Les artistes, de tout temps, ont eu maille à partir contre l'ordre établi.Qu'il s'agisse de peintres,chanteurs ou écrivains; leur statut de porte étendard dans des périodes trouble de L'Histoire s'est toujours plus ou moins bien accommodé de la propagande officielle. L'Art érigé en rempart contre l'obscurantisme idéologique s'est forgé, depuis L'Antiquité, un pouvoir de subversion qu'aucun autre vecteur social n’a jamais réussi à déloger de son piédestal. Et pour cause, sa popularité croissante auprès des foules la protégé des foudres étatiques. Si la sombre inquisition ayant frappé les pages les plus délicates de L'Humanité ont rendu plus que périlleuse cet institution, provoquant bien des remises en cause allant jusqu'à le faire vaciller dangereusement, force est de constater que son rayonnement intellectuel perdure depuis des siècles et n'est pas près de s’arrêter.

Ainsi en est-il du cinéma,cet art de la représentation visuelle qui n'est que "travestissement" d'une certaine réalité. Comment prétendre dénoncer l'horreur de telle ou telle situation ou rendre justice à une cause noble, combien même la démarche en serait elle sincère, si leur reproduction en devient erronée? Le scandale naquit des interprétations qu'en furent les différentes parties, officielles et officieuses, pour détourner l'esprit premier de l’œuvre achevée. Qu'il s'agisse D'Ordre Moral,Politique, Social ou Religieux; le scandale se créa dès lors qu'un de ces sujets tendancieux se trouva confronté à un point du vue extérieur ne correspondant pas à la thèse dominante. Jean-Luc Douin, journaliste pendant de nombreuses années au service culturel et cinéma du quotidien "Le Monde", remonte alors aux origines du cinématographe pour dérouler le fil au long cours de polémiques scandaleuses ayant égrené son parcours. Riche d'une documentation minutieuse et d'une belle iconographie, il nous passionne par son érudition et nous impressionne par la somme déroutante d'une telle recherche. Ou l'on apprend, parmi de nombreuses autres anecdotes, que dès les premiers temps du muet la nudité, par la force des images qu'elle imposa aux spectateurs, fut condamné par les plus grands penseurs de l'époque comme n'étant qu'une dépravation mentale détournant la spiritualité de tout homme et femme saint d'esprit. Ou encore que la célébrité naissante des premières starlettes ne pouvait être que synonyme de débauche morale dans l’Avènement du Nouvel Hollywood(nous sommes dans les années 20!).

Agencé en plusieurs chapitres traités quasiment à parts égales, le livre analyse ainsi une large palette de l’environnement délétère du 7ème art. Les mœurs y sont affinés selon la lente libéralisation des corps et bon nombre de pleines viendront du fait d'une progressive réappropriation du désir sexuel des femmes, tabou indéfectible de la société patriarcale. Brigitte Bardot sera l'une des pionnières, au début des années 60, à marquer cette révolution et son modèle en inspirera bien d'autres, de l'autre coté de l'atlantique, notamment. Complices de ce progressisme; Roger Vadim, Luis Bunuel, Claude-Autant Lara ou Stanley Kubrick avec sa célébrissime adaptation du Lolita de Nabokov viendront appuyer ce fait sociétal inéluctable. Dans un autre registre, la montée des Nationaux-Socialistes; réceptacle du fascisme ambiant; verra la censure tourner à plein régime. Tandis que Mao privatise l'industrie en pleine Révolution Culturelle pour contrer les opposants de son régime de peur que ceux-ci n'ouvrent trop rapidement les yeux à ses concitoyens(son épouse,fameuse actrice propagandiste détruira la carrière d'un comédien anarchiste en lui coupant tout moyen de communication extérieure), Mussolini passe commande auprès des membres de son camp de films d'actualité mensongers, pratique courante des dictateurs de l'époque(il n’y a qu'à voir la ferveur avec laquelle Hitler s'appropriait le cinéma pour instrumentaliser le populisme germain envers les juifs, Pétain n'en étant qu'un pathétique pantin) pour mieux personnifier sa stature de commandant en chef. Les exemples sont légions de pratiques frauduleuses caractérisant le contrôle absolu des régimes totalitaires envers ce domaine.

La religion, terrain o combien glissant s'il en est, n'est pas épargnée par cette main de fer. La Pucelle D'Orléans de Dreyer, sanctifiée sur L'Autel de La Béatitude Christique, sera jugée indigne par les Hommes D’église qui ne cesseront de sacrifier la pauvre Renée Falconetti, descendante du Diable. Fellini ne sera pas le denier des indignés contre l'hypocrisie régnant en maitre absolu dans sa si chère Italie. Sa filmographie regorge de croyance indigne et de Bourgeoisie dévoyée, du pèlerin baratineur "D'Il Bidone " à la faune gargantuesque de "La Dolce Vita". Son alter-égo Pasolni n'est pas en reste, qui Evangille un Saint Mathieu blasphématoire ou illumine La Putain Magnani dans "Mama Roma". La France à sa "Religieuse" qui modernise l'écrit de Diderot, chose dont Rivette se défendra bien des décennies plus tard, fatigué de s’être battu comme un lion contre les ecclésiastiques. L' Amérique dépeint un Christ "Humain", désireux de vivre en parfaite harmonie avec ses semblables et amoureux d'une Marie-Madeleine transie devant cette bonté d’âme. Le conservatisme Républicain alertera le grand Scorsese sur son effroyable méprise.

Impossible de lister, de facto, l'immense bréviaire qui entérine l'ouvrage entier sans déflorer son réel intérêt. Ce serait gâcher le plaisir incroyable de la lecture. Car l'auteur a l'immense mérite de nous accompagner avec délectation sur un chemin que n'importe quel cinéphile qui se respecte validera sans sourciller. Ne serait un certain tropisme qui tournerait un (tout petit) peu trop autour d'un Occidentalisme fort au détriment d'une ouverture plus conséquente sur la place de L'Orient et des régions voisines géographiques et politiques, nous pourrions tenir un de ces pavés à marquer d'une pierre blanche! Passé cette remarque, il faut reconsidérer l'énorme travail du journaliste et faire la fine bouche serait injuste envers lui!
Sabri_Collignon
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le 12 déc. 2014

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