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Je suis sociologiquement prédisposé à aimer Desproges : mes parents écoutent France Inter. Par ailleurs, j'aime lire, j'ai remarqué au bout d'une douzaine d'années que quelque chose ne tournait pas...
Huit récits fictifs à la première personne, chaque histoire durant trente et un jours, sous forme de journaux qui n’ont pas grand-chose d’intime. On y trouve pêle-mêle des meubles qui prennent vie, un robinet à sauce tomate, des arbres à couilles et un homme qui bat sa poupée gonflable. Diversité des « intrigues », donc, mais unité de temps, de narrateur et de ton – sans compter le récurrent abbé Mardi, dont chaque messe dominicale d’onze heures revient comme un leitmotiv. Les clichés sont régulièrement détournés, et les thèmes de l’étrangeté du quotidien et de la frustration sexuelle deviennent les piliers du recueil. C’est ce qui leur assure une forme de modernité, d’ailleurs, car en-dehors de cela, il est question de filets à provisions, de vente par correspondance et de commissions quotidiennes chez le crémier pour acheter du lait.
S’il y a dans les pages de ce Journal – notamment par leur misogynie très années 70, là encore – quelque chose comme l’« esprit Hara-Kiri », dont Delfeil de Ton fut un pilier, on n’y trouve rien de vraiment trash ou de mauvais goût, et pas d’absurde au sens littéraire du terme, mais plutôt une forme de nonsense mêlée d’humour noir : « Lundi 31 / Les bacchanales, c’est formidable. Je crois que je suis heureux. Mon cahier a fui vers le nord. J’écris sur la peau d’une jeune fille. Nous allons mourir. Les premiers buffets volants nous ont survolé ce matin. » (p. 17) ou encore « Jeudi 4 / Une lettre de la cousine de Tarbes, ce matin, au courrier. Le cousin de Tarbes est mort. Répondu que je n’y pouvais rien, en mettant de la sauce autour. » (p. 36). Si bien qu’au bout du compte et en contexte, des phrases comme « J’avais invité l’abbé Mardi à dîner pour célébrer notre victoire sur les couilles. » (p. 136) semblent d’une banalité absolue.
Créée
le 1 nov. 2016
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