Un bout de multiracialisme reellement existant

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Il est a noter qu'a l'heure ou j'ecris ces lignes, l'essai n'est disponible qu'en anglais (et il en sera probablement ainsi pour longtemps vu le sujet et l'angle pris).


L'auteur Charles Murray est surtout connu pour avoir ecrit le tres celebre (et polemique) "The Bell Curve" avec Richard J. Herrnstein. Ce politologue libertarien declare etre un patriote convaincu attache au credo americain, notamment par le fait qu'idealement ce credo ferait prevaloir un individualisme meritocratique^ a une gestion communautaire plus ou moins coercitive de differents groupes (raciaux en l'occurence).


Il declare des les premieres pages avoir ecrit ce livre afin de reconcilier les citoyens, personnalites et politiciens de centre gauche et de centre droit de bonne volonte afin de lutter contre les derives d'une droite qu'il juge extremiste (illustree par l'occupation du Capitole du 6 janvier 2021) mais peut etre surtout d'une gauche dite de l'identity politics^^. Pour ce faire il souhaite rappeler deux faits objectifs sur les groupes raciaux aux USA (grosso modo, ceux qu'il appelle les Africains, les Asiatiques, les Europeens et les Latinos, avec toutes les imperfections que cela implique et qu'il reconnait lui meme) : (i) les Africains et les Latinos ont en moyenne (il insiste sur ce point) des capacites cognitives (approximees notamment par des tests QI) plus basses que les Asiatiques et les Europeens et (ii) les Africains et les Latinos ont des taux de criminalite significativement plus eleves que les Asiatiques et les Europeens.


L'enjeu des Chapitres III et IV (respectivement sur les capacites cognitives et la criminalite) consiste a demontrer que ces caracteristiques ne sont pas dues a un racisme systemique (des dispositions culturelles et institutionnelles qui defavoriseraient les Africains et les Latinos mais qui favoriseraient mysterieuxement les Asiatiques), meme si l'auteur ne se risque jamais ouvertement a avancer l'argument biologique (il se contente de constater des differences par groupes raciaux).


Les enjeux des Chapitres V et VI consistent a demontrer les effets de ces differences cognitives et des ces taux de criminalite sur le marche du travail et sur le sous developpement des quartiers Africains et Latinos et la perversite des politiques de discrimination positive (affirmative action) telles qu'elles sont appliquees depuis les annees 1970.


Le Chapitre VII conclue sur le risque de voir les Europeens ( = les Blancs) s'approprier et reprendre massivement l'identity politics a leur compte et sur la necessite de revenir a des politiques publiques color blind qui integreraient les capacites cognitives de tout un chacun dans l'attribution des postes publics et les promotions de postes (et par extension dans la selection universitaire et de bourses universitaires). Il rappelle par ailleurs (dans le Chapitre V me semble t'il) la necessite pour les chercheurs en sciences sociales mais aussi les journalistes, de prendre en compte les capacites cognitives individuelles dans leurs etudes, modeles et discussion. Par ailleurs, si l'on se base sur le Chapitre III, il semble etre en faveur de la poursuite des politiques d'invesitssement massif dans l'education des jeunes Africains (et par extension) Latinos durant les 12 premieres annees scolaires ( = jusqu'a la fin du lycee), bien qu'il ne soit pas tres expansif a ce sujet^^^.


Quoi qu'on pense du bouquin, je me dois de signaler un serieux travail universitaire, jusque dans le sourcage et la mise en ligne des donnees empirique. Il merite d'etre lu et connu dans le milieu francophone.


Quelques passages que j'ai pu relever (la pagination renvoie a l'edition originale chez Encounter Books) :


-p.4-6 : tres bonne continuite du "Qui sommes Nous" d'Huntington ==> le credo americain est severement combattu par une nouvelle gauche dite de l'identity politics (woke, critical race theory, antiraciste...) pour qui il est essentiel de caracteriser tant les individus et les groupes par leur race leur sexe (ou plutot leur genre) et leur orientation sexuelle et pour qui il est necessaire de deconstruire entierement l'histoire et le patrimoine americain (puisque marque par l'homme blanc) ; cette identity politics est soutenue tant par les milieux politiques (administration Biden) que par une partie significative des milieux d'affaires ;


-p.6-8 : a mon avis c'est l'impasse conceptuelle du bouquin ==> vouloir demontrer dans un premier temps des differences raciales en terme de criminalite et de capacites cognitives pour mieux justifier dans un second temps des politiques publiques ``color blind'' dans un environnement qui resterait multiracial ; la continuite logique de la premiere partie aurait ete de justifier dans un second temps des politiques de separation raciale au moins sur base volontaire. Mon interpretation est que etant libertarien elitiste Charles Murray soutient un individualisme meritocratique strictement base sur les capacites cognitives des individus et ne se soucie pas plus que ca des sujets comme le communautarisme racial^^^^, alors que paradoxalement il n'hesite pas dans ce livre ainsi que dans The Bell Curve de s'attaquer directement a la thematique raciale ;


