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le 6 août 2013
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Je suis sociologiquement prédisposé à aimer Desproges : mes parents écoutent France Inter. Par ailleurs, j'aime lire, j'ai remarqué au bout d'une douzaine d'années que quelque chose ne tournait pas...
Dans un sens, ce recueil de nouvelles publié en 2006 a quelque chose d’une collection de fonds de tiroir. « La Vallée », par exemple, qui après vérification a été publiée pour la première fois en 1960, est un embryon des Saisons. Elle permet, par contrepoint, de voir comment un récit bref réussi peut s’étoffer jusqu’à former un chef-d’œuvre du roman. (En gros, le décor et l’intrigue collective ne changent pas, le style reste le même au point que des passages entiers se retrouvent de l’un à l’autre, mais dans les Saisons la dimension religieuse est étoffée tandis que la foule anonyme de « La Vallée » laisse la place à des personnages individuels – dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils sont hauts en couleurs !)
De même, dans la nouvelle qui donne son titre au recueil, on trouve le goût pour l’automobile que partageaient les narrateurs du Passager de la nuit ou de Mademoiselle B., et même le trait de caractère qui faisait dire au second (p. 194 de Mademoiselle B., donc) : « Mes amis connaissent bien mon intérêt passionné, d’aucuns disent morbide, moi je dis mystique, pour les accidents de la route ». (Si vous pensez aussi au Crash ! de Ballard, c’est normal.)
Comme souvent avec Pons, on pense aussi à d’autres écrivains. « À l’ombre d’un bouleau » m’a rappelé l’univers du Désert des Tartares de Buzzati – et un peu de « L’Enfant » de Hugo, mais c’est moins fondé. L’étrange créature de « L’Œil du chat » ressemble à l’odradek d’un texte de Kafka dont le titre m’échappe. Quant au « Violon », il se place tout entier dans la tradition du fantastique XIXe.
Mais Délicieuses Frayeurs ne vaut pas comme un document seulement annexe destiné à éclairer le travail d’un écrivain. Loin de là. Certes, il y a quelques nouvelles un peu convenues, donc assez faibles au final – les deux premières : « La Fenêtre » et « Noël au champagne ». Mais toutes impliquent, à divers degrés, ce décalage avec le réel qui faisait une partie du charme des Saisons. Des sept autres, chacune a quelque chose pour plaire, chacune a son petit mérite…
On gardera les chutes d’« Un voyage de noces » et du « Violon » – ou plutôt demi-chutes, car la lumière qu’elles font porter sur les intrigues n’éclaire pas tout. On gardera les narrateurs problématiques de « la Sonnette » ou de « Délicieuses Frayeurs ». On gardera le bucolisme dégradé et déconcertant de « l’Œil du chat », et la sécheresse lapidaire et cruelle d’« À l’ombre d’un bouleau ».
Ce qui unit ces nouvelles, c’est le style. Pons sait présenter un événement inutile et cruel avec une phrase remarquablement belle, sans pour autant que la beauté rejaillisse sur l’événement : « La rafale du fusil-mitrailleur la coucha soudain sur son ombre » (p. 45). Il arrive à condenser les mots pour donner à chacun toute sa force, laissant au lecteur le soin de comprendre ce que cela donnerait dans la réalité, à l’image du portrait des soldats d’« À l’ombre d’un bouleau » que « la mort récente du sergent Thomas […] rendait, à la moindre crainte, complices sans scrupule des pires consignes » (p. 44-45).
Et puis, je suis incapable de dire pourquoi une phrase comme « Des arbres entiers poussaient sur les terrasses » (p. 105) me charme particulièrement…
Maurice Pons sait surtout faire naître l’énigme, de façon tout à fait sérieuse, mais sans se prendre au sérieux. Ainsi « le Violon » présente-t-il un musicien qui « se demandait souvent comment il avait pu échouer là. Il ne trouvait pas de réponse satisfaisante et se répétait simplement : “Je n’y arriverai jamais.” / À quoi n’arriverait-il jamais ? À vivre, peut-être ? Comme les autres » (p. 74). Quelques lignes plus tard, son maître Oscar Glupf lui explique « Il te manque encore un peu… comment dire ?… un peu de Stimkroejt. Tu vois ce que je veux dire ? Mais ne te tourmente pas, tu as toute la vie pour souffrir… »
On ne peut pas nier la gravité du sujet. Mais au lecteur qui se demanderait ce qu’est le / la Stimkroejt, une note précise : « Le mot employé par O. Glupf n’a pas d’équivalent en français. » Après cela, c’est au lecteur de trouver quelque chose…
Déjà dans ma critique de Mademoiselle B., je disais à quel point Pons est un grand joueur.
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Créée
le 11 janv. 2019
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