Chine du Nord. À Harbin les hivers sont longs, les carreaux des fenêtres sont parsemés de fleurs de neige et pendant de longs mois, le ciel est envahi par la fumée grise des cheminées. Xiao’e est une jeune adulte modeste et qui s’estime peu séduisante. Correctrice dans une agence de presse, elle se contente modestement de louer des chambres chez l’habitant. Quand son petit ami s’amourache de sa propre logeuse, Xiao’e doit déménager chez Léna, une veille dame juive dont la famille a trouvé refuge à Harbin lors de la révolution d’Octobre. Les premiers jours de colocation présagent d’une relation difficile entre Xiao’e et Léna, les deux femmes vont pourtant se découvrir de sombres points communs.
Une poésie mêlée de rudesse. Voici ce qui définit l’écriture de Zijian Chi. Quand Zijian évoque le viol elle écrit aussi sur les saisons, le temps qui passe, la renaissance de la nature. On a ainsi la sensation de lire, littéralement, une main de fer dans un gant de velours. L’histoire est très dure, triste et violente mais entourée d’une grâce qui préserve autant le lecteur que les protagonistes. Ces derniers semblent détachés des drames qu’ils vivent, l’histoire prend alors un ton presque cynique. Cette impression est sans doute accentuée par des ellipses narratives séparées d’un simple alinéa.
La relation de Léna et Xiao’e évolue cependant au gré de ces ellipses. Le temps qui demeure, passe et file est le leitmotiv du récit. La jeunesse tente de démêler les fils de son passé tandis qu’avec sagesse, la vieillesse tente de montrer le chemin. Les deux n’en sont pas moins complémentaires et liés par un même secret.
Un beau récit, court et poétique mais également rude et désabusé.
Une courte plongée au cœur de la Chine du Nord et de l’histoire des juifs de Mandchourie.