Un premier recueil de poèmes, décevant car n'arrivant pas assez à s'arracher au cliché.
Publiée en août 2012, cette toute première œuvre du jeune Dakarois d'origine libanaise Nassif Amir Farhat, chaleureusement recommandée par la libraire Lina Husseini - à qui je dois déjà la découverte des captivants Felwine Sarr et Patrice Auvray, ne tient hélas pas ses promesses, dans mon cas particulier.
En matière de poésie rimée (puisqu'il s'agit là d'un recueil d'environ 35 poèmes), je suis il est vrai davantage amateur de formules ayant leur part de mystère et ne se dévoilant pas au premier regard. Ici, la pellicule parfois mince qui sépare la beauté liée à la simplicité, au recueillement, de la triste platitude des clichés asservis à la nécessité de la rime me semble hélas avoir été franchie, vers le mauvais côté.
Il reste toutefois quelques beaux passages, au début et à la fin, qui, en se dégageant de la fadeur majoritaire, donnent à lire ce que cette poésie pourrait, je l'espère, devenir prochainement.
"Mes braves, tenez ! Tenez ce coffre.
Je n'en veux plus, non, je vous l'offre !
Il fut un temps, encore je vous aimais.
Et dans ce même coffre s'égayait
Si belle, heureuse et noble... Mon rire
Est mort désormais, je viens de vous l'offrir."
(Prélude)
"J'ai longtemps méprisé les heureuses personnes.
Souvent, j'ai voulu m'astreindre à la contemplation de ces naufragés, dont la pratique assidue à cette vaine routine, parut chaotique de mon près. J'ai vu les uns, entamant en chœur de vulgaires cantates, arborer un sourire niais et crédule, tandis que d'autres étouffaient de rire et de bêtise. D'autres encore, parmi les plus irritants, s'asseyaient par paires d'ambitions, les paumes entrelacées face aux rayons du prochain crépuscule, pris d'un pareil enthousiasme pour ce qu'ils se vantaient solennellement d'appeler - Oh pauvres et damnés - sans même la connaître du reste, la Vie."
(Mélancolie)