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"Du champagne, un cadavre et des putes", tome deux ! Avant de lire cette critique, je vous invite à commander le tome un sur le site de l'auteur. C'est fait ? Bien, alors on peut y aller.

Après un premier tome histoire de planter le décor, ce second tome débute en nous déroulant tout le passé de Lauranne (la colocataire d'Alice, assassinée). Et de sa mère aussi, au passage. On est ici sur une très intéressante étude de personnages, et c'est un délice de comprendre pourquoi chaque personnage fait telle action car tout son passé l'a amené à cette décision. Comme dans un (bon) procès : on doit juger une personne sur ses actes, oui, mais avant de la juger c'est bon de savoir ce qui l'a amené à passer à l'acte. C'est en prenant de la distance, de la hauteur, qu'on apprécie mieux une situation.

Comme pour le premier tome, les situations sont des prétextes pour aborder différents sujets de société. Et cette façon de décrire l'enfance, l'adolescence puis le début de la vie d'adulte de Lauranne durant une bonne centaine de pages, c'est vraiment intéressant, car si dans le premier tome on pouvait avoir une vision superficielle de ce personnage (plutôt insupportable), ici on comprends mieux son caractère, ses choix, que l'on les aime ou non.

Cette partie alterne entre son témoignage (via une discussion), passages du journal en ligne d'Alice (qui parle d'elle), témoignages de gens qui l'ont rencontré, tout ça via le commandant Lespalettes. Impossible de ne pas faire un parallèle entre Alice, qui a grandi dans la misère (autant matérielle qu'intellectuelle) mais rêvait d'évasion, et l'enfance dorée (ou presque) de Lauranne, qui avait tout pour "réussir", mais qui ne désirait rien au fond d'elle.

Pour continuer sur cette lancée, on en apprend plus sur Lawrence, un personnage dont je ne dirais rien ici (pour garder la surprise) mais qui lui aussi pourrait (et peut) faire tout ce qu'il veut grâce à la fortune de son père, mais qui a par contre choisi sa vie : retaper un vieux château, apprendre à faire de la très bonne cuisine, plutôt que de profiter facilement de la notoriété de son père et devenir musicien reconnu. Reconnu, certes, mais devenir une star mondiale via les réseaux de son père, où est le mérite ? Ce passage est un prétexte pour l'auteur de parler des "fils et filles de" (Souchon, Hallyday, Chédid etc) et de déterminisme social. Un déterminisme qui fait que les "fils et filles de" trouveront naturel de suivre la même carrière que leur parents (dans le sens "c'est possible de faire ça") quand les gens moins bien nés s'interdiront probablement jusqu'au fait même de rêver être musicien/artiste, qui d'ailleurs pour beaucoup de gens n'est pas un "vrai" métier.

Un autre passage sur la vie de Lawrence est prétexte à l'auteur de parler des milieux artistiques et culturels en France, où tout le monde aime les rebelles, mais personne ne les programme en festival, car ça pourrait choquer, ou alors l'artiste ne rentre pas dans un cadre bien défini, avec une étiquette immédiatement compréhensible... Ici, difficile de ne pas comprendre que l'auteur parle de son vécu. Je dis "ce passage", mais c'est fantastiquement développé, ça prends le temps, ça construit, ça analyse, ça développe, tout ce qu'on ne trouve presque plus aujourd'hui. Qu'est-ce que ça fait du bien ! Quand on aime voir les choses poussées à fond, ça fait plaisir.

La suite du livre traite de la love story entre Alice et Lawrence. Ici, ça voyage pas mal, ça nique beaucoup, ça mange bien, ça nique (encore) et je vous invite à le lire vous-même pour vous faire une idée. Je ne veux pas résumer ça à quelque mots jetés ici, ça serait tellement réducteur... Allez, je craque : Le Caire, Lascaux, Venise, l'Espagne. Ecrit comme ça, ça fait carte postale, mais dans le livre ça doit faire pas loin de deux cent pages. Des pages non pas juste remplies de descriptions, mais de pensées, d'attitudes : le passage ou Alice s'allonge au sol pour fixer des heures durant la chapelle Sixtine (au lieu de faire un selfie puis d'aller faire un autre selfie dans un autre endroit) est très beau.

J'en reviens à ma comparaison avec Seigneur des Anneaux dans ma critique du tome un : imaginez Aragorn face à la cité de Minas Tirith, mais au lieu de juste se taper une grande et belle description, on a une grande et belle description, oui, mais on a en plus les pensées d'Aragorn qui se pose dix milles questions sur les gens qui ont construit ça, leur but, ce dont ils voulaient témoigner etc. Personnellement, je trouve ça passionnant.

Et, encore une fois, c'est un prétexte à l'auteur pour nous exposer son point de vue sur notre société qui fait qu'on ne prends plus le temps pour dire pourquoi on aime quelque chose, on lâche un like et on passe à autre chose. Un autre passage dans la grotte de Lascaux est l'occasion de dépeindre cette activité on ne peut plus inutile (mais belle) de peindre des animaux sur le mur d'une grotte, alors qu'on devrait être (en principe) occupé à chassé ou se reproduire. Ceci dit, sur ce passage, j'ai vu un documentaire qui expliquait que les hommes préhistoriques auraient pu peindre ces animaux pour provoquer la chance. Tapez "chasse magique" dans Google.

Dans tout ça, l'enquête suit son cours, doucement, au fil des discussions, des évocations et des souvenirs. Un élément devient un autre prétexte à une critique sur notre société, mais je n'en dirais pas plus pour garder la surprise, il y en a plein et c'est un régal. Disons que ça parle beaucoup de consentement, que jouer un jeu, s'évader le temps d'un instant et laisser libre cours à ses fantasmes ne signifie pas qu'on est comme ça dans la vie de tous les jours, et que, merde, chacun a le droit de faire ce qu'il veut de son cul si c'est entre adultes consentants. J'en profite pour dire que ce second tome est on ne peut plus plein à craquer d'amour entre Alice et Lawrence. Mais pas d'un amour naïf, non, plutôt d'une relation extrêmement épanouissante, sans aucun(s) non-dits. Oui, il est beaucoup (beaucoup) question d'amour dans ce tome deux, et je dois dire que, de la part de l'auteur, qui m'avait jusqu'ici plus habitué à du trash-intello, c'est surprenant. Amour entre deux personnes faites pour être ensemble, amour pour le vin, pour l'architecture, la cuisine, les voyages.

Vous me lisez toujours ? Bien. Ce deuxième tome est fascinant, car on a envie d'en savoir encore toujours plus sur ces personnages, et jusqu'à présent, il n'y a (enfin, pour moi) pas le début d'un indice sur qui a tué la victime, du moins qui aurait eu un intérêt à le faire. Mais quand je vois les noms des chapitres du prochain tome, je me dis qu'il y aura sûrement le début d'une piste. Et ce sera l'occasion d'en savoir encore un peu plus sur la vie de ces personnages, et pour l'auteur l'occasion de développer ses points de vue sur notre monde. Hâte de lire le troisième tome !

Tubulamarok
10
Écrit par

il y a 1 an

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Deidre
9

Plus éblouissant qu'il est possible de l'imaginer

Ce qui est sûr, c'est que Vaquette sait faire désirer ce qu'il semblait mettre au cœur de ce deuxième tome, car j'ai bientôt dévoré la moitié de cet ouvrage fort conséquent avant d'arriver enfin au...

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il y a plus d’un an

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Arcturuspb
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Les Neuf Salopards
Tubulamarok
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il y a 10 mois

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Tubulamarok
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