Dans ce livre d’art l’auteure a « cherché, dans les tableaux [du Louvre], des morceaux qui nous surprenaient et qui, nous surprenant, constituaient peut-être aux yeux du peintre la partie la plus subtile de son œuvre : sa quintessence. » Ce livre est donc un hommage aux travaux de Daniel Arasse* sur la question du détail.

Parmi les détails choisis pour chacune des peintures, il y a parfois comme un doute sur leur pertinence. Il en est ainsi pour « La Joconde » (Léonard de Vinci), «Le Calvaire » (Josse Lieferinxe), « Diane Chasseresse » (le détail de la tête de chien n’est guère probant) ; à l'inverse, « l’autoportrait de Dürer au chardon » est tout à fait convaincant : Dürer tordant la tige du chardon jusqu'au point de rupture peut traduire la volonté de déjà briser le mariage (imposé par Papa) qui l'attend. Ce que Dürer fera. Convaincants également les choix effectués pour « la Circoncision »(Jules Romain) ; ici le détail n’en est pas un : on montre toute la scène du rabbin opérant ce qui représente au moins 1/5ème du tableau. Si il y a un détail qui aurait dû être exposé c’est celui du sexe du petit Jésus avec son prépuce offert (sacrifice ?) ; c’est de cela que le tableau rend compte précisément.


Intéressant, le choix du détail concernant « le peseur d'or et sa femme » (Quentin Metsys) : le miroir convexe révèle une croix dans le cadre de la fenêtre ce qui place le peseur d'or et sa femme sous la menace d'un Jugement dernier dont on suppose que les prêteurs n'auront pas vraiment, a priori, la cote…

Puisqu’il s’agit d’un livre d’art, on peut noter l’excellente reproduction iconographique des détails. A l’inverse la reproduction des œuvres dans leur entier est tellement petite (6 cm x 7cm la plupart du temps) qu’ « on n’y voit rien »… qu’on cherche parfois en vain l’endroit d’où a été tiré le détail… C’est d’autant plus dommage que la mise en page permettait l’agrandissement (au moins de 15%) de ces reproductions d’ensemble.

Les textes qui accompagnent chaque œuvre sont assez courts ; ce livre est avant tout fait pour l’œil. Un bonheur que l’on devrait avoir (à voir) devant chaque peinture à laisser trainer son regard librement pour s’arrêter parfois sur ce détail qui nous parle personnellement.

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* Daniel Arasse, « Le détail. Pour une histoire rapprochée de la peinture » (Flammarion). Un livre exceptionnel ; quand intelligence et sensibilité vont de pair ; ce qui s’est fait de mieux sur la peinture classique.

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Créée

le 2 mai 2025

Modifiée

le 21 juil. 2025

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Philippe Erbs

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