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L'Enfant perdue par Christine Deschamps

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Quatre étés que je m'accroche à cette histoire d'amitié étrange, tourmentée et sombre, presque malgré moi, parce qu'on me l'a conseillée chaudement et qu'une fois lancée, je ne sais pas m'arrêter. Et voilà, j'ai tourné la dernière page de la fameuse saga napolitaine. Pendant plus de trois ans, j'ai ardemment souhaité que l'autrice nous emmène quelque part, parce que la suivre dans le dédale de ces faux-souvenirs, au milieu de ce quartier vociférant et souvent veule est une épreuve que je ne souhaite finalement à aucun lecteur. Pendant toute la première partie de ce dernier opus, le découragement m'a guettée : une romance avortée entre un jeune coq et la narratrice, que je ne suis jamais parvenue à trouver sympathique. Pénible. Et, enfin, l'ultime développement de l'amitié toxique entre les deux petites filles du tome 1. Et c'est là que mon attente obstinée a payé. Enfin, d'une certaine façon, parce que je ne tiens toujours pas la révélation à laquelle j'aspirais, mais, au moins, Elena Ferrante parvient à capitaliser sur le gros mille-feuilles qui lui sert de substrat et à le presser suffisamment pour qu'en surgisse un certain sens de la destinée. Et ça, j'aime bien; que la vie soit comme un chemin et nous emmène vers un dévoilement progressif ou soudain qui révèle son sens. Grosso modo, disons que la saga trouve à la fin du tome 4 un épilogue doux-amer non dénué d'intérêt. Même si personne n'y est vraiment sympathique. C'est fortiche, quand même, une saga entière remplie uniquement de têtes-à-claques. Même les enfants y sont de sinistres cuistres en puissance ! Au bout du compte, si je devais tenter d'analyser ce qui a vraiment fait que je suis restée à la porte de ce loooong récit, je dirais que c'est sa littéralité : la narration s'ingénie à rester au ras du sol, le nez sur les événements qui s'accumulent, en évitant soigneusement de prendre le moindre recul ou d'avoir recours au plus petit soupçon d'humour. Et ça, non seulement c'est éprouvant, mais c'est très peu littéraire, à mon sens. On m'opposera de cuisants démentis avec des exemples bien sentis, mais je maintiens qu'ici, on s'ennuie fermement à ne lire que la description factuelle des actions et des pensées des uns et des autres, sans aucune forme de commentaire. L'absence de ton est peut-être déjà un commentaire, me direz-vous... sauf que je n'ai jamais réussi à prendre le moindre plaisir à enchainer ces lignes ultra-plates. La quatrième de couverture mentionne les adjectifs "volcanique" et "shakespearien"... j'en ris encore. Un peu jaune, parce que, au bout de 4 étés, la jolie fraîcheur de ce rire spontané a eu le temps de passer et qu'il ne me reste qu'une vague crampe du côté des zygomatiques. En résumé, j'aimerais bien qu'on m'explique comment diable on a pu construire un phénomène littéraire avec des platitudes pareilles.

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