, que ça m’a vaguement redit quelque chose. Le livre raconte six étapes de la vie d’un narrateur, enfant puis adulte, qui précise, dans l’« Autoportrait » qui clôt le récit, « Sachez tout de même que je suis encore beaucoup moins que la somme de tous mes personnages » (p. 139). Dans mes souvenirs, l’identité de ce narrateur est d’ailleurs la principale question soulevée par Arrêt non demandé.
Pour le reste, il y a une enfance façon la Merditude des choses : « Il y a beaucoup de gamins de ma connaissance, et nous sommes tous en slip, rassemblés dans une chambre à coucher. L’apéro classique. Si nous sommes en slip, c’est à cause du catch. Le catch est un sport qui exige le port du slip et nous respectons ses valeurs » (chap. I, p. 18) ou encore « Christine répétait qu’il ne fallait pas que je pleure mais comme c’est elle qui chialait, ça m’a déstabilisé un maximum » (p. 25).
Puis des regrets sur le temps qui en passant se charge de briser nos rêves : « Je n’ai plus un seul ami qui joue dans un groupe. Les dernières guitares que j’ai vues étaient accrochées à un mur de chiottes, chez un ancien collègue avec qui je m’étais vaguement mis au badminton » (III, p. 62).
Ça se termine avec une scène de réception post-funérailles donnée à l’occasion de la mort du figurant le plus célèbre d’Hollywood : « Merde, c’est ça un figurant : de l’abnégation, voilà. On n’est pas prêts [sic] de retrouver un type avec si peu de charisme. Je veux dire… J’adore le travail de Steven Seagal mais il ne lui arrive tout de même pas à la cheville… » (VI, p. 129).
On l’aura compris : le ton est caustique-désabusé, sans adopter dans cette catégorie les partis pris esthétiques plus radicaux d’un Houellebecq, donc sans en avoir l’envergure. Dans mes souvenirs, Nicolas Rey écrivait un peu comme ça.
P.S. aux éditions Alma : Vous êtes sympathique, vous publiez des textes intéressants et j’aime bien la maquette de vos livres, mais par pitié, embauchez un correcteur qui fasse son boulot !