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La Responsabilité de l'écrivain par poko

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Entre son refus du prix Nobel de la littérature (1964), sa censure du paysage intellectuel et littéraire d’après-guerre et son classique « Qu’est-ce que la littérature ? », je pense pouvoir dire que Sartre se laisse connaître non seulement comme un écrivain engagé, mais en plus comme un écrivain qui réfléchit – qu’on soit d’accord avec sa vision ou non – sur son rôle d’écrivain.
Je n’ai donc pas été étonnée de lui découvrir un essai intitulé « La responsabilité de l’écrivain », paru en novembre 1946 à l’occasion de la première session de la Conférence générale de l’Unesco (je vous laisse imaginer à quel point tout ça fleure bon le traumatisme d’après-guerre).

Bon, on ne va pas dire que ces quelques pages révolutionnent aujourd'hui encore le monde (même si elles ont sans doute eu un impact tout autre dans l'immédiat après-guerre). Sartre y explique pourquoi l’écrivain, plus que quiconque, a le devoir de dénoncer les injustices et de s’opposer à elles : rien d’étonnant de sa part. Là où il se montre intéressant, cependant, c’est dans les définitions qu’il donne pour démontrer le rôle de l’écrivain. On retrouve une réflexion sur ce que sont les jugements de valeurs et la liberté qu’ils impliquent, sur l’influence qu’une société sur le rôle de ses écrivains, etc.. Je trouve par exemple particulièrement éclairantes ses explications simples, très exemplifiées, sur le rôle des mots, du fait de nommer les choses. La lecture de ce livret aiderait sans doute plusieurs étudiants à comprendre plusieurs choses, tant au sujet de Sartre que de la littérature, beaucoup plus qu’un cours compliqué sur la figure abstraite que représente cet auteur trop tentaculaire. A ce titre, je recommande vraiment cette œuvre.

Maintenant, je ne peux pas dire que je suis d’accord avec tout ce qu’énonce Sartre. Il explique par exemple à un moment qu’ « A partir du moment où je nomme la conduite de mon voisin, il sait ce qu’il fait. » Pour moi, c’est tout à fait omettre la marge d’erreur, de mésinterprétation, de mensonge, et même si, parce qu’il passe cinquante pages à expliquer que l’écrivain se doit d’être responsable, Sartre estime sans doute que ce sont des écarts impensables, il me semble essentiel de les tenir en compte parce qu’ils existent.
Un autre souci que j’ai rencontré dans ma lecture, c’est que j’estime que Sartre nous impose parfois des idées, des jugements de valeurs souvent, de manière arbitraire, sans forcément les expliquer au-delà d’un vague syllogisme. C’est assez frustrant, parce que, bon, même en secouant le livre ou en prenant une pelle pour aller déterrer feu Jean-Paul, on a du mal à l’imaginer répondre à nous objections. Ou bien le texte est-il plus difficile à lire aujourd’hui qu’il ne l’était alors ? Je ne sais pas, mais la question est plus intéressante qu'importante : c’est aujourd’hui que je le lis et à partir d’aujourd’hui qu’on continuera à le lire.

En quelques mots, donc, je ne suis pas convaincue par tout le discours de Sartre, même si je dois avouer que je suis d’accord avec beaucoup des idées qu’il émet sur le côté (entre autres son explication du déchirement en l’écrivain entre ce dont il vient et ce qu’il vise), mais je trouve son raisonnement très intéressant et éclairant, tant du point de vue des idées que de celui de l’histoire des idées ou de celle de la littérature. Je ne peux que le conseiller à quiconque se sentirait intéressé par un de ces sujets.

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