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Il y a beaucoup d'éloges à faire sur le « roman-vérité » de Truman Capote. Ce qui frappe dès les premières lignes est le style : une écriture soignée qui par des descriptions sensibles de la campagne du Kansas nous y transporte sans difficulté ; un certain lyrisme, qui nous guide, nous qui, comme notre narrateur, ne sommes que des visiteurs occasionnels de cette contrée.

Cette merveilleuse sensibilité trouve tout son sens dans la description des protagonistes. Truman Capote nous les présente tous, avec une touchante humanité. Le roman est écrit comme étant le rapport de nombreux témoignages sur le terrible fait-divers. Les dialogues sont souvent rapportés par d'autres personnages, ce qui permet de les faire parler, dans leur registre propre, avec pour chacun leur syntaxe, leur vocabulaire, leur diction. Une écriture totalement au service de leur humanité et qui indirectement les ramène à leur identité. Et puis surtout, on a l'impression qu'ils nous parlent à nous, lecteurs. On se sent alors une certaine connexion avec ces voisins, ces policiers et même ces meurtriers. Ce lien que l'auteur réussit à créer entre le lecteur et ces personnes, ce sentiment de les connaître permet de retranscrire à la perfection leur réalité.

Pour autant, le coté romancé et le lyrisme apportent la distance indispensable pour supporter une vérité finalement dure et cruelle. Car il y a une forme de cruauté à nous présenter ainsi la charmante Nancy Clutter ou l'étrange Perry Smith pour finalement leur donner froidement la mort.

L'intrigue monte crescendo. Même si l'on sait par avance que les Clutter seront tués, cela ne gâche rien au suspens de la première partie. Le véritable enjeu ne réside pas dans les faits, mais dans la profondeur des êtres. Il en est de même lors de la cavale des meurtriers au travers le continent américain et leur attente dans le couloir de la mort.

Cette dernière phase est assez étonnante d'ailleurs, tant il reste peu à attendre du récit. Nous savons dès les premières pages que l'exécution aura lieu. Pourtant, Truman Capote a trouvé nécessaire de continuer à écrire cette attente. Il agrémente alors son histoire avec les biographies des codétenus de Perry et Dick, histoires inutiles au récit, mais qui permettent de révéler la futilité de la vie des condamnés. Les recours formulés contre la condamnation posent la question fondamentale de l'équité d'un procès lorsque l'affaire a été abondamment révélée et commentée dans la presse. Quelle objectivité, mais aussi quelle liberté, peut garder la Justice en de telles circonstances ?

Enfin, il faut admirer la capacité de Truman Capote à rester à distance de son récit. Il n'y parle jamais de lui, de la façon dont il a mené son enquête, ni de l'affection profonde qu'il a pu avoir pour Perry. Il n'en fait pas un prétexte pour se mettre en avant, il ne s'approprie ni le fait-divers, ni la souffrance des victimes. Sa présence est sous-jacente, discrète. Cette pudeur bienvenue préserve le récit du voyeurisme ou du sensationnalisme. Il n'est pas question d’apitoyer ou de choquer, seulement de rapporter et de susciter une réflexion sur des thèmes toujours très actuels : peine de mort, prise en charge psychiatrique, protection de l'enfant. C'est cette discrétion qui permet au lecteur d'avoir cette relation directe et privilégiée avec les protagonistes, alors qu'il ne les a jamais rencontrés.

Il est important de préciser que Truman Capote ne répond à aucune des questions sociétales posées. Le roman relève plus du reportage que de l'analyse sociologique. Et c'est très bien. Plutôt que de s'ériger en pseudo sachant, l'auteur a l'humilité de s'arrêter à son domaine, qu'il maîtrise brillamment : celui des lettres.

On lira donc avec plaisir cette œuvre qui offre en même temps qu'une visite du Kansas des années 60, un voyage au cœur de l'esprit humain.

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