“Il m’a brisé le cœur. Toi, tu n’as brisé que ma vie.”

Avis sur Lolita

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Ce roman raconte l'histoire d'un homme comme un autre, un littéraire Européen, le professeur au pseudonyme bien particulier Mr. Humbert Humbert qui, à cause (ou grâce peu importe) à une relation intime poussée et prématurée lors de sa tendre enfance (13 ans) avec une fille, Annabel Leigh, développe un amour bien particulier puisqu'il s'agit d'un fort attrait physique pour des petites créatures appelées "nymphettes" : des jeunes filles pré-pubères, au style et à la démarche bien particulière, de jeunes déesses considérées couramment comme "aguicheuses".
Notre Monsieur Humbert tombe ainsi amoureux de la somptueuse Lolita, fille de sa logeuse Américaine Mme. Haze, et va, suite à un accident fortuit provoquant la mort de cette dernière, se retrouver tout seul et élever la petite Dolores Haze en l'entrainant dans un périple de deux ans dans le Midwest Américain guidé par ses instincts, par la fascination sexuelle et l'obsession amoureuse qu'il entretient sur sa nouvelle protégée, sa star, sa déesse.
Ce n'est toutefois pas un roman sur la pédophilie, on a du mal à considérer notre attachant Monsieur Humbert comme un vulgaire pédophile, mais plutôt un romantique, un poète, un rêveur, qui se heurte à un choix moral insurmontable, à un amour formellement prohibé par notre société, à cause de la non-maitrise de ses pulsions. L'incapacité, ou en tout cas l'immense défi qui me vient en lisant ce livre, c'est la difficulté à rester neutre quant au désir fou de Humbert, à ne pas rentrer dans les tréfonds de son âme pédophile. En effet, c'est par ce point de vue narratif interne que Nabokov nous condamne à accompagner notre héros dans son délire et de ne pas voir, ou en tout cas de ne pas disposer du recul nécéssaire pour constater le dépassement des codes moraux et combien cette fascination reste morbide.
Mais la force avec laquelle ce désir insensé est narré, la sincérité voire même le délire et la folie qui accompagnent la description des sentiments d'HH finissent par nous convaincre sur la beauté de la vanité d'un tel amour. L'ensemble est maitrisé, magnifiquement bien écrit, avec une justesse et une sincérité dans l'écriture qui ne peut nous laisser insensible. La rencontre avec l'objet de ce somptueux désir, la connaissance de Lolita, le début de la folie, des pulsions insensées mais irrésistibles et de moins en moins controlées, puis ces voyages qu'ils font tous les deux : ces hôtels, ces coins paumés, ces routes et ces magnifiques paysages Américains sont le décor de la fuite en avant d'un homme voulant partir le plus loin possible avec le feu de son désir. Mais ce livre donne voix à Humbert et à Humbert seul, et son attirance aussi justifiée soit-elle, aussi sincère soit-elle, ne prend pas en compte l'avis de la principale intéressée, une jeune fillette innocente de 12 ans et demi.

Nous avions été partout, et nous n'avions rien vu. Je me surprends à penser aujourd'hui que notre voyage n'avait fait que souiller de longs méandres de fange ce pays immense et admirable, cette Amérique confiante et pleine de rêves, qui n'était déjà plus pour nous, rétrospectivement, qu'une collection de cartes écornées, de guides disloqués, de pneus usés - et les sanglots de Lo dans la nuit, chaque nuit, chaque nuit, dès que je feignais de dormir.

Vient ensuite la partie décadente de l'histoire, la descente aux enfers : le début de la paranoïa d'Humbert, la peur d'être suivi, Lolita qui grandit, Lolita qui s'affirme, Lolita qui s'enfuit.
La deuxième partie du récit décrit la folie en tant que conséquence d'un tel amour, l'explosion psychique de notre héros une fois qu'il se heurte finalement une réalité le soumettant à un rapport de Tantale avec l'objet suprême mais illégal et moralement inacceptable de son désir. Lolita abandonne notre héros au profit d'un autre homme, et c'est finalement l'incommensurable jalousie de Humbert qui va le pousser à, pendant 3 années, rechercher des indices sur l'identité du détenteur lui ayant enlevé "la lumière de sa vie, le feu de ses reins". La fin du roman traite du regret d'Humbert, sur le choc provoqué par le constat froid fait sur la nature de son amour, sur la réalisation des conséquences de cet amour sur son objet.

Je t'aimais. J'étais un pentapode monstrueux, mais je t'aimais. J'étais haïssable et brutal et abject - j'étais tout cela, mais je t'aimais, je t'aimais ! Et parfois, je devinais ce que tu éprouvais, et c'était pour moi un supplice infernal, mon enfant. Petite Lolita.

Un roman à lire, un roman qui parle d'amour et de pédophilie mais surtout de morale. Un roman psychanalytique qui dresse de formidables portraits et traits psychologiques, un livre qui parle de l'errance d'un homme au désir insensé, de la folie d'aimer. Un livre qui décrit des sentiments, des villes, des hôtels, des paysages, une culture Européenne se heurtant à une culture Américaine et vice-versa. Un livre choc, subversif, sarcastique, provocateur, cynique mais beau.
Un chef d'oeuvre du XXème siècle.

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