La colonelle de Rosa Liksom est à déconseiller fortement aux âmes sensibles et romantiques. Comme l'aurait dit Audiard, c'est du brutal ! Le livre est narré par une vieille femme finlandaise qui se souvient de sa jeunesse marquée par son adhésion enthousiaste aux idées venues d'Allemagne, avec le National-Socialisme triomphant, à l'orée de la deuxième guerre mondiale. L'héroïne du roman va traverser cette époque trouble, où la Finlande combattit l'URSS puis l'Allemagne, en gardant ses convictions jusqu'à la chute du Reich. Pas étonnant qu'elle soit tombée dans les filets d'un ami de la famille (Le colonel), bien plus âgé qu'elle et avec la réputation d'un homme à femmes et d'un caractériel. Une liaison qui durera, jusqu'au mariage, avant que la violence de ce militaire, y compris aux dépens de sa compagne, ne devienne proprement insoutenable. Il y a un côté bestial dans le livre, avec beaucoup de scènes de sexe qui auraient pu d'ailleurs être réduites sans attenter à l'intensité du roman. Néanmoins, c'est un aspect mal connu de l'histoire finlandaise qui nous est présenté, sans filtre, dans un style incisif et très efficace. Heureusement, Rosa Liksom desserre parfois l'étreinte et la cruauté de l'ensemble par des descriptions très lyriques de la nature lapone, si chère au cœur de la romancière. Le livre est relativement court mais très dense et passionnant, non seulement pour sa description d'une époque brouillée, abordée frontalement et sans jugement aucun, mais aussi par le portrait d'une femme complexe, à la fois soumise et libérée, qui assume ses mauvais choix jusqu'à la lie, avant une hypothétique rémission.

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le 29 oct. 2020

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