Pour un coin perdu de jungle équatorienne...

Avis sur Mato grosso

Avatar Michael Fenris
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Qu’est-ce qui pousse l’écrivain Jacques Haret à revenir au Brésil après trente ans d’exil ? La nostalgie de ce qui fut, la « saudade », comme le dit un des protagoniste de l’histoire ? Répondant à l’appel d’un cercle littéraire de Pétropolis, il débarque dans la cité, l’esprit emplit de souvenirs, pour parler de son roman, une histoire Brésilienne. Ce qu’il ignore, c’est qu’il s’agit ni plus ni moins d’un piège, fomenté par un des protagonistes de l’histoire, un ancien policier local qu’il a baptisé Santana, désireux de lui faire reconnaître ses torts passés. Commence alors entre l’écrivain et son adversaire une nuit terrible, rythmée par les pages ce roman que Haret est condamné à lire à haute voix, avant le dénouement final…
Après la trilogie Yeruldelgger, Ian Manook, infatigable voyageur, nous emmène au fin fond du Brésil, celui des trafiquants, des indiens maltraités, de l’alcool et des passions exacerbées. Aux solitudes immenses et glacées succèdent la touffeur et la luxuriance de la forêt équatoriale, les petites bourgades crasseuses où chacun se ballade une arme à la ceinture, se bagarre pour un rien, fait l’amour au détour d’un chemin avec des filles lascives. Perdu dans ce pays qu’il voudrait comprendre à défaut de dompter, Jacques Haret se retrouve peu à peu étouffé comme sous les anneaux de quelque monstrueux eunecte. Séjour chez des expatriés qui n’ont jamais réussi à s’intégrer, passages obligés dans les bars locaux, randonnée dans la jungle pour accompagner un cinéaste chargé de repérer le futur trajet de la transpantaneira , Haret l’étranger tombe éperdument amoureux de la femme qu’il ne faut pas, s’imagine qu’il pourra se l’attacher. Mais, tel le Mato Grosso, elle ne se laissera pas posséder, ou alors lui laissera cette illusion, ce qui conduira l’écrivain à sa perte…
Entre deux errances de son personnage, Ian Manook nous parle de ce pays qu’il connait et affectionne tant les descriptions sont vivantes. À ce moment, le romancier laisse le pas au journaliste pour un reportage que l’on croirait suivre en direct, l’esprit plein de bruits, d’odeurs et d’images sublimées. Cette sensation, je l’avais vécue il y a quelques années en lisant un roman qui reste pour moi la référence en matière de grande aventure contemporaine, « l’expédition Orénoque-Amazone ». Il y a quelque chose d’Alain Gheerbrandt chez Ian Manook dans ce Mato Grosso, aussi brulant et étouffant que Yeruldelgger était saoulant de grand air et de déserts. Rencontré à Ozouer, l’auteur dans son immense gentillesse m’avait dédicacé son roman en m’invitant à un « autre voyage », et c’est bien de cela dont il s’agit.

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