Ève, étudiante en littérature et auteure en devenir, est retrouvée assassinée, exactement comme la victime de son livre. Daniel Merton, son professeur de collège et mentor s'improvise inspecteur et mène l'enquête sur cet assassinat.
Je vais commencer par ce que j'ai moins aimé dans ce livre et qui peut se résumer en une phrase : c'est trop court.
L'auteur fait le choix d'un roman à la première personne avec le point de vu prédominant du professeur de Français. Il ajoute quelques passages, en italiques, exprimant les pensées d'autres personnages. Le problème de ces passages est qu'ils arrivent sans description préalable, sans contexte. Le personnage n'est pas situé. On entre dans sa tête et on saisit une parcelle de sa pensée sans la moindre préparation. Du coup, ce manque de situation rend ces pensées un peu caricaturales. Les personnages secondaires se trouvent ainsi très bruts, sans nuance et donc peu réalistes. Cela aurait pu fonctionner si c'était l'opinion du personnage principal qui était révélée. Mais ça n'est pas le cas.
Ce manque de crédibilité et de soin apporté aux personnages secondaires est d'autant plus manifeste que le personnage principal est très bien travaillé. On découvre sa personnalité au fur et à mesure du récit, grâce à de petits basculements progressifs, parfaitement introduits. On a avec le professeur Merton, un protagoniste fort, bien construit et intéressant. Cette présence compense un peu la fadeur des autres personnages et sert pleinement le récit.
Concernant l'intrigue, si elle est très simple à résumer, elle va se découper en une multitude de petits questionnements... qui vont être laissés en suspens.
On peut déjà saluer le fait que le roman ne tombe pas dans le travers du héros civil qui devient en 30 secondes le meilleur flic du monde. Merton n'est qu'un professeur de Français. Il ne va pas se transformer en pro des courses poursuites, n'aura pas accès aux éléments confidentiels de l'enquête et ne va pas pitoyablement tenter de mettre la pression sur les suspects. On nous épargne également toutes les considérations pseudo scientifiques en matière de médecine légale. En bref, l'intrigue et son personnage principal sont cohérents ! Et je dis merci au Prof de l'être de ne pas être tombé dans un des travers les plus chiants du roman policier actuel !
Le défaut du roman c'est que cette enquête, qui se révèle plus une enquête de personnalité sur Ève, tourne trop vite court. J'aurais aimé qu'on creuse cette personnalité. Et de cette façon, la personnalité des autres personnages, leurs motivations (notamment le frère). C'est franchement frustrant. Même si j'ai adoré le rebondissement qui y met fin. Je vais essayer de ne pas trop vous spoiler. C'était une excellente idée, plutôt inattendue et très révélatrice des personnages. Cette fin est agréablement surprenante et assez comique. Elle a quelque chose de délicieusement grinçant.
L'épilogue, enfin, apporte la réponse à la première question du récit : qui est l'assassin ? Mais il apporte surtout un lot de questions impressionnant. Il crée une mise en abîme très intéressante d'un point de vu de l'écriture, mais qui n'est finalement pas bien amenée, pas préparée. Ça permet d'évacuer certaines des critiques que j'ai pu faire plus haut mais cet ultime switch a un arrière-goût de tricherie, car rien ne permet de le soupçonner. Je trouve réellement dommage qu'il n'y ait pas quelques subtils indices épars, cachés dans le livre qui permet de se dire « ah, mais oui ! ». Du coup, ça m'a laissé un peu perplexe.
Pour résumer cet avis en moins de 240 caractères : Ève est un agréable roman policier, avec une intrigue plutôt originale, mais définitivement trop court. On en veut plus !