Poignante fugue d'une vie et d'un amour dans la suite des quatuors de Beethoven.

«J'aurais voulu être cela, intériorité pure, densité sans relâche, manière d'une partition.»


Paru en 2000 aux éditions Verdier, «Cavatine» est le dernier texte, émouvant et proustien, de Bernard Simeone (1957-2001), écrivain, poète et traducteur de l’italien, et notamment de ce chef d’œuvre qu’est «Maison des autres» de Silvio d’Arzo, et co-fondateur de la collection Terra d'Altri aux éditions Verdier.


Le narrateur, critique musical, alors qu’il s’enferme dans le garage réhabilité en studio de musique pour y écouter une intégrale des quatuors de Beethoven, voit ressurgir dans l’espace creusé par l’écoute de la musique, les souvenirs tragiques de la femme qu’il a aimée vingt ans auparavant, cristallisés dans les images de la ville de Turin où ils se sont connus.


«C’est peut-être une seule et même chose, la musique et la nuit que sont désormais pour moi Turin et nos instants d’alors.»


Dans les correspondances souterraines et vibrations de ce récit bouleversant, convoquant les souvenirs de Cesare Pavese, d'un concert de Sviatoslav Richter et des rues de Turin, le narrateur explore l’opacité de l’amour, la violence de l’arrachement à cette femme aimée et restée toujours au seuil de leur amour, refusant toute entrave dans une vie faite fugue.


*«Le plaisir avec elle était un dérobement du monde, une cécité, ne plus voir, ne plus soutenir la distance. Et pourtant la pénétrer ne voulait rien dire. On ne pénètre rien ni personne. On épouse une fugue, parfois dans les plis du secret, dans l’enfilade infinie des chambres. On n’étreint pas un corps mais sa fuite.» *


Une douleur lancinante et intacte perle de cette exploration sensorielle des quatuors, la mémoire d’une femme perdue, et la marque enfouie et indélébile d’une faute qu’il commit et qui érigeât à jamais un mur entre lui et elle.


«Ce que j’avais cru entendre d’elle, il n’en restait rien, qu’une suite de variations dont le thème était perdu ou l’avait toujours été. Variations qu’un acte, un acte que j’avais commis, éloignait comme de l’autre côté d’un gouffre. De cet acte, au contraire, après vingt ans, il restait tout, la violence et l’énigme, puisqu’elle avait disparu avec son pouvoir de pardon.»

MarianneL
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Le 30 septembre 2014

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