«Lava n’.
Savait pas. Qu’elle avait. Un baba. Dans l’bidus.
C’est. Important de. Savoir ça.»
Impressionnant premier roman de Rémi David, à paraître en Janvier 2015 aux éditions Le Tripode, «Lava» est la parole d’une femme qui devant ses juges, veut dire qui elle est, mettre à jour ses failles et tenter d’expliquer son acte d’infanticide.
«Pour. La. Première. Fois vous. Allez. Voir. Celle. Qu’on. Croit. Voir mais. Qu’on n’. Voit. Pas celle dont. On parle et. Qui n’. Parl’. Pas vous. Allez. Connaître. Vous Derrière moi. En. Fin et. Une. Seule fois.
Lava.
La vraie.»
En inventant une écriture, langage malmené, douloureuse musique faite de mots et de phrases déformés et hachés, Rémi David réussit à dire sans pathos la vie déchirée, la parole traumatisée et le désespoir, la dissonance d’un acte d’infanticide trop monstrueux pour être appréhendé, et la forme d’exclusion qu’exercent ceux qui maîtrisent le langage.
«Lava va. Perdre. Ses ch’veux va. Comme tout l’monde. Perdre. Ses dents. Lava. Son visage va. Se creuser elle. N’y. Verra. Plus bien ses. Mains vont. Se. Fripper ses. Lèvres se. Riduler son. Fagusse. Arglouper comme. Vous et. La justice n’est. Nulle part. Ailleurs. Que la pas dans. La vroutche que. Vous. Ouvrez mais. Dans. Ce. Désastre. Là.»
Forant des trous dans la langue avec un texte truffé de points comme un champ de mines, ce monologue douloureux est un combat avec les mots, un empêchement du sens pour un acte au-delà du sens commun. Langage non-immédiat, le récit de Lava devient vite familier, formant une œuvre qui se regarde et s’entend tout autant qu’elle se lit.
«Et ma propre langue m’apparaît de plus en plus comme un voile qu’il faut déchirer afin d’atteindre les choses cachées derrière.» (Samuel Beckett, Lettre à Axel Kaun – en épigraphe)