Beaufort est un roman âpre. La voix crue et rude d’un jeune officier israélien de vingt-deux ans nous plonge au cœur de la guerre contre les islamistes du Hezbollah, dans l’enclave du Beaufort, forteresse stratégique occupée par Israël pendant la guerre du Liban, de 1999 à 2000, date de son évacuation.

Les récits de guerre sont toujours difficiles à lire, mais celui-ci l’est particulièrement en raison de cette voix sans fard, révoltée, qu’a su créer Ron Leshem. À la fin du roman, l’auteur explique s’être inspiré de tous les soldats qu’il a rencontrés pour créer ses personnages. Il y exprime également une profonde culpabilité : celle de n’avoir pas su, à l’époque, ce que vivaient réellement ces jeunes soldatsdes classes moyennes ou pauvres envoyés défendre leur patrie .

Se plonger dans ce roman, c’est vivre la peur et la rudesse du quotidien dans la forteresse, constamment menacée par les tirs d’obus et de missiles. C’est subir les ordres incompréhensibles des supérieurs, partager la mort de ces jeunes hommes qui ne savent parfois plus pourquoi ils risquent leur vie, mais aussi éprouver le deuil des familles et, malgré tout, l’espoir. L’espoir de défendre son pays, de contribuer peut-être à la paix une fois l’ennemi vaincu.

Nous comprenons mieux, à travers ces pages, le quotidien des soldats et les difficultés auxquelles ils sont confrontés. La guerre est aussi une lutte permanente, un jeu du chat et de la souris dans lequel la technologie ne suffit plus :

« Neuf ans auparavant, les terroristes se servaient surtout de systèmes sans fils actionnés de loin et de rayons infrarouges, ou ultra-quelque chose, et des technologies les plus avancées qu’ils avaient reçues des Iraniens. Et plus ils progressaient, plus Tsahal les contrait et trouvait des réponses, fabriquait des équipements électroniques et apprenait à les neutraliser, à improviser. Mais, aussitôt, les terroristes ont pigé le truc et sont revenus soudain en arrière, à la base, aux moyens les plus primitifs et aux méthodes les plus antiques. Désormais, alors que leurs engins sont plus simples, ça devient plus difficile de les découvrir, et les fils recouverts de sable représentent la plus grosse embûche. Et à ce jeu du chat et de la souris est perdu d’avance, car il n’existe aucun moyen de rattraper l’ennemi. »

(Seuil, p. 126)

La mort de certains soldats, inspirée de faits réels, restera longtemps en mémoire. C’est notamment le cas d’un proche du narrateur, dont il récupère le corps décapité et dont il cherchera désespérément la tête pendant tout un après-midi, probablement pulvérisée par un tir de sniper.

Mais ces morts ont-elles un sens ?

Le narrateur tente de donner une raison à l’horreur et de trouver la force de continuer en affirmant à ses soldats que leur mort aurait davantage de sens que s’ils mouraient écrasés sous un camion. Mais y croit-il vraiment ? Car la guerre est avant tout le lieu du non-sens, de la confusion et de l’absurde :

« Et tout est brouillé, tu ne comprends toujours pas pourquoi t’es là, tu ne comprends pas pourquoi on t’attaque, et qui attaque qui, et qui est contre qui. Tu sais juste qu’ils nous haïssent et que nous on les hait. Tu sais juste qu’ils t’ont tué Shpitzer. »

(p. 280)

Ron Leshem nous raconte l’évacuation de Beaufort en 2000. En juin 2026, Israël a repris la forteresse.

Dans sa critique qui m’a inspirée, Daziel écrit cette formule qui résonne douloureusement à la lecture de ce roman : « L’Histoire est un éternel recommencement. »

Souhaitons que nos enfants et nos petits-enfants n’aient pas, à leur tour, à en faire l’amère démonstration.


jaklin
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Daziel

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