Sagement, l'auteur (criminologue dans la vie, comme son héros) choisit le genre policier pour s'adonner à un travail d'écriture dans lequel il se livre au plaisir de se raconter, de parler pudiquement de lui-même en s'efforçant avec succès de distraire les autres. Plus sûr de lui, il aurait pu se dispenser d'inventer cette enquête et produire un roman à la Jean-Paul Dubois. On sent bien que les ingrédients sont là (d'ailleurs, le Goncourt est cité...) Mais il a eu la modestie de s'en tenir à une partition plus simple en s'abritant derrière un genre de pur divertissement. Il réussit son entreprise en coulant dans la masse les moments très personnels de l'histoire familiale du héros criminologue (Émilien Labadie) tournant autour de la (forte) personnalité du père : poids léger, jockey et vétérinaire dont le souvenir plane jusqu'à l'ultime paragraphe dans lequel le fils se retrouve à la place du père, bouclant ainsi une sorte de cycle (œdipien ?): " Allongés sur de grands canapés rouges, deux jeunes enfants et une femme patiente dormaient profondément ".
Ceci dit, l'action ne manque pas car Emilien ne reste pas sur le divan. Ça bouge sans cesse, presque à vous donner le tournis. De Biarritz la cosmopolite (à la basquitude subtilement questionnée par l'auteur) au pays Basque profond, le vrai, Labadie emmène le lecteur dans des développements inattendus et rondement menés. On en arriverait presque à voir notre Maigret gascon du début - un Maigret évoluant dans un microcosme où tout le monde il est beau et gentil car nous sommes dans le Sud-Ouest de la France ! - se transformer en OSS117 en mission dans un " Saint Étienne de Baïgorry - nid d'espions " où convergeraient toutes les menaces du monde. De la criminalité en tous genres, on sent la patte du spécialiste. Mais très peu de morts ou de méchants. Un polar made in Sud-Ouest et taillé pour l'export. En attendant la suite de ce Coke en stock en Euskadi, (par exemple Labadie en Afrique, Labadie au Québec, etc...) pourquoi pas une traduction en euskara ?