Splendeur et ennui de la mondanité

Avis sur Du côté de chez Swann

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La première partie est agréable à lire, la seconde, le part du lion de ce premier volume, est ennuyante dans sa romance, la troisième nous raconte les premiers émois amoureux de notre jeune narrateur.

C'est sans hésiter à travers son style (quelle navrante erreur que de faire lire ça à des lycéens, il faut bien avoir ses quelques mètres de rayonnages avant de lire cet auteur) que Proust fais resplendir la littérature : jamais des oeuvres d'images ne sauront rendre les mouvements incessants de l'âme humaine à travers les errances des sentiments, seule la littérature peut nous ouvrir si majestueusement le contenu de nos esprits et de nos coeurs.
C'est sa plus grande réussite mais aussi sa plus profonde limite : les gens de science cherchent à comprendre les systèmes, les gens de lettres à comprendre la pensée humaine, les gens de rien tout le reste comme les vétilles de la mondanité et c'est seulement ici que Proust régne sans partage.
Pour faire appel à des terminologies modernes, on pourrait presque dire qu'il est déconnecté des réalités, voir dans sa bulle, car finalement hormis cette redoutable dissection des ressorts de nos esprits torturés, le récit ne touche à rien. L'histoire ou les sciences n'ont pas droit à une ligne, l'art parfois est à peine mentionné comme seul moteur de nos émois, ne reste que la contemplation de l'évolution de nos sentiments en proie à une liberté toute propre à l'époque et à ses moeurs...
Quoique... s'extasier sur les petits riens de la vie et être blasé devant les choses a priori magnifiques (qui en fait ne sont le plus généralement même pas mentionnées)... qu'en conclure? Proust est un parisien standard, au moins ceci n'a-t-il pas changé.
Ainsi le trop fameux épisode la madeleine ( qui a lieu 40 pages après le début, à croire que tout le monde a lâché ensuite) n'est qu'un décryptage du fonctionnement de la mémoire. Par suite, en méditant un peu la question, hormis les leçons de nos mentors, c'est l'ensemble de la mémoire qui fonctionne grâce aux associations, autant dire que Proust a fait une découverte aussi évidente que Newton avec la gravité.
Il y aura d'autres épisodes de cet acabit, ainsi celui de Swann se souvenant du début de son histoire avec Odette à l'audition de la phrase de Vinteuil est-il bien plus marquant (pour une raison que j'ignore, la musique d'Erik Satie me parait bien mieux convenir que d'autres proposées).
On peut reprocher à cet ouvrage ces interminables épanchements sentimentaux surtout quand on arrive à la conclusion de la partie consacrée à Swann qui nous relate un caractère vain à ces histoires de coeur.
Il y a d'autres fonctionnements cérébraux qui sont décortiqués, ainsi ces moments où notre cerveau refuse de fonctionner nourrissant un certain déni de réalité très à la mode, ou encore l'ensemble des plans qu'un esprit trop esseulé ne cesse d'échafauder bâtissant des espoirs projeté dans un futur conjugal plus qu’hypothétique ("faire ses films" en serait la retranscription moderne).
N'oublions pas non plus cette suspension temporelle dont il est capable, analyser sur des pages entières la retranscription de ces quelques micro-secondes qui vont ponctuer un échange ou décider d'une réplique supplémentaire, il est certain qu'avec ces moyens dévolus, on ne peut qu'en ressortir des analyses fines, c'est bien la moindre des choses.

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