Il ne s'agit pas là du bon film de Nicolas Ribowski sorti en 1981 , avec Claude Brasseur et Jean Louis Trintignant , mais d'un des meilleurs romans sans doute de l'écossais Alistair Mac Lean , sorti en 1955 , le même étant plus connu grâce au cinéma pour " the guns of Navarone" .
Voilà bien le genre de roman que l'on lit dans un grenier en Bretagne , en train quand on voyage à l'étranger ou dans son lit à deux heures du matin à la lueur d'une petite lampe.


Mac Lean s'est inspiré de sa propre expérience dans la Royal Navy durant la Seconde Guerre mondiale.


En 1942 , la guerre et sur le point de basculer avec la bataille de Stalingrad , après que les Allemands se retrouvent bloqués à vingt cinq kilomètres de Moscou. Staline a lancé un appel à l'aide en direction de Churchill .


On connaît la répartie célèbre de cet anticommuniste notoire : "s'il faut pactiser avec le diable pour vaincre Hitler , Churchill pactisera avec le diable ". Une espèce de mélange de pragmatisme anglais et de "real politik" sans doute .


Le front russe a toujours été entre autres une sanction tant pour les Allemands que pour les Alliés ou Napoléon , ( on pense au magnifique poème de Victor Hugo "il neigeait" , "pour la première fois l'aigle baissait la tête"... ) , mais sa version septentrionale est la pire . L'enfer de l'enfer .


De toutes les routes qui permettent de rejoindre l'URSS , la route par le nord semble bien une" route de l'impossible" , mais elle est aussi plus courte que les autres . Le quart du ravitaillement à destination des Soviétiques l'empruntera donc pendant la guerre .


Au moment où commence le roman , tout le monde à en mémoire la tragédie du convoi PQ 17 à destination du port d'Arkhangelsk en juillet 1942 , à mille kilomètres au nord de Moscou et plus de sept cent de Saint Pétersbourg . Un port certes pris sous les glaces en hiver , à l'inverse de Mourmansk , mais moins exposé à l'armée allemande .


A la suite d'un ordre malencontreux de l'Amiral Dudley Pound le convoi allié ( bateaux britanniques et américains ) a reçu l'ordre de "s'éparpiller" , ou se "disperser" , exposant ainsi les bateaux qui restaient à un carnage sans nom sous les bombes et les torpilles allemandes , sans doute par ignorance du contexte modifié des stratégies militaires en milieu extrême .


De la même façon , l'équipage du HMS ULysses est qualifié de" mutin" par méconnaissance du haut commandement des réalités concrètes de son engagement . On lui donne donc l'ordre de rejoindre Mourmansk intégré à un convoi , en tant que croiseur léger de cent cinquante trois mètres de long , pouvant filer à quarante noeuds ( environ soixante douze kilomètres heure ) en vitesse de pointe. Il peut envoyer des torpilles de deux cent vingt cinq kilos et aussi des grenades sous marines chargées de trinitrotoluène .


On a là l'addition des contraintes naturelles et des contraintes de guerre.


Des températures descendant usuellement à moins vingt , moins trente degrés celcius et parfois jusqu'à moins soixante , une absence de nuit rendant difficile tout camouflage , une visibilité sommaire en raison du brouillard plus ou moins permanent ,des vents violents , l'accumulation de glace sur le pont ( trois cent tonnes de glaces sur le pont du HMS Ulysses ) , le manque de sommeil , l'humidité quasi permanente , les nerfs à vif , l'impossibilité de communiquer avec les bases arrières dans de bonnes conditions , la redoutable machine allemande Enigma venant d'être mise au point et déjouant au début toutes les ruses de cryptologues anglais de Blechtley Park , le risque fréquent de tomber à l'eau du fait de vagues géantes et d'être alors voué à une mort certaine.. ne sont qu'un échantillon des conditions de vie à bord .


A cela s'ajoutent les attaques allemandes aériennes et sous marines . On sait que Hitler a toujours privilégié l'aviation de Goering à la marine des amiraux Raeder et Doenitz . Les sous marins allemands avec leurs héros ( Prim .. , comme la montré le film allemand" le bateau" . ) n'en sont pas moins redoutables .


Mais ce n'est pas tout . La vie à bord du HMS Ulysses est une véritable condition humaine , un microcosme . L'alternative est simple , presque manichéenne : soit cela tend au huis clos sartrien " l'enfer c'est les autres" , soit la fraternité tend à être globalement exceptionnelle .


On trouve en effet , dans cet espèce d'arche de Noé , des marins à sombre passé , un vieux médecin d'autant plus exceptionnel qu'il est non formaliste , un enseigne de vaisseau odieux Carslake qui n'hésite pas à faire arracher volontairement la main d'un matelot ( et le bras si un autre marin n'était intervenu ) pour "réussir" une manoeuvre , un officier de navigation incroyablement décontracté et drôle tout en étant très performant , des officiers mariniers de carrière solides ... et aussi deux chefs âgés , le contre amiral Tyndall et le commandant du bateau , le capitaine de vaisseau Vallery . En retraite , il a été rappelé pour le service .


Très malade du début du roman jusqu'à à la fin . Il tient à peine de bout , à tel point qu'au bout d'un moment une espèce de géant scandinave Peterson , le porte partout où il veut aller . Il tousse , crache le sang et mourra peu avant la fin de l'épopée .


Il n'est pas un héros au sens conventionnel du terme , encore moins un "super héros" , surtout pas non plus "un antihéros" .. , il n'est pas Mike Horn , il est sans doute mieux que cela .


Quand il meurt dans le seizième et avant dernier chapitre Alistair Mac Lean nous dit " Richard Vallery était mort , et , avec sa mort , un grand changement s'était opéré parmi les hommes de l'Ulysses . Lorsqu'il mourut , d'autres choses moururent aussi , car il les emporta avec lui . Il emporta avec lui le courage , la bienveillance , la douceur , l'inébranlable foi , l'endurance infiniment patiente et compréhensive , touts ces choses qui avaient été particulièrement siennes ".


On peut même pas dire que ses hommes auraient jusqu'en enfer avec lui , mais plutôt qu'ils ont vécu l'enfer avec lui .


A sa sortie , HMS Ulysses a été un grand succès. Aujourd'hui on en le trouve plus guère sans doute que chez les bouquinistes ou sur les sites de vente en ligne .


Une très juste cause , un homme droit et héroïque , le service public , le service de "sa majesté ou le bien commun sont sans doute ce qui contribue à expliquer l'inexplicable , celui qui faisait dire à Collenot en parlant de Mermoz dans la Cordillère des Andes ": ce qu'il a fait , aucune bête ne l'aurait fait" .


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Créée

le 24 déc. 2018

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