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Le retour de l'enfant soldat par poko

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Le cours s’étire. J’ai fini de faire autre chose, il ne me reste qu’à écouter la voix désagréable de ma prof – révisions grammaticales, partizipial Attribut, marmonnement, regard détourné. Diable. Il me faut un prétexte. Et là, sur la table, une merveille. La tranche du livre se perd en miettes et on voit à l’œil que son papier trop blanc est lourd, imposant. Tout, jusqu’à sa couverture trop bleue et son titre, « Le retour de l’enfant soldat », évoque les livres de jeunesse qui ont vécu.

Je me tourne vers mon voisin, qui a l’air d’hésiter à faire un tableau Links- und Rechtsattribut pour mieux résoudre son exercice. « Je peux ? » Il me sourit et me tend le livre, le fourbe. C’était un piège.
Parce que, oui, mon voisin est ivoirien et m’avait appris peu auparavant qu’il y a eu une guerre et demie en Côte d’Ivoire ces dernières années, chose dont je n’avais absolument pas conscience. Il avait donc posé là son roman dans l’espoir que je demande à le lire. Je suppose que je ne lui en veux pas.

Le roman de François d’Assise N’dah a été écrit en 2008, c’est-à-dire peu après la fin de cette guerre civile, à un moment où se posaient les questions de la culpabilité et de la réintégration des Rebelles et plus particulièrement des enfants soldats.

A treize ans, Zango a été enlevé par les Rebelles pour intégrer leur armée. Trois ans plus tard, la guerre s’étant achevée, il décide de rejoindre son village, qu’il a dû mettre à sac lors d’un raid. Il y a tué, violé, pillé, et peu sont prêts à lui pardonner.
Pourtant, à l’aide des rares personnes à voir en lui une victime plutôt qu’un assassin, il va tenter de se réintégrer, malgré sa conscience qui le tourmente, son père qui le renie et tous ceux qui le haïssent.

Chacun va donc lever la voix à un moment ou un autre pour exprimer sa façon de voir les choses, et entre deux discours, le narrateur nous explique les tourments et les pensées de personnages. Le message, bien sûr, est clairement un message d’acceptation et d’intégration, mais c’est tellement évident que c’en devient problématique. L’argumentation est tissée au fil rouge, les prises de consciences se font brutalement, sans subtilité, ceux qui se laissent convaincre n’ont besoin que d’un mot pour qu’en eux, soudainement, la lumière de la tolérance se fasse. Tout ce qui se dit ou pense dans ce roman semble artificiel.
Ca me gêne, et je pense honnêtement ça m’aurait aussi gênée à onze ans (mais la flamme que ce procédé cache m’aurait sans doute aussi fascinée et beaucoup marquée.) Peut-être qu’un discours aussi littéral est nécessaire aux enfants ivoiriens se relevant d’une guerre, moins éduqués que nous et directement confrontés à la situation du livre, cela dit. Je n’en sais rien, même si la question mérite réponse.

C’est d’ailleurs un des intérêts du roman, à mes yeux. Il n’est pas adressé à un enfant européen, il ne montre donc pas la vérité du point de vue qui doit nous convenir ; on est donc présenté à la Côte d’Ivoire qu’un ivoirien aimerait présenter à une génération plus jeune, de manière d’autant plus prenante que le style est agréable, bien imagé et extrêmement vivant malgré l’emploi d’expressions complètement passées de mode chez nous (sérieusement, qui dit encore « bandit de grand chemin » ? Je ne suis même pas sûre d’avoir jamais prononcé ces mots !)

Ce n’est pas forcément un livre que je conseillerais à chacun d’une voix débordante d’enthousiasme, mais il se lit bien malgré l’inélégant manque de subtilité de son message, et il m’a définitivement donné plus de plaisir que la grammaire allemande.

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