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Dernière nuit à Twisted River par Missbale974

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Je retrouve enfin le John Irving de ses débuts,le John Irving qui m’avait littéralement conquise avec l’œuvre de Dieu,la part du diable ou encore La veuve de papier.Oui,je le retrouve enfin et en même temps,je découvre un autre John Irving.Un John Irving qui se livre davantage ou qui se livre tout court en la personne de Danny Baciagulopo.

Bien sûr,les personnages de Dernière nuit à Twisted River sont pour le moins originaux et totalement irvinien.Mais,je trouve que pour une fois l’auteur est moins fantaisiste que d’ordinaire.Je l’ai trouvé plus humain plus réaliste et peut-être plus violent aussi d’une certaine manière dans ce roman.J’y ai vu également plus John Irving l’homme que l’écrivain même si j’ai toujours à l’esprit que l’un et l’autre sont indissociables ou plutôt liés.Par ailleurs,j’ai eu l’impression que l’auteur tirait un bilan de sa vie personnelle et professionnelle.Le métier d’écrivain a une grande place dans ce récit ce qui m’a fait penser à Stephen King et à ses mémoires d’écriture.Oui,il semblerait que John Irving tire un bilan;d’ailleurs on trouve beaucoup de références de ses précédentes oeuvres notamment le fameux orphelinat de l‘oeuvre de Dieu et la part du diable.Ici,nous sommes tellement proches de la vie,de ses bonheurs comme de ses frasques que le lecteur a l’impression qu’il ne s’agit pas d’une histoire inventée.La lectrice que je suis avait l’impression d’avoir devant elle une autofiction.Il faut dire que plusieurs éléments autobiographiques ont été disséminé ici et là au cours du roman comme le passé du romancier en tant que lutteur.

Malgré tout,on retrouve les ingrédients traditionnels de tout roman de John Irving: sexe,excentricité,péripéties peu banales…et cetera.Le personnage qui m’a paru le plus irvinien est sans aucun doute Ketchum (je voulais tout le temps l’appeler Ketchup!).J’ai bien ri avec ses « Immaculé Constipation » à un point tel que je ne savais plus qu’elle état la bonne expression (« Immaculée Conception »).Outre son franc parler,le personnage est un vrai nostalgique,nostalgique d’une époque où le progrès industriel n’était qu’à ses balbutiements.Un temps où il y avait du boulot pour tout le monde,un temps où on vivait avec peu mais où on était vraisemblablement plus heureux.Ketchum est aussi un politicien ou un anti politicien;cela dépend du point de vue.A travers ses yeux,on y voit une Amérique qui n’a pas su faire les bons choix et qui encore aujourd’hui ne sait pas comme le faire.On y voit encore les stigmates de la Guerre de Vietnam;et combien cette dernière a scellé l’avenir américain et fait une génération de Pères Kennedy (j’aimerai que JI en fasse un bouquin!).A contrario,Danny est en marge de tout ceci car dit-il: » La marge me convient,la marge est le territoire de l’écrivain ». Il me semble qu’à travers lui, John Irving s’exprime notamment face aux journalistes qui lui reprochent son manque de prise de risque et son silence face à la politique actuelle.Et peut-être aussi,sur le fait que ce qu’il écrit provient toujours de son passé, de sa vie.Dans un même temps,le lecteur ne peut s’empêcher de voir des similitudes entre l’écrivain et ses personnages.D’ailleurs ne doit-on pas voir dans cette histoire un vibrant hommage de John Irving à son père adoptif?Ce père prêt à braver mille dangers pour son fils,ce père qui a fait tant de sacrifices pour son enfant?Et,la mère qui est en retrait pas toujours comprise comme auréolée d’un mystère?

En outre,John Irving « adore » faire évoluer ses personnages dans un milieu difficile qui se trouve très souvent dans le Nord.Le climat y est rude,les villages sont souvent retirés et isolés.Cependant paradoxalement,il y règne une certaine tranquillité une certaine sécurité que n’offrent pas les grandes villes.Et ce,même si parfois l’hiver est synonyme de rudesse et de danger.Là-bas,on est au plus près de la nature,de la vérité ( et puis,au cas où on a toujours une poêle en fonte pour se défendre).Etrangement,l’image qui a perduré dans mon esprit plusieurs jours après ma lecture n’est pas celle de l’Indienne mais bien celle du pin qui se dresse envers et contre tout.Contre le vent,la neige,le froid…la tempête.N’ y a t-il pas plus bel exemple de l’obstination,de la beauté de la nature? Vous noterez que j’ai choisi exprès cette couverture et non celle avec le pin dessiné dessus. Si vous voulez lire ce roman,je voudrais vraiment que vous imaginez votre propre pin comme moi je l’ai fait.Hors contexte,ça peut sembler stupide mais ce passage et ce pin sont vraiment très intéressants et très beaux alors faites moi plaisir imaginez-le!

Dernière nuit à Twister River signe sans l’ombre d’un doute le retour tant attendu d’un John Irving qui s’était perdu en cours de route.En même temps,cela lui ressemble et à la fois,j’ai l’impression de découvrir une autre facette de l’auteur qui n’est pas pour me déplaire.Au début du livre,l’auteur commence tout d’abord par nous présenter Angel,un jeune draveur qui vient de disparaitre fatalement.Le lecteur croit alors que l’histoire se concentrera uniquement sur ce dernier mais progressivement il nous faudra voir plus large.Finalement,ce qui nous attend est une troublante et touchante fresque familiale d’un père et de son fils sur la route allant au devant d’un avenir semé de rencontres, de doutes, d’angoisses et « d’accidents ».

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