-p. 10-11 : justification genetique synthetique et plutot convaincante des differences de ce que les biologistes appellent population et ce que le vocable americain appelle race et ethnie mais qui ne dit rien sur le fond : on peut identifier des differences genetiques de population mais les criteres de differentiation ne sont pas precises ici ;


-p.11 : composition genetique des differentes groupes ethniques et raciaux aux USA ;


-p.19 : une realite multiraciale nuancee ==> il y a au moins 3 Ameriques, voire 4 : celle totalement multiraciale des 50 + grandes villes ou les Europeens sont deja minoritaires (et parfois comme a Miami et Los Angeles meme pas le premier groupe demographique), celle du Sud Ouest et du sud de la Floride en voie de latinisation, celle du Sud profond avec une tres forte minorite africaine (= noire) et celle du reste du pays beaucoup plus europeenne (= blanche). Ce a quoi s'ajoutent quelques reserves amerindiennes et des localites asiatiques (les Asiatiques etant plutot regroupes dans les grandes metropoles du pays) ;



Chapitre III :



-p. 20 : les notes de bas de page 2 et 3 sont particulierement importantes ; la #2 insiste sur le fait que le biais de stereotype semble peu corrobore empiriquement, la #3 revient sur les debats quand a la pertinence scientifique du QI et du facteur g ; malheureusement l'auteur Charles Murray ne revient pas lui meme plus en details sur les arguments avances par chacun des partis mis a part que le critique de la mesure du facteur g Stephen Gould faisait reposer son propre argumentaire sur la psychometrie telle que pratiquee dans les annees 30, argumentaire deja obsolete dans les annees 70 ;


-p. 21 : 3 faits a propos de la race et du QI ;


-p. 26 : la méthodologie de l'auteur concernant les études sur les différences raciales cognitives ; un point sur lequel je m'arrête ; prendre uniquement les études avec les adolescents et des adultes et non pas des enfants (raison expliquée mais bon...) ;


-p. 30-31 : explication intuitive de l'interprétation du QI ;


-p. 30 et suivantes : les objecteurs pourraient suggérer que les tests NAEP (National Assessment of Educational Progress) démontrent un racisme systémique envers les Noirs et les Latinos... mais il est vrai qu'il y a le contre exemple asiatique ;


-p. 38-39 : répartition raciale du QI ==> aux USA 70% des personnes ayant 100+ de QI seraient Asiatiques ou Europeennes ; 85% pour les 115+ ; 96% pour les 140+ ;


-p. 43-46 : discussion extensive pour defendre la fiabilite des tests NAEP et QI et reponses aux biais qui leurs sont imputes ;



Chapitre IV :



-p. 49 : la note de bas de page 2 associée est très utile pour comprendre la necessite de prendre en compte des taux de criminalite au niveau des localites et pas seulement au niveau national lorsqu'on veut comparer les taux de criminalite par race ;


-p. 50-51 : stats de crime issues des données des Police Department compilées pour 13 villes ; ratio crime effroyable pour les Africains : entre 9 et 12 fois + de crimes que les Europeens ; élevé mais sans commune mesure pour les Latinos : entre 2,4 et 3 fois + de crimes comparés aux Europeens ; les Asiatiques commettent le moins de crimes ;


-p. 55 : bon contre argument à la police raciste ;


-Dans l'ensemble, le Chapitre IV est assez astucieux : methodo = calcul de ratios de crimes commis pour 100K hbts par race puis compare les ratios en se basant sur les donnees de PD de 13 agglomerations (incluant NYC, LA et Chicago) et/ou NYC uniquement (pour les plaintes rapportees et les tentatives d'homicides par armes a feu). D'abord commencer par crimes violents (autre que les homicides = viols, braquages, aggressions physiques), puis par les homicides, puis les plaintes rapportees a la police (NYC uniquement) puis les tentatives d'homicides par armes a feu (NYC uniquement), avec possibilite de tenir compte des zip codes dans ce dernier cas (donc tenir compte de la composition ethnique des quartiers) et enfin finir avec les cambriolages... dans tous les cas les ratios crimes Africains/Europeens sont monstrueux (ratio de l'ordre de 9 a 11), et sont notablement plus importants concernant Latinos/Europeens (ratio de l'ordre de 2 a 3) ; les Asiatiques ne sont pas reportees car ils ont des stats de crimes trop basses (ce qui ferait exploser les ratios) ;


-A noter que pour le Chap IV, l'argument du racisme systemique n'est pas totalement demonte, mais encore une fois il bute sur le contre exemple asiatique ;



Chapitre V :



-p.65 : l'importance des capacités cognitives sur le marché du travail ;


-p.70-71 : décalage cognitif en cascade induit par les politiques diversitaires ==> les Africains et Latinos sont acceptes dans les Universite avec des scores SAT-ACT (equivalents du Bac) en general + bas que les Asiatiques et les Europeens ; en effet les universites les + prestigieuses (Ivy League, MIT, Stanford...) se battent pour avoir le maximum d'etudiants Africains et Latinos les + brillants qui sont en nombre beaucoup + reduits que les Asiatiques et les Europeens ce qui implique que toutes les autres universites vont recruter des etudiants Africains et Latinos ayant en moyenne des resultats + bas que les Asiatiques et Europeens ;


-p.76-77 : différence de QI par professions ;


-p.82-83 : le bassin des QI 135+ serait quasi exclusivement Asiatique ou Europeen. Dans cette optique, il est logique que les postes a + fortes demande en capacites cognitives comptent peu voire pas d'Africains et de Latinos, le racisme systemique n'aurait rien a voir la dedans ;


-p.88 : conclusion en pied de nez ==> si l'on prend au serieux l'approche par les differentiels de QI on est oblige de conclure que le marche du travail aux USA discrimine systematiquement injustement les Asiatiques et les Europeens au profit des Africains et des Latinos ;



Chapitre VI :



-p.91 : les Asiatiques et les Europeens fuient logiquement les quartiers a forte criminalite, assimilees assez logiquement aux quartiers Africains et Latinos. La gentrification est une exception et souvent elle conduit a chasser les Africains et les Latinos a terme ;


-p.99 : passage offrant une bonne définition de l'Amérique périphérique et de l'Amérique de la globalisation pour reprendre la terminologie du sociologue Christophe Guilluy ;



Chapitre VII :



-p. 115-120 : le risque de la colère blanche et rappel que les relations inter-raciales ce sont degradees significativement a partir du 2eme mandat Obama, pas de Trump (probablement parce que le moralisme des Democrates couple aux consequences de la desindustrialisation des annees 2000-2010 devenait insupportables aux classes populaires et moyennes blanches). Sous Trump c'est l'opinion des Africains (= Noirs) qui a continuer de se degrader significativement par rapport a celle des Europeens (= Blancs) ;


-p. 122 : la solution proposée du color blind dans l'attribution des postes publics et des promotions associées (et dans la sélection universitaire aussi je suppose) ;


-p. 123-125 : rappel de l'importance conceptuelle du credo américain permettant de juger les individualités et non des groupes (la boucle est bouclee).


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^ : Quelqu'un comme Christopher Lasch (dans la Revolte des Elites par exemple) soulignerait que l'identite americaine s'affirmant au XIXe siecle n'etait pas tant celle de la meritocratie que de l'opportunite de tout un chacun (du moins chez les Euro Americains) d'acceder a au savoir et à la culture (non confinés au cadre scolaire) ainsi qu’aux droits et responsabilités civiques, indépendamment de sa catégorie socio-économique d’appartenance. Cela dit cette objection ne remet pas fondamentalement en cause "l'exceptionalisme" de l'identite americaine tel que le percoit Murray.


^^ : A mon avis il a parfaitement raison de beaucoup plus insister sur la gauche de l'identity politics, car quoi qu'on pense de celle-ci elle est objectivement beaucoup plus puissante au sein des milieux scolaires, universitaires et mediatiques et une part croissante des milieux d'affaires et notamment des grandes corporations (Big Business) s'aligne sur cet agenda pour divers motifs (dont pecunier). En bref, cette gauche est autrement plus puissante que la droite dite alternative (alt-right) au sein des centres de pouvoirs socio-economiques de la societe US.


^^^ : p. 36 de l'edition originale Encounter Books, Charles Murray montre que l'ecart cognitif entre Africains et Europeens a ete sensiblement reduit dans les annees 1970 (fin des politiques de segregation raciale) mais semble stagner depuis la fin des annees 1980 ; l'auteur ne precise pas si cette stagnation est un ecart biologique normal, ou si ce dernier peut encore etre reduit ; p. 41-42 l'auteur semble plaider pour des investissements destines a ameliorer le systeme educatif des Africains, en particulier l'education elementaire ; p. 46, l'auteur semble plaider pour des reformes limitees des examens type SAT-ACT (equivalents du Bac).


^^^^ : A ce propos je renvoie a l'essai "La Question Raciale" de Michel Drac qui evoque The Bell Curve, le bouquin qui a contribue a faire connaitre Charles Murray a une audience large.

Rimland
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le 9 août 2021

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