Gwenn Rigal est guide à Lascaux depuis 2003. Il est habitué à ce que, à la fin des visites, les visiteurs de la réplique de la grotte lui posent deux questions à propos de ses célèbres peintures : comment, et pourquoi ? Si la première, grâce aux recherches archéologiques, est généralement facile à résoudre, la seconde est bien plus épineuse. C’est pour tenter d’y répondre que Gwenn Rigal a écrit le Temps sacré des cavernes.
Pour ce faire, il n’a pas échafaudé de nouvelle théorie révolutionnaire : bien au contraire, le Temps sacré des cavernes est une compilation, richement sourcée et dotée d’un beau corpus d’illustrations, des différentes théories tentant d’expliquer le sens de l’art pariétal. Gwenn Rigal commence classiquement par un état des connaissances sur les vagues de déplacements des différentes espèces d’hominines, et rappelle que Sapiens dit « homme de Cro-Magnon » (c’est-à-dire l’espèce humaine moderne) n’est pas le seul à avoir des pratiques d’ordre symbolique. Une fois ces bases posées, il parcourt dans l’ordre chronologique de leur apparition les principales théories développées depuis une centaine d’années, en soulignant les indices matériels qui les soutiennent et sans jamais omettre de rappeler leurs limites, que ces théories soient déjà anciennes et maintenant largement répandues dans l’imaginaire populaire comme la théorie de la Magie de la chasse, ou bien qu’elles découlent de recherches beaucoup plus récentes comme les approches de la génétique des mythes de Jean-Loïc le Quellec ou Julien d’Huy. Gwenn Rigal évite ainsi la dérive ésotérique que peut faire redouter le titre, et qui plombe tant d’ouvrages de vulgarisation sur l’art préhistorique. Au final, une synthèse parfaitement accessible et très riche (où ne manque qu’un regard vers les arts préhistoriques extra-européens, le corpus se bornant ici principalement aux grottes ornées de France et d’Espagne), encore une réussite de la très belle collection Biophilia de Corti.