Une compréhension historique du développement scientifique

L'introduction de Rheinberger a ceci d'intéressant et d'original qu'elle prend le parti de montrer comment l'épistémologie elle-même a fini par se définir depuis des éléments strictement anthropologiques dès la fin du vingtième siècle. On peut véritablement parler de tournant anthropologique dans la compréhension de ce qu'est la science et des concepts utilisés pour en rendre compte. Ainsi l'idée même de connaissance se voit redéfinie d'après les interactions entre acteurs d'un champ donné - par exemple le laboratoire et l'université - et non plus en amont comme la formulation d'idées possédant une originalité épistémologie inhérente.

En d'autres termes, alors que les grands théoriciens du développement scientifique comme Popper ou Kuhn ou Feyerabend ont fait évoluer le concept de science vers des formes historiques de constitution du savoir - permettant ainsi de définir l'objectivité non pas comme un type de savoir achevé à atteindre, mais comme le résultat d'accidents de l'histoire tels que des crises communautaires ou des accords intersubjectifs aléatoires - les anthropologues finissent par ramener l'idée même de science à des critères d'effectuation. La science serait aujourd'hui l'expression d'une construction plurielle de savoirs dont certains groupes cristallisent les écritures.

Cette trajectoire est intéressante à l'heure où le public prend davantage conscience du rôle des théories scientifiques dans la construction des politiques publiques : en fonction du paradigme d'interprétation de ce qui fond l'originalité de la science, les politiques orientent la gestion des risques dans un sens ou un autre, allant du positivisme le plus radical au constructivisme social aménagé.

Bien écrite, pas pas toujours élégamment traduite (faute de subjonctif dès la première page, si je ne m'abuse), cette introduction se lit rapidement tout en restant claire dans son articulation et les idées présentées. Même pour les connaisseurs, elle offre un recadrage utile et stimulant, et a donc toute sa place sur les étagères de philosophes en herbe.
IIILazarusIII
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le 29 nov. 2014

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