Quelle merveille que l'écriture d'Abdellatif Laâbi : chaque mot est une douceur, chaque phrase est un rire qui se cache derrière des lèvres souriantes. Ce qui en ressort, c'est un livre qui pourrait se comparer à un bonbon, un arlequin, avec de jolies couleurs, un arôme reconnaissable entre mille par sa douceur, et un brin d'acidité.
Lire Le fond de la jarre, c'est imaginer à chaque instant son auteur écrire avec un sourire affable les souvenirs de son enfance : une innocence qui se déploie et se perd dans un Maroc des années -50. Et cette lecture, légère et douce, nous pousse à découvrir sans préjugés, les souks et les écoles, les maisons et leur terrasse, les terrains vagues et les vergers. On suit l'auteur dans les méandres de sa mémoire, on y rencontre son père et sa mère, incapables de comprendre les prémices de l'indépendance qui s'annonce ; ses amis et ses professeurs ; ses frères et sœurs et ses oncles. On y voit surtout un jeune cœur s'ouvrir à la curiosité, avide de connaissances et de mots ; à la sensualité, avide des courbes et des odeurs des femmes ; et à la poésie, avide des couleurs et des secrets de la nature.
C'est donc un livre particulièrement plaisant à lire, bourré d'humour et de légèreté et écrit avec un style que je paierais cher pour avoir. Et, la seule chose qu'on peut lui reprocher, c'est, à mon humble avis peut-être, d'avoir laissé un petit peu trop de côté dans son récit un évènement aussi important que l'indépendance du Maroc. Disons qu'on aurait aimé l'analyse d'un homme manifestement aussi doux et sage qu'Abdellatif Laâbi sur quelque chose d'aussi important mais d'aussi négligé en France. Mais bon, cela ressemble étrangement à un certain mur qui s'effondre et qu'on laisse en bruit de fond pendant une réunion de famille.