Le bateau de papier qui affrontait des tempêtes

Avis sur Ça, tome 1

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Je ne sais pas à quoi ressemble un livre d'horreur classique. A celui-ci ?
Sachant que "classique" est un adjectif pratique, derrière lequel on peut mettre à la fois "de base" mais aussi "de référence". Et je pense que ce roman, c'est effectivement des deux : l'intrigue au fond, est simple, les ressorts élémentaires d'un récit horrifique / fantastique sont vérifiés, il n'y a pas de révolution si ce n'est peut-être dans la nature profonde du monstre ; mais la façon de la traiter, bon sang, tu le sens ce Derry triste, pollué, détestable, provincial, malsain qui te colle à la peau, la ville et tous les personnages qui s'y trouvent englués, tous les personnages qui sont atteints de folie, à un stade plus ou moins avancé. Tu le vois ce grand Bill, complètement dévoré de l'intérieur par cette histoire à la limite de la raison, et toute sa ribambelle d'amis cassés. C'est pour cela qu'il serait malhonnête, bien peu fair-play, de le limiter un tel texte à un genre de littérature en particulier. Car Ça, c'est bien plus qu'un livre d'horreur populaire qui met en scène une bande de gamins un peu à l'écart qui découvre le monstre-sous-la-ville et qui le combat. C'est aussi le croquis d'une époque (de deux époques ? quoi que la période de 58 est je crois, en proportion, plus développée), c'est des réflexions sur l'enfance, son imagination et le temps qui nous les grignote et nous les enlève, qui nous les fait oublier, toutes ces évidences, cette force intérieure qui rayonne. Et le mal fou que nous avons à retrouver un peu de cet éclat. C'est bien sûr une écriture fine, maîtrisée ; c'est le suspense qui tient le haut de la page à chaque page, les personnages qui sont d'une crédibilité désarmante, les descriptions sont toujours utiles. C'est en fait que tout l'édifice est bluffant de concision et jamais jamais Stephen King ne donne l'impression de vouloir étaler sa prose simple qui-est-le-fruit-d'un-très-grand-travail, il y a cette évidence que l'auteur s'est complètement effacé derrière son narrateur pour laisser ses personnages vivre leur vie de papier et raconter, raconter tout ce qu'ils ont en eux et qu'ils gardent depuis si longtemps caché, ce qui les broie et ce qu'ils ont besoin de dire. Et pour ça (haha), un grand merci.

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