Moins long que les Contes cruels, composé de textes à la fois moins corrigés, plus variés dans leurs tonalités, plus alourdis de dogmes politique et religieux (en gros, célébration du trône et l’autel, sporadique dans l’expression mais résolue) et publiés de façon plus rapprochée, l’Amour suprême est moins réussi. À l’époque où le recueil paraît, Villiers a rencontré suffisamment de succès avec ses Contes cruels pour que les journaux le publient à un rythme assez soutenu, mais n’est cependant pas assez populaire pour pouvoir consacrer le temps et l’attention qu’il voudrait à polir et enrichir sa prose ; or, à l’image de Flaubert dont il mime le Salammbô dans « Akëdysséril », il fait partie des écrivains meilleurs dans le troisième ou le quatrième jet (voire le cinquième…) que dans le premier.
Incontestablement la verve satirique (désolé du cliché) de Villiers s’est appauvrie dans l’Amour suprême, sous le double aspect des idées exposées et de l’efficacité polémique. Les éclats de style restent présents, mais ponctuellement : ici une incise (« l’électricité (cette apparente humiliation du tonnerre) », p. 31, dans « L’Instant de Dieu »), là une ligne de dialogue (dans le même récit, un prêtre déclarant à un moribond « Mes yeux seront aux écoutes de ton regard – au cas où je reconnaîtrai, en moi, que tu regardes ! », p. 33), ailleurs encore une de ces phrases très belles qu’il faut démêler pour accéder au sens (« Son être, d’où sortait cette certitude désolatrice, inspirait, au fort des assauts et des chocs d’armées, aux jeunes combattants de ses légions, des soifs de blessures reçues là, sous ses prunelles », p. 109, dans « Akëdysséril »). Du coup, l’ensemble est moins dynamique.
Ne pas se méprendre cependant : même s’il restait le moins réussi des recueils de Villiers – il m’en reste un à lire, un à terminer et un à relire qui dans mes souvenirs est meilleur –, le recueil n’est pas raté. Je connais plus d’un auteur, y compris dans cette fin-de-siècle si féconde dans le genre, dont l’Amour suprême eût été le chef-d’œuvre.

Alcofribas
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le 28 août 2018

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