"L'homme qui pleure de rire" de Frédéric Beigbeder : la fin d'Octave Parango, et de Frédéric Beigbed

Avis sur L'Homme qui pleure de rire

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Après Une vie sans fin, autobiographie transhumaniste pas vraiment captivante, Frédéric Beigbeder revient en librairie ! En bon communiquant, l’auteur n’a choisi rien d’autre qu’un smiley pour titre, smiley que l’on traduire par L’homme qui pleure de rire. Alors, un retour à la hauteur des attentes après plusieurs livres en demi-teinte ?

La bande-annonce

Octave Parango a travaillé dans la publicité durant les années 1990 et dans la mode durant les années 2000. Il est désormais humoriste à 8h55, le jeudi matin, sur la plus grande radio nationale de service public.

L’homme qui pleure de rire clôt la trilogie d’Octave Parango sur les aliénations contemporaines : après la tyrannie de la réclame puis la marchandisation de la beauté féminine, Frédéric Beigbeder s’attaque à la dictature du rire.

Une satire réjouissante des dérives de notre société du divertissement.

L’avis de Lettres it be

Octave Parango est chroniqueur dans une matinale sur la radio publique. Les digues ont définitivement cédé entre lui et son inventeur, qu’importe, Frédéric Beigbeder est de retour. C’est peut-être l’heure du grand retour attendu de longue date. Ainsi, Octave nous raconte dès les premières pages la réalité d’un monde des médias qui ricane sur les cendres encore chaudes de l’éthique journalistique. Octave n’a pas préparé sa chronique, le mauvais élève est renvoyé manu militari. C’est ainsi que démarre L’homme qui pleure de rire. En somme, Frédéric Beigbeder continue de raconter sa vie, délire autobiographique peu communicatif entamé de longue date mais ayant pris un tourment bien plus marqué dans Une vie sans fin notamment. Mais ce n’est pas le pire…

Des considérations hâtives sur l’humour en 2019, des réflexions brumeuses sur le rôle du rire dans notre société… Très vite, ne semblant pas vraiment savoir comment tisser une nouvelle histoire, Frédéric Beigbeder (à travers un Octave Parango qui a décidément bon dos) se lance dans des diatribes modernes trop modernes sur la rigolade qui réussissent en un domaine, de toute évidence : nous pousser à (re)lire Bergson et son chef-d’œuvre sur le rire, histoire d’y réfléchir vraiment. Avec Beigbeder, sur bien des points, ça commence déjà à sentir le coup fourré pour cette fois…

Des pages sur ses vieilles années et les émois du Caca’s, des pages sur le Moulin Rouge, des femmes qu’il faut « baiser », de la drogue, encore de la drogue… Passée le premier quart du livre, Frédéric Beigbeder poursuit son enlisement. Oona & Salinger annonçait une redescente, Une vie sans fin la confirmait. L’homme qui pleure de rire scelle le sort de notre homme : Frédéric Beigbeder n’a (vraiment) plus rien à dire. Ce qui semblait être la fausse marque de fabrique d’un auteur décidément brillant et inventif devient aujourd’hui un leitmotiv poussiéreux et plus que jamais vérifiable. L’homme qui pleure de rire, sur plusieurs centaines de pages, est un empilement de souvenirs désuets, de passages pas finis, d’idées jamais vraiment développées.

Que dire du personnage d’Octave Parango… Autrefois double littéraire séparé par une frontière poreuse mais mystérieuse d’avec son auteur, Octave devient le paravent égotique d’un Frédéric Beigbeder devenu bien trop feignant. On ne sait plus vraiment qui est qui, on ne sait plus des souvenirs et des inventions ceux qui ont la plus grande part de véracité. Et le roman de prendre une tournure dispensable, inintéressante précisément là où les deux premiers volets de la « trilogie Parango » parvenaient à décrire le vrai décoré de fiction dans un remarquable numéro d’équilibriste. Le voltigeur est à la retraite, écrivain embourgeoisé et aviné (et plus si affinités) de ses succès passés. Circulez, il n’y a plus rien à voir !

L’étranger sensation de voir les vieilles gloires littéraires s’enferraient dans un mélange de nostalgie bougonne et de considérations râleuses sans grande inventivité avait touché un sommet avec le White de Bret Easton Ellis. Frédéric Beigbeder va plus loin et parvient à montrer que nos auteurs, jadis parmi les plus inventifs et les plus marquants, peuvent aujourd’hui davantage ressembler à l’oncle bourré qui râle à son coin de table, les dimanches des repas de famille, un tonton vexé des tourments de la vie, rancunier au possible. Même bourré H24, même avec le nez poudré et les veines blindées de substances en tous genres, l’effet Beigbeder ne prend plus vraiment.

Frédéric Beigbeder a critiqué le monde de la publicité, celui de la mode, maintenant celui de l’humour. Comme une impression de déjà-vu, comme l’impression de retrouver celui qui quitte le navire après avoir grassement profité du confort des cabines et du sourire des hôtesses. Après avoir raconté l’intérieur du monde de la pub’, après avoir infiltré le monde de la radio et des médias pour mieux le dénoncer dans son nouveau livre, Frédéric Beigbeder va-t-il aller plus loin ? Dans quelques années, va-t-il nous faire connaître l’intérieur du monde de la littérature qui, une fois pénétré, permet malgré tout à des auteurs reconnus et bankables d’écrire des textes peu ou pas aboutis ? L’homme qui pleure de rire semble être la triste première pierre de ce sombre édifice…

Retrouvez la chronique en intégralité sur le site de Lettres it be : https://www.lettres-it-be.fr/critiques-de-romans/auteurs-de-a-%C3%A0-e/l-homme-qui-pleure-de-rire-de-fr%C3%A9d%C3%A9ric-beigbeder/

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