Quelques mois après son livre sur Thomas Sankara, François de Negroni nous revient avec un recueil de chroniques et entretiens publiés au cours des dernières années sur des supports aussi différents qu’une revue sénégalaise, un blog marxiste, Marianne ou la revue Eléments. Comme l’explique sa préfacière Isabelle Chazot, Negroni écrit « à la façon d’un Roland Barthes qui aurait lu Philippe Muray ». L’auteur, décortiquant divers thèmes d’actualité à la lumière de l’analyse clouscardienne, passe avec volubilité du coq à l’âne, de la critique de l’économie du partage aux significations cachées de la tradition d’hospitalité, d’une charge contre les humoristes cathodiques à une défense provocatrice de la Françafrique, présentée comme « un pôle de résistance civilisationnelle à l’hégémonie de l’Empire ».
On retrouve aussi ses sempiternelles bêtes noires telles que l’écologisme ou l’aseptisation de la langue sous prétexte d’anti-racisme. « L’injonction quasi-judiciariée de s’exprimer en un langage politiquement correct revient à opposer au racisme anti-noir un racisme pro-black » écrit-il. Protestant contre la décision de débaptiser le Bal nègre, il tempête contre l’expression, très à la mode, de black, laquelle assigne les « négropolitains acculturés » à une série de stéréotypes aboutissant à « une défaite implicite de la transmission ».
Ouvrant et clôturant son livre par deux nouvelles plus littéraires (dont l’une nous raconte la fin piteuse d’un notable corse trainant « son vieux snobisme ethno-racial d’ancien petit rufian » dans les bras d’une prostituée peule), le polémiste se livre à un jeu de massacre et tire à vue. Dans sa ligne de mire ? « Les zadistes et autres braillards encabanés », l’africaniste Antoine Glaser, qu’il compare au professeur Septimus d’Edgar P. Jacobs, Michel Onfray, « l*e born gain du spontanéisme vitaliste* », François Fillon, « notable de province quelconque qui a décidé, à rebours de son éthos de classe, de jouer les marquis de Carabas », l’antispéciste Aymeric Caron « soucieux de ne vexer ni ses cousins primates ni ses frères subsahariens », Raphaël Enthoven, Laurent Ruquier, Frédéric Lenoir, Raphaël Glucksmann ou encore Bruno Roger-Petit dont on sait ce qu’il est advenu depuis. Le texte qu’il lui consacre, autour du thème des châteaux et de leur représentation médiatique (Negroni a toujours été passionné par la question du statut de l’aristocratie dans l’univers républicain), dans lequel il renvoie dos à dos la droite des parvenus et la gauche des inquisiteurs, est sans doute un des meilleurs du livre.