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Dans la solitude des champs de coton par clairemouais

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"La règle qui veut qu'entre deux hommes qui se rencontrent il faille toujours choisir d'être celui qui attaque ; et sans doute, à cette heure et en ces lieux, faudrait-il s'approcher de tout homme ou animal sur lequel le regard s'est posé, le frapper et lui dire : je ne sais pas s'il était dans votre intention de me frapper moi-même, pour une raison insensée et mystérieuse que vous n'auriez pas cru nécessaire de me faire connaître, mais, quoi qu'il en soit, j'ai préféré le faire le premier, et ma raison, si elle est insensée, n'est du moins pas secrète : c'est qu'il flottait, de par ma présence et par la vôtre et par la conjonction accidentelle de nos regards, la possibilité que vous me frappiez le premier, et j'ai préféré être la tuile qui tombe plutôt que le crâne, la clôture électrique plutôt que le museau de la vache."

Comment expliquer ce qui se passe Dans la solitude des champs de coton ?

Dialogue entre un dealer et un client, de longues tirades pour aller où ? Nulle part, un client qui va d'un point de lumière à un autre mais le dealer placé sur sa trajectoire... Ou la trajectoire qui s'est légèrement courbée à la vue du dealer ?
Un contact du regard, et peut-être que dans ce nulle part, dans ce moment hors du temps, c'est une seconde de pensée qui se développe sur des pages.
Polysémie et richesse d'une pièce qui ne ressemble presque plus à du théâtre, plus d'acte, de scène, plus de didascalie, un simple dialogue. Et pourtant, héritage théâtral évident, un match de boxe qui se joue avec les mots, des phrases aux contournements infinis : ce qui ressemblerait à un Marivaudage moderne, je suppose. L'écriture de Koltès, alors, se fait remarquer dans le contraste évident qui nait de comparaisons improbables, de vocable parfois vulgaire, portés par des constructions syntaxiques complexes : impossible de savoir vraiment où l'on est.
Deux hommes que l'on ne voit que trop bien se tourner autour comme deux loups, l'un prêt à sauter sur l'autre. L'autre prêt à sauter sur l'un. Jeux de désirs illicites et d'offres illégales d'objets non nommés mais d'autant plus désirables. Jeux de oui et de non. "Je sais dire non et j'aime dire non, je suis capable de vous éblouir de mes non, de vous faire découvrir toutes les façons qu'il y a de dire non, qui commencent par toutes les façons qu'il y a de dire oui.". Jeux de domination, l'un puis l'autre, et finalement, quelle arme ?

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