Ce maigre livre s’inscrit pleinement dans la mouvance contemporaine — cette mouvance qui, sans se cacher, fait de la quête d’une sainte trinité obsessionnelle son cheval de bataille : l’identité, la foi et le savoir. Une trinité qui hante les porteurs de neurones humains depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Ce n’est pas pour me déplaire, bien sûr.
- Saint Liban, le pays de mes ancêtres, la montagne, etc.
Nous le savons : tout est relatif au contexte. Et au Liban, il est rare de s’ennuyer du contexte. Ce pays est une merveille pour les historiens, car il prouve qu’avec quelques symboles et une histoire plus que bancale, on peut réussir à rassembler des gens honnêtes (ou non — surtout non), au bord, jour après jour, de la guerre civile (ou régionale — surtout régionale), dans une ambiance curieusement hospitalière, nourrie par cette colère que savent attiser les épices des religions abrahamiques (sans doute est-ce l’air méditerranéen qui souffle sur le feu).
Depuis que la France (douce France) nous a donné un nom et une géographie, il n’a pas été facile de trouver une identité au-delà de son influence — ni de celle, plus ancienne encore, de l’Empire ottoman.
Mais revenons au livre.
Il est vrai qu’il est intéressant : Raphaël est un érudit du début du XVIIe siècle, destiné à l’étude théologique. Mais son destin bifurque lorsqu’il rencontre la différence avec un grand D — celle d’autrui, celle qui fascine le cœur des voyageurs.
Toute une imagerie se tisse alors, enracinée entre l’amour du pays et l’amour de l’autre, entre le familier et l’étranger, entre identité et mémoire.
Bien que mon cœur ait été tissé par les fibres du patriotisme, je ne perçois pas clairement l’objectif de cette histoire, en dehors de sa dimension symbolique.
Quant à la structure du récit : il s’agit de l’histoire d’un érudit qui découvre le monde à travers ses voyages, avant de revenir au pays pour se marier et mourir sur sa terre natale.
C’est donc l’histoire d’un homme, issu d’une géographie particulière, qui cherche à embrasser le monde.
Cela dit, la simplicité de l’intrigue se reflète aussi dans la simplicité de sa structure linéaire. Il y a une beauté prévisible dans cette structure, une forme d’élégance tranquille, surtout dans cette narration en forme de cartes postales — un chapitre, un paragraphe, un événement.
Le titre, toutefois, m’inspire beaucoup. Par rapport à la mémoire — qu’elle soit propre au personnage, liée à une géographie ou à l’Histoire —, il y a toujours en elle une part de possibilité, un aspect de couture, une nature multidimensionnelle